VII. L' Égypte et la Syrie
Sxtx Alep, les renseignements, fournis par les voyageurs du Moyen-Age, se réduisent à. très peu de chose; il n’en est que plus regrettable que Barbare ait cru pouvoir se dispenser d’en donner une description, sous prétexte que c’était un sujet rebattu pour tout le monde et surtout pour les Vénitiens, ses compatriotes.' Ghistele, qui visita Alep en 1483, est le seul qui nous apprenne que ses bazars étaient abondamment fournis en soie,* en épices et en pierres précieuses.* On voit que sur les deux marchés de la Syrie l’approvisionnement des boutiques des marchands et des aitisans était à peu près identique. Ces articles mis à part, le pays produisait un coton d’excellente qualité, dont il faisait un grand commerce avec les Occidentaux. Par la combustion des plantes riches en potasse, de l’espèce des salsolæ, qui y croissent en abondance, on obtenait une cendre' recherchée dans la fabrication du savon* et du verre; il y avait encore de nombreuses plantations de cannes à sucre* aux environs de Tripoli, de Beyrout et de Tyr, et l’on y faisait du sucre de toutes les qualités. Dans les documents pouvant servir à l’histoire du commerce pendant cette période et dans les manuels des commerçants de l’époque, on trouve toujours ces trois produits, le coton, la potasse et le sucre, notés avec une mention spéciale.
Le moment de la réouverture de ce marché si plein de l'cssources coïncidait précisément avec celui où d’autres, et, en particulier, ceux dont on tirait d’habitude les produits de l’Asie centrale, devenaient d’un accès de plus en plus difficile. C’était une chance heureuse et les marchands s’y lancèrent avec d’autant plus d’ardeur. Tout étant à refaire, ils devaient tout naturellement se sentir attirés de préférence vers les ports d’où ils pouvaient entrer en communication par la voie la plus courte et la plus diractc avec les deux grands marchés musulmans de Damas et d’Alep. Dès loi-s, Beyrout devint leur principal rendez-vous; c’est pai' là que s’exportaient les articles achetés à Damas. A cette époque, le port était encore bon et sûr.' La ville renfermait
' Barbare, dans les ViaggiaUaTana.^.fA.
* Ou sait que des caravanes apportaient de la soie du centre de l'Asie à Alep; Sanut., Diar., V, 33», 719, 778 et s.; VI, 57 et g., 487.
* Qhistele, p. 291; Harff (p. 200) a tout dit en cinq mots: c’est: “jtar ein schone groisaeKouffstadt" une belle grande ville de marchands.
* “Cendre de Be)’rout:“ Sanut., IHar..
I, 404 etc. etc.
‘ En Syrie même, Naplouse était un centre de fabrication de savons fins: cet
article s'exportait non seulement en Égypte et en Arabie, mais encore dans les pays riverains de la Méditerranée : Chemseddin, p. 171.
* Hachairas, p. 161; Ghistele, p. 63, 260; Gucci, p. 413; Chemseddin, p. 282; Relation de l'atumyme de S. Ulrie (f Aug»botirg, publiée par H. Birlinger, dans le Herrigg Archic fiir daa Studium neuerer Spraehe. XL, 319.
’ Frescob., p. 146; Gucci, p. 418; Broquiére, p. 486; Lannoy, p. 166 et sa.; Ghistele, p. 66; Harff, p. 198.
460 Troisième période. — Décadence du commerce du Levant.
encore une population assez dense, bien que moins nombreuse qu’au temps de la domination chrétienne; construite dans un beau site, entoui’ée de belles cultures, elle jouissait d’une réputation méritée de salubrité, et les marchands venaient y refaire leur santé ébranlée par le climat de Damas, d’Alep ou de Tyr. Malheureusement, depuis la démolition des murailles on n’y jouissait que d’une sécurité médiocre;* pendant le séjour qu’y fit Ghistele, une bande d’une vingtaine de brigands, arabes, turcomans et bédouins, y pilla deux maisons habitées par des maichands vénitiens.* Après Beyrout, le port le plus fréquenté par les Occidentaux était Tripoli; ils y rencontraient des marchands de Damas, d’Alep, de Baalbek et de Hamah; tout le long du port s’étendaient de vastes magasins remplis de marchandises, parmi lesquelles ils pouvaient faire commodément leur choix.® Le port de Laodicée est moins fréquemment cité que les deux précédents; au premier abord on s’en étonne, Alep étant beaucoup plus rapprochée de ce port que des autres; mais ce fait s’explique quand on sait que l’accès en était devenu très difficile.*
Aussitôt que les prohibitions qui entravaient le commerce eurent été levées, Venise organisa un service régulier de navigation sur Beyrout A pai-tir des dernières annés du XIV® siècle, dans les chroniques et les chartes vénitiennes,® il est à chaque instant question des gaiee di Baruti. Au temps d’Uzzano (vere 1440), le départ avait lieu entre le 8 et le 25 août:® vers 1500, il avait été avancé et les galères prenaient ordinairement la mer entre le 16 avril et le 16 mai.* Chaque convoi comprenait de trois à quatre galères,* pai'fois davantage, rarement moins.® Mais ce n’était pas tout: il y avait encore d’autres dé-
' Sigoli, p. 224 et s.; Harff, p. 199; Lannoy, p. 166.
’ Ghietele, p. 263.
’ Harff, p. 200; Ghistcle, p. 269 et 8.; Geo. Gemnic., p. 606 et ss.
‘ Qhistele, p. 267.
‘ Voy., p. ei.. Mas Latrie, HUt. 'de Chÿpre. Il, 403, 406, 462, 466, 483; Satbas. Doc. inid.. Il, 212; III, 243; Sanut., Dior., pasRim. Les Archives de Venise reufenneut diverses instructions pour les commandants de ces galères: voy. Berchet, Delaxioni dei consoli veneti nella Stria. Torino, 1866, p. 37.
“ Uz7„, p. 104. Cela concorde très bien avec les renseignements que donne M. de Mas Latrie dans son Uiet. de Chypre, II, 495, not.
’ Malipiero, p. 169.
* Sanuto, Vite dei dogi, p. 820, 836, 870 , 874 , 942, 1186; Malipiero, p. 169, 613, 616 , 620 , 621, 622 , 623 , 628 , 629. 649; Cazola, p. 91. Le 8 sept. 1434, il partit de Venise quatre galères pour Beyrout, une pour Tripoli, une pour Jaffa.
Zcitechr. fur deutsches ÂUerth., N. F., Xni (1881), p. 60 et s.
’ Le 10 sept 1377, cinq galères partirent pour Beyrout: Comment, reg., IH, p. 71, n” 422. D’après la manière dont le aire Ânglure (1395 — 1396) présente les faits, on pourrait croire que, de son temps, chaque départ comprenait régulièrement cinq galères, mais il compte dans le nombre deux galères qui devaient quitter les autres en route pour porter des pèlerins