‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 137 sur 251 · VII. L' Égypte et la Syrie · texte numérisé non relu

VII. L' Égypte et la Syrie

d’importer en Egypte les marchandises des Catalans et que leurs gouvernements s’entremettraient pour lui faire obtenir une indemnité.' En somme, sous ce règne, la situation des mai'chands en Égypte ne fut pas plus enviable que sous ses prédécesseurs. Bonrsbaï était un fanatique sectateur de l’Islam et un despote violent. Un jour, Marco Morosini, consul de Venise à Alexandrie, ayant eu à lui adresser des remontrances au nom de son gouvernement,’ il entra en fureui- et menaça de l’envoyer à la potence, lui et tous ses marchands; mais Morosini le prit de haut, et son attitude en imposa tellement au sultan qu’au lieu de sévir, il consentit é rendre la liberté aux marchands qu’il avait fait jeter en prison et à restituer les marchandises confisquées.’ Pendant les guerres qu’il soutint contre Janus, roi de Chypre (1425 — 1426), la situation des chrétiens en Égypte fut des plus critiques. La république de Venise se garda bien de prêter son appui au roi, de peui- d’exposer ses marchands sans défense à la vengeance du sultan.' Quand Janus, vaincu et fait prisonnier, réclama son assistance, le gouvernement consentit à lui avancer une partie de l’argent de sa rançon; quelques marchands mirent des marchandises en gage pour parfaire la somme, maLs ce fut tout ce qu’il put obtenir.’

Néanmoins, les Vénitiens avaient beau faire pour ne pas provoquer le mécontentement du sultan, il ne leur épargnait pas davantage les tribulations.® Le pire de tout fut que, sous l’inspiration d’une insatiable rapacité, Bonrsbaï se mit dans la tête de concentrer tout le commerce entre ses mains. Son premier acte en ce sens fut de réserver au gouvernement le monopole de la fabrication et de la vente du sucre et, même, à un moment donné, la culture de la canne à sucre: les particuliers durent demander des autorisations qu’ils n’obtenaient que rarement.’ Puis, ce fut le tour du commerce du poivre. Le sultan acheta tout celui qui anivait de l’Inde, à bon marché naturellement, car aucun marchand égyptien n’osait surenchérir sur lui, et il le revendit fort cher aux Occidentaux. Précédemment, le divan et les marchands égyptiens vendaient concurremment cet article; un décret du mois d’octobre 1428 défendit aux marchands la vente du poivie et des autres

‘ Fel. Brancacci, ùiario, dans VArehir.

stor. ital., 4® iérie, VUI, 166.

’ Ses instructioiu sc trouvent dans la Bibli^th. de l'Éeole des chartes, 1874, p. 134.

' Sanut, p. 880.

* Mas Latrie, Hist. de Chypre, II, 616. Voyez aussi dans la Bihlioth. de l’École des chartes, L c., p. 134, 136, les Instructions des 6 févr. et S août 1426 ;>our les

capitaines des navires expédiés en Syrie; elles leur recommandent la plus extrême prudence.

“ Mas Latrie, 1. c.. H, 618; Bihlioth.

de l’ École des chartes, 1. c., p. 136; Sanut., p. 989.

' Bihlioth. de l’École des chartes. 1. c., p. 136.

' Weil, Oeseh. der Chalif., V, 184.

476 Troisiitne période. — Décadence du commerce du Levant.

épices. Il était interdit d’en acheter autre part que dans les magasins du sultan et, dès lors, celui-ci, maître absolu du marché, fit monter jusqu’à 120 et 130 dinai'S la charge de poivre que les Occidentaux avaient payé jusqu’alors 50 dinars au Caiie et 80 dinars à Alexandrie.* Il était en trop beau chemin pour s’arrêter: au bout de peu de temps, le prix de la charge (sporta) de poivre, qui pesait alors environ 720 livres légères de Venise,* fiit porté à 100 ducats et plus.* Le même sj-stème de monopole, appliqué en Syrie, eut pour conséquence une hausse sui' le coton brut et filé; et, comme les marchands vénitiens manifestaient une fatigue visible de cette exploitation éhontée, le sultan prit à leur égard des mesures spéciales, pour les empêcher de quitter le pays. En présence de cette situation, Benedetto Dandolo, consul d'Alexandrie, se décida à faire le voyage du Caii'e avec quelques marchands, pour y exposer au sultan les griefs de ses compatriotes. Le sultan daigna à peine répondre et ne le fit que dans les termes les plus méprisants. Pour l’amener à résipiscence, la République eut recours à un expédient qui fut couronné de succès. Elle commença par faire enlever en Egypte et en Syrie toutes les marchandises achetées par des sujets vénitiens, puis elle envoya des navires à Alexandrie et à Beyrout, mais les marchands qui les montaient avaient ordre de ne pas descendre à terre et de ne traiter leurs affaires qu’à bord. Avec ce nouveau système, plus de droits de douane à payer au sultan: voyant ainsi cette ressource précieuse lui échapper, celui-ci fit amende honorable et promit d’accorder à l’avenir aux Vénitiens le ti’aitement stipulé par les traités, et de mettre fin aux exactions dont ils s’étaient plaints (1431). Depuis ce moment jusqu’à sa mort, Boursbaï se serait, dit-on, montré fidèle observateur des traités et plein d’égards pour les consuls et les marchands vénitiens; c’est, du moins, ce qu’affirme l’historien Sanuto. Mais, sur ce point, il se met en contradiction avec lui-même, car, arrivé à l’anné 1436, il raconte comment le sultan expulsa tous les marchands vénitiens de Damas, de Beyrout, de Tripoli, de Laodicée et d’Alexandrie, et comment ces marchands, surpris à l’improviste, durent laisser à l’abandon à Alexandrie 76,000 ducats et une quantité de marchandises, en Syrie des marchandises pour une valenr de 160,000 ducats; un peu plus

' Weil, Oeset,. der Chai if., V, 183, not.; l'auteur emprunte ce détail à Makrizi.

* Uzz., p. 109; plua tard le poida de la sporta fut même réduit à 700 livres: voy. Puai, p. 8, a: à rorigine, il était de 760: Arehiv. Venet., XVIII, 61 (extrait dea Misli).

* Ce cbifl'i'e correapuud assez exacte-

meut à la somme précédemment exprimée en dinars d'apréa Makrizi. En effet, le dinar valait un ducat un quart: voy. Freecob., p. 43; Uzz., p. 136. Dans un autre passage, Uzzano dit (p. 111) que la valeur du dinar, qu'il nomme “bisante", varie de 1 ducat & l'/a et l'/,.

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