‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 129 sur 251 · VII. L'Êffjipte et la Syrie · texte numérisé non relu

VII. L'Êffjipte et la Syrie

des bêtes sauvages apprivoisées couraient en liberté. Chaque fondam était entouré de jardins, plantés d’arbres exotiques. Tout cela donnait à rétablissement un air étrange qui ne manquait pas de fi-apper d’étonnement les pèlerins occidentaux fraîchement débarqués. Dans un de leurs fondachi, les Vénitiens avaient un porc, objet d’horreur jiour les Sarrasins; c’était une petite revanche pour toutes les taquineries par lesquelles les Sarrasins faisaient sentir aux habitants des fondachi qu'ils les tenaient à leur discrétion. La nuit, les fondachi étaient fermés à l’extérieui* par un agent spécial et malheur au Franc qui avait la maladresse de se faire prendre dehors après l’heuie. Le vendredi, pendant la prière des musulmans à la mosquée, il était interdit aux Francs de se montrer dans la rue, et, par surcroît de précaution, on les enfermait pendant deux ou trois heures. Ghistele voit dans ce fait une disposition bienveillante dont le but, selon lui, était de mettre les chrétiens à l’abri de mauvais traitements de la part de musulmans fanatiques; c’est une erreur complète; c’était au contraire une mesure de défiance, inspirée par la crainte d’une attaque des chrétiens, car une ancienne prophétie annonçait pour un vendredi un coup de main des chrétiens, et c’était ce jour-là que Pierre roi de Chypre, avait pris la ville.' C’est aussi l’opinion émise par les voyageurs Simon Simeonis et Schiltberger. * Au reste, quoi qu’il en soit des motifs de cette réclusion forcée, ce n’en était pas moins une giave atteinte à la liberté individuelle des marchands. Les colonies n’avaient aucun droit de propriété sur leurs fondachi. Ce n’étaient que des bâtiments mis à la disposition des marchands étrangers par le gouvernement égyptien, et plus spécialement par la douane; c’était elle qui payait le loyer et supportait les dépenses d’aménagement et de réparation.® Le consul désignait les peraonnes ayant droit à la jouissance d’un logement dans le fondaco; il en avait la police intérieure et il l’habitait de sa personne; un agent désigné sous le titre de Fandicarius y remplissait les fonctions d’intendant.

Il existait à Alexandine un certain nombre de ces fondachi. Les Vénitiens, nous le savons déjà, en avaient deux,‘ puis venaient, chacun

' Voy. 5Iaa Latrie. Hùt. de Chypre. n, 275, 280 et s.

’ Les renseignements que nous veuuus de donner sur les fondachi sont empruntés aux écrivains ci-après: Simon Simeon., p. 21 et s.; Frescobaldi, p. 30; Auglure, p. 78; Lannoy, p. 109 et s.; Kloti, p. 361, 388—390; Ghistele, p. 197 et s.; Schiltberger, p. 119; Uarff, p. 77, 79; Fel. Fabri, in, 163 et s.; Brerdenbach. p. 121

— 123; Geo. Gemnic., p. 474; Thenaud, p. 27 ; Kiechet, p. 334 et ss. La coutume d’enfermer les chrétiens le vendredi dans leurs foudaci est confirmé par un passage de Taf. et Thom., Il, 486.

* Amari, !>ipl. nrab., p. 258, 281, 286, 288 , 290 , 339; Taf. et Thom., H, 338, 486; Mas Latrie, Hüt. de Chypre, H, 306.

* Ce fait est encore affirmé, au XVI® siècle, par des voyageurs tels que Thenaud,

Troisihtir pi-riode. — Drrnâf^trr du rnmimrrr du Tjcrntd.

nvec lin fondaco, les Génois,* les Pisans, du moins dans l’ancien temps, les Florentins plus tard, ce qui nous donne à croire (juc les sultans tinrent les promesses qu’ils leur avaient faites à plusieurs reprises,* les Anconitains,” les Palermitains;‘ enfin, les Napolitains en avaient un en commun avec les marchands de Gaëte.® Voilà pour les Italiens. Enumérons encore les Français du nord,* les Marseillais, les Narbonnais, les Catalans, les Ragusans,* chacune de ces nationalités avec un fondaco. L’île de Candie, quoique simple colonie vénitienne, avait le sien à part: de même le royaume de Chypre; celui-ci le possédait déjà avant la prise de la ville par Pierre P* et il en reprit possession à la paix.’’ N’oublions pas les Grecs de Constantinople, les Turcs, les habitants de la Mauritanie (Mauri et Ethiopes) et enfin les Tatars:» suivant la remarque naïve d’un pèlerin allemand, ces derniers avaient déjà appris à faire de l’or et ils en faisaient même beaucoup, car ils amenaient à Alexandrie des esclaves, ailicle toujours très recherché; leur fondaco était, à vTai dire, un marché d’esclaves ouvert en permanence.

L’existence des colonies de commerce d’Alexandrie était un bienfait pour bon nombre d’Occidentaux attirés en Orient par des motife autres que le commerce. Bien des pèlerins, et notamment les plus riches d’enti-e eux. profitaient d’un voyage à Jérusalem pour visiter, par la même occasion, à l’aller ou au retour, l’Eg3fT)te et le mont Sinaï. Pour ces voyageurs, Alexandrie était toujours le port de débarquement ou de rembarquement A l’origine, rien n’y était organisé pour recevoir cette sorte de pèlerins. A

p. 22, et Kiechel, p. 384 et s. Il y avait un grand et un petit fondaco: v. Wolf von ZUlnhart, dana Rœhricht et Meisner, DetUsche Pilgerreisen. p. 314; Sanut., 7>inr., I, 1033. A l’époque la plus brillante du trafic, les magasins des deux fondachi réunis étaient encore trop étroits: Taf. et Thom., rv, 309 (ann. 1346).

' Félix Fabri et Breydenbach en parient comme d’un monument remarquable par sa beauté et ses dimensions. Les Génois en possédaient antérieurement un autre, qu’ils avaient abandonné et dont parle Piloti, p. 389.

’ Amari, Ih'pt. arnh.. p. 208 et s., 339, 371, 381, 386.

’ Gucci (p. 274) nomme aussi des marchands d’Ancflne entre d’autres colons sédentaires d’Alexandrie.

* Lannoy, p. 110. A la place des mots “de Palerme“, les anciens éditeurs

avaient adopté une lecture fausse: “de pèlerins."

‘ Deux individus originaires de Gaéte occupèrent successivement, en 1398 et 1399. le poste de consul de Naples à .\leiandrie V. Caméra, A/e»». d Atnalfi, I, 593.

“ “Fondigue de France:" Anglure, I. c.

’ Kiechel, p. 335.

" “Fondigue des Chypriens — des Candiens:" Anglure, 1. c. Ce voyageur vit à .Alexandrie, en 1395, un fondaco chy])riote: cela prouverait que le roi Pierre avait obtenu qu’il fut donné suite i la réclamation faite par lui en 1368; l'entête porte: "de hedificando habitationeui comunem Chipriensem vulgariter nuncupatam Han (klian) de la Moze in .Alexandrin."

" Laimoy, p. 10; Fabri, III, 164; Breydenbach, p. 123; Harff, p. 79; Cteo. Gemnic., p. 474.

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