VII. IJÊffffpte et la Syrie
loin, il donne copie d’nne lettre, écrite d’Alexandrie le 5 mai 1438, dans laquelle on raconte que les marchands de cette ville ont été arrêtés et roués de coups.* Or, ces deux faits se placent sous le règne de Boursbaï, car celui-ci ne mourut que le 7 Juin 1438. La c*use occasionnelle du premier fut même la prétention du sultan de concentrer entre .ses mains tout le commerce du poivre. On voit qu’il en revenait toujours à son système de monopole.*
Les Catalans avaient été atteints comme les antres dans leurs intérêts par cette mesure. Voj’ant qu’on faisait la sourde oreille à ses réclamations, le roi d’Aragon expédia dans les parages de l’Égypte des corsaires qui capturèrent cinq navires sarrasins du port de Beyrout et dix- huit autres de divers ports de la Syrie.® La Broquière relate à la même époque la capture d’un vaisseau sarrasin en vue de Tripoli de Syrie par trois bâtiments appartenant au prince de Tarente. Il existe, à ce qu’il semble, une corrélation étroite entre ces deux faits, car tous deux se passèrent à des dates très rapprochées (1432—1433), et le prince de Tarente était l’un des barons du royaume de Naples attachés au parti du roi d’Aragon. La Broquière nous apprend par la même occasion que Boursbaï se vengea, en faisant arrêter tous les Catalans et les Génois présents â Damas et sur le territoire de la Syrie: le Génois chez qui logeait La Broquière partagea le sort commun: lui-même, arrêté tout d’abord, ne recouvra la liberté que parce qu’il put fournir la preuve de sa qualité de Français.^ Le résultat de ce conflit fut que le sultan interdit aux Catalans de mettre à l’avenir le pied dans ses états, et que le traflc qui avait repris d’une manière brillante, à partir du traité de 1414, entre l’Egypte et Barcelone, au grand profit de celle-ci, tomba complètement Sur les instances des commerçants de cette ville, Alphonse V se décida enfin à désigner de nouveau un consul pour le poste d’Alexandrie, et à le charger d’entamer des négocitions avec le sultan (1437 — 1438);® mais il est peu probable qne ce consul soit arrivé encore en Égypte du vivant de Boursbaï.
On ne voit pas bien sous quel prétexte les Génois avaient été enveloppés dans la vengeance de Boursbaï, mais le fait en lui-même n’est pas douteux, de même qu’il est parfaitement démontré qu’ils ne lurent pas plus épargnés que les autres par le tyran: exactions de toutes sortes, achats forcés d’épices et d’autres articles à des prix exagérés, vexations journalières de la part des fonctionnaires. Quand la mesure fut comble, ils se décidèrent à opposer la force à la force, la violence
’ Sanut, p. 1008, 1010 et s., 1018, * WeU, op. cit., V, 184.
1021—1024, 1041, 1069. ‘ U Broquière, p. 49», 510.
’ Ce fait e*t confirmé même par des ‘ Capmany, Mem.. Il, 233 — 236. sources arabes; vuy. Weil. op. cit., p. 183.
478 Troisihne, périodt. — Décadence dn commerce du Lerant.
à la violence. Nous en trouvons la preuve dans les instructions rédigées pour une ambassade envoj'ée auprès de Boursbaï en 1431, avec mission de réclamer l’observation des anciens traités et de demander des garanties contre les abus dont les marchands génois étaient victimes.* Nous ignorons quel succès elle obtint.
Quand on songe que les nations commerçantes de l’Italie, fatiguées des mauvais traitements infligés à leurs sujets sur le sol de l’Égj'pte, étaient à chaque instant sur le point de couper court à leui's relations avec ce pays, on n’est pas peu surpris de voir une nouvelle puissance commerciale chercher à s’y introduire. Cette puissance, c’est Florence: elle venait là, comme partout ailleurs, prendre la place laissée vide par Pise, dont le rôle devenait de plus en plus effacé. Sur la fin du Moyen-Age, les noms de marchands pisans se font de plus en plus rares dans les documents relatifs à l’^lg3rpte. Il existe bien une pièce datée de 1385, dans laquelle la ville de Pise adresse des remercîments au sultan Berkouk pour une indemnité attribuée par lui à des marchands pisans;’ mais ce n’est qu’un dernier témoignage isolé qui prouve que les relations entre Pise et l’Égypte n’étaient pas encore tout à fait supprimées. A partir de cette époque, Florence, ayant achevé la soumission de Pise et en possession d’un port à elle, se substitue à son ancienne rivale. Les Florentins, d’ailleurs, n’étaient pas absolument des nouveaux -venus sur le sol de l’Égjrpte et de la Syrie. Avant d’avoir des galères à eux, ils empruntaient celles des Pisans, des Glénois ou des Vénitiens. Dès 1384, au cours de son pèlerinage en Terre-Sainte, Giorgio Gucci trouva une colonie florentine à Alexandrie,* et son compagnon de voyage, Frescobaldi, s’était muni avant son départ de lettres de change de la maison de banque Portinari, de Florence, qui avait à Alexandrie et à Damas des succursales gérées, dans la première ville, par Gnido de’ Ricci et dans la seconde par Andrea di Sinibaldo, de Prato.* Les Florentins, il faut le dire, s’occupèrent beaucoup plus d’affaires de banque que de commerce proprement dit* Jusqu’alors, les principaux agents d’exportation des produits de l’industrie florentine en Égypte et en Syrie avaient été les Vénitiens. ILs y vendaient entre autres choses une partie notable des 16,000 pièces de drap que Florence livrait par année à Venise, au dire du doge Tommaso
' Ellea ont été publiée* par Silv. de Sacy dans Not. et «dr., XI, 71 — 74, et reproduite» dans Serra, Storia deW aniica Liguria e di Genora, IV, 166 — 168.
’ Roncioni, éd. Bonaini, p. 939 et s. ; Amari, p. 315 et s.
• Gucci, p. 274.
* Freacob., p. 13, 29, 142.
‘ Dana aa célèbre diatribe contre le* Véuitiena, Benedetto Dei fait remarquer combien le» banquea llorentinea aont répandue* dana le monde, et il ajoute qu'on peut l'apprendre à Veniae par lea galère* qui vont en Syrie et à Beyrout: Pagnini, DtiJa décima, II, 275.