‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 135 sur 251 · VII. L' Égypte et la Syrie · texte numérisé non relu

VII. L' Égypte et la Syrie

parts: au mois de janvier, celui des navi di Soria, qui faisaient probablement escale dans différents ports de la SjTie;* au mois de juin, celui d’une flottille spéciale qui allait charger du coton; à l’automne, l’une des galee di traffico, dont nous avons déjà parlé à propos de l’Egypte, poussait jusqu’à Beyrout et à Tripoli.’

Il est possible que d’autres nations commerçantes de l’Occident aient suivi l’exemple de Venise, mais on n’en a pas la preuve. En ce qui concerne Gênes, il n’y a pas beaucoup à chercher.’ Pendant cette période, maîtresse de Famagouste, elle devait faire tout son possible pour y retenir le trafic, et, par conséquent, ses flottes ne pouvaient guère fréquenter les ports de la Syrie.'* Les Catalans, au contraire, s’y montraient souvent. Antérieurement à 1380, deux galères marseillaises furent attaquées et pillées, à leui- retour de BejTout, par l’amiral vénitien Carlo Zeno; un marchand de Majorque avait sur ces galères des marchandises achetées par lui à Damas; son gouvernement réclama pour lui une indemnité, et cela donna lui à des négociations qui traînèrent en longueur pendant des années.’ Nous connaissons également l’exemple d’une galère de Narbonne qui fit le même voyage: quand Bertrandon de la Broquière se trouvait en Syrie, au coui’s de son voyage dans le Levant, on attendait son retour à Beyrout: elle venait d’en partir poui- Alexandrie, où les marchands français qui la montaient voulaient acheter des épices et d’autres articles: l’un des passagers s’était fait débarquer à Beyrout et était allé de là à Damas pour ses afiaires: il se nommait Jacques Cœur et devint plus tard célèbre en qualité de trésorier de Charles VU, roi de France.** Les Vénitiens, les Génois et les Catalans

à .laffa (p. 99). Breydenbach dit (p. 12) qne le chiffre ordinaire était de deux galèrea; mais il compte encore en dehors de ce chiffre deux galères portant des marchandises spécialement destinées à Damas; et il ne faut pas oublier que ces galères n’abordaient jamais autre part qn’è Beyrout. Harff (p. 67) parle aussi de deux bâtiments, mais d'après la date de départ qu'il indique, il semble que ceux auxquels il fait allusion étaient les A'ort' di Soria.

' Peut-être à Acre, Beyrout et Tripoli: voy. BM. de V École de» charte».

’ Dzz., p. 104; Harff, op. cit.; Harin, Vn, 301. Dans nne délibération du grand conseil de Venise de 1492, il est parlé

d'une “mnda navium gothonorum“, navires chargés d’aller chercher du coton: Taf.

et Thom., inéd.

* Il est très rarement question de la marine du commerce â propos de la .Syrie dans les chroniques de la fin du Moyen- Âge: on peut citer comme une exception Sanuto, Vite dei dogi. p. 1036 et s.

* Capmany, Mem., IV, 184 et ss., 188 et s.; cet historien constate le départ de trois grandes galères, de Barcelone pour Beyrout, pendant la seule année 1396.

‘ Comment, reg., III, p. 366 et s., n» 181.

* La Broquière, p. 486, 490. M. C. Port a reproduit ce dernier passage, d'après le manuscrit, dans son E»»ai »ur rhi»t. du eommeree maritime de Narbonne, p.

462 Troisième période. — Dêcadenee du commerce du Levatd.

avaient des fondachi à BejTout* Les Occidentaux avaient obtenu l’autorisation d’y relever de ses ruines la belle petite église du S. Sauveur; elle était entretenue au moyen de dons des marchands établis dans la ville et d’une taxe levée sur les navires à leur arrivée; elle était contiguë à un couvent de franciscains dont les moines y disaient la messe; ils donnaient également l’hospitalité aux pèlerins et leur tenaient compagnie.* A Tripoli, le seul fondaco dont l’existence soit positivement constatée appartenait aux Vénitiens.* L’ouvrage dans lequel à été publié le voyage de Ghistele contient, il est vrai, une vue de Tripoli où le dessinateur a indiqué deux maisons des mai'chands, qu’il attribue l’une aux Vénitiens, l’autre aux Français; mais l’auteur de ces illustrations est le brabançon Léonard Vriers, qui ne fit le voyage d’Orient qu’au XVI® siècle, de sorte qu’il n’y a pas là une preuve suffisante de l’existence de la maison des EYançais pendant le Moyen-Age.‘

La distance à parcourir entre les ports et les grands marchés de la Syrie demandait un voyage de plusieurs jours par monts et par vaux : c’était pour les marchands européens une source de nombreux ennuis. D’abord, il arrivait fréquemment qu’on arrêtait leurs courriers ou qu’on enlevait leurs lettres: puis, les âniers ou chameliera laissaient détériorer en route les marchandises qu’on leur avait confiées; ou bien encore, ils les changeaient contre d’autre de qualité inférieure.® A Damas, les choses allaient mieux: les marchands y trouvaient à leur arrivée de nombreux confrères de divers pays, de Venise, de Gênes, de Florence, de Barcelone etc.;* pour leurs marchandises, tant poui- celles qu’ils avaient apportées que pour celles qu’ils achetaient sur place, ils pouvaient les déposer en tonte sécurité dans un Ahan auquel on donnait le nom de son fondateur, le sultan Berkouk.* En outre, plusieurs nations commerçantes avaient dans la ville leurs fondachi à elles: un des plus connus est celui des Vénitiens; un grand nombre de pèlerins ont laissé un témoignage

135 et 8.; H. Clément l’a donné aussi, mais moins complet, dans son Jacques Cœur, S* éd., I, 12 et 8.

* Harff, p. 198; Gieo. Gemnic., p. 600. Ghistele pckrie (p. 55) de deux ou trois “Huysen" des Vénitiens; entend-il désigner par là des fondachi? c’est une question.

’ Frescob., p. 146 et s.; Gucci, p. 416; Sigoli, p. 248; Harff, op. cit.; Geo. Gemnic., L c.; Ghistele, p. 56. La grande cathédrale du temps des croisades était en ruines; Sigoli, 1. c.

’ Geo. Gemnic.. p. 606.

* Ghistele, p. 260. Sur cet ouvrage, voyez Saint-Génois, Voyageurs belges, I, 166 et SS.; Schayes, dans le Messager des sciences et des arts de la Belgique, IV (1836), p. 1—30.

‘ Amari, Dipl. arab., p. 364, 378.

® Frescob., p. 142; Gucci, p. 399, 426, 436; Broquière, p. 486 , 490 , 499; Ghistele, p. 268.

' La Broquière, p. 489: “kan Berkot.“ M. Pigeonneau (Hist du commerce de la France, I, 328, not. 2) commente ces mots dans le sens que j’ai adopté.

VIL L’ Égypte et la Syrie.

de leur reconnaissance poui- l’accueil hospitalier qu’ils y avaient reçu.* Comme à Alexandrie, la coutume était d’enfermer les chrétiens sons clef dans leurs fondachi pendant la nuit. En cette qualité, les marchands étrangers étaient assez souvent maltraités par une population fanatique.* Elle n’eût pas toléré l’existence d’une église et l’on en était réduit à célébrer à peu près secrètement le senice divin dans la maison de chaque consul.* A Alep, plusieurs nations occidentales avaient également leurs fondachi; mais, à ma connaissance, le fait n’est prouvé que pour celui ou, pour mieux dire, pour ceux des Vénitiens, du moins pendant cette période.* (Certaines familles patriciennes de Venise s’adonnaient tout spécialement au commerce avec la Syrie: on cite entre autres les Quirini, les Barbarigo et les Storlado, qui avaient choisi Damas* comme centre de leurs opérations; vers la lin du XV® siècle, deux frères Morosini, nommés Albano et Marco, fondèrent à Alep une maison qui rayonnait dans la Syrie tout entière et dans l’iis de Chypre et qui, par ses va.stes relations, acquit une situation éminente dans le commerce.® Enfin, quelques Vénitiens s’étaient établis entre Alep et Damas, à Hamah:* on pouvait s’y procurer de première main un coton de première qualité, et c’est là, sans doute, ce qui les y avait- attirés.

' Adorno, p. 218; Harflf, p. 196; Ghist«le, p. 267 et ; Geo. Gemnic., p. 585; Varthenia, p. 149. Il n'est nulle part question de plnaieurs fondachi vénitiens, sauf dans un passage de il. de ilas Latrie, Traitcf, app-, p.94: l’auteur résume comme il suit l’un des articles d’un traité conclu entre Cliaban et la République: “Protection spéciale des fondoucs (fontegi) vénitiens à Damas." Or, dans les Comment, reg., III, p. 121, n" 787, ce même paragraphe est rendu en ces termes; “Il naibo del soldano in Damasco prowederé ail’ ampliamento di quel fondaco dei Veneziani divenuto angusto." Dans l’impossibilité de voir par moi -même le texte original, je me borne à déclarer que la deuxième version me parait devoir être plus exacte que la première.

* La Broquière, p. 490; Varthema, p. 149.

* La Broquière, p. 503; Capmany, H, 176. Le traité cité dans 1a note cidessus renferme aussi un article relatif au service divin. Voici la version de H. de Uas

Latrie: “le consul pourra faire officier à l’église ou dans sa maison:" et celle des Comment, reg.: “D console avrà facoltà di far celebrare in sua casa i riti cristiani." Comme on le voit, dans cette dernière. il n’est pas question d’église.

• Gbistelc, p. 292; Uariu, VII, 818.

Il y avait dans la maison du consul de Venise une salle arrangée en oratoire pour ses compatriotes: Ibid. p. 320. Cependant, les marchands occidentaux pouvaient, s’ils le désiraient, assister an service divin dans une église arménienne qui se trouvait dans un village voisin de la ville; Ohistele, p. 292.

* Avant d’être élevé à la dignité de dog;e, Nice. Marcello (1473 — 1474) avait été l’un des grands commerçants de Damas; Sanut, p. 1199.

“ Berchet, Relax, dei eoruoli veneli nella Stria, p. 14; Bomanin, Storia di Vettexia. IH, 341.

’ Bertrandon de la Broqnière (p. 515 et B.) y logea dans la maison d’un certain Lorenzo Soranzo.

464 Troi/fihne période. — Décadence du cmnmerce du Ijerant.

Par son impoitance, Damas était toute désig^née pour la résidence des consuls, du moins quand leur nation n’avait qu’un représentant dans le pays. Ainsi, la ville de Barcelone y entretenait un consul pour la S3Tic et l’Arménie, devenue possession égyptienne.* La république de Venise, au contraire, en avait un dans chacune des villes de Damas,* d’Alep,” de Beyrouth et de Tripoli.® La date de la fondation de tous ces consulats est restée inconnue. En ce qui concerne les consuls de Venise, le plus ancien acte ofSciel connu est le décret du grand conseil de 1331, portant adjonction d’un conseil de douze marchands au consul de Damas, à ce qu’il semble.® La plus ancienne charte dans laquelle un sultan d’Egypte agrée un consul vénitien nommé au poste de Damas remonte à l’année 1375.* Nous ne connaissons pas de listes des consuls vénitiens en Syrie antérieures à celles qui furent dressées vers la fin du XVII® siècle; rien ne garantit leur exactitude, ni sons le rappoit des noms, ni sous celui des dates; la série des consuls de Damas s’ouvre seulement en 1384 par le nom de Francesco Dandolo.* Il est extrêmement probable que les deux consulats de Damas et de BejTOut furent créés simultanément, dès le rétablissement d’un trafic régulier entre Venise et la Syrie. Ponr ceux d’Alep et de Tripoli, il est au contraire très douteux qu’ils remontent aussi loin: il n’en est fait mention, avant la fin du Moyen-Age, ni dans les récits des voyageurs, ni dans les chartes; il est vrai que ce n’est pas une preuve absolue. Parmi les quatre consuls dont nous avons parlé, celui de Damas était d’un rang plus élevé que les autres: il remplissait en quelque sorte les fonctions de consul général pour toute la 83^116. Quand le gouveme-

‘ Capmanj’, Mentor., II, 161 et 8., 174 et a.; Xavarrete, dans les Menion'as de la K. Academia de la hUtoria, V, 188 et 8. (cUartes des années 1378, 1382, 1386); voy. aussi Frescob., p. 142; Arch. de. l'Or, lai., I, 541.

* ftescob., p. 17, 142; Broquière, p.503, 510; Geo. Gemnic., p. 686; Mas Latrie, Hüt. de Chypre, II, 466, not., 4.58; Berchet, Relaxiotii dei eonsoli reiieii nclla Stria, passiin; Sanuto, Vite dei dogi, p. 890; Sathas, Doc., III, 164 et s., 298; Zeitschr. fur deuiaeh. AUerth., op. cit. (1881), p. 67, 70.

* Marin, VII, 320.

* Frescob., p. 17, 145.

‘ Casola, p. 49; Geo. Gemnic., p. 611 et s.

“ Berchet, 1. c,, p. 13, 31, 82. C« conseil des douze élisait le vice -consul chargé de l'administration de la colonie par intérim entre le départ d’un consul et l'arrivée de son successeur; quand la colonie avait A envoyer un député au sultan, c’était également ce conseil qui le désignait: Sanut : Diar.. I, 983 et a; rV, 260.

’ Mas Latrie, Traitée, append., p. 93 et 8.

" Berchet, 1. c., p. 56 et sa., d'apiés le cod. Beggimenti de la Marciana. Ce travail n’a aucun caractère officiel: sur l'époque oii il a été composé et sa valeur, voy. Mas Latrie, Traitéa, p. 268, not.

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