VII. L'Êffypte d la Syrie
Mocenigo (1423).' En 1420, sur la proposition d’un ancien courtier de commerce à Venise, Taddeo dl Cenni,’ la commune de Florence se décida k entrer en relations directes avec l’Égypte et à organiser un service régulier de galères. En 1422, elle chargea deux bourgeois de la ville, Carlo Federighi et Felice Brancacci, d’aller faire des ouvertures à Boursbaî et de lui expliquer que, si elle n’était pas entrée plus tôt dans cette voie, c’est qu’elle n’avait encore ni port, ni marine propres. Reçus en audience pai' le sultan, les deux agents le prièrent de réserver un bon accueil à leurs concitoyens et de leur accorder le traitement des nations les plus favorisées au point de vue des propriétés, des droits, des franchises et des tarife de douane. Leur demande était ba.sée sur ce motif que Pise, étant passée sous la sujétion de Florence, celle-ci se trouvait par le fait substituée à tous ses droits et que, par conséquent, elle était fondée à réclamer au moins tout son héritage en Égypte. Un des points auxquels Florence tenait beaucoup était d’obtenir pour ses écus d’or (fiorini) le cours légal en Égypte, comme l’avaient déjà les ducats de Venise. Le privilège du sultan que rapportèrent à Florence ces deux agents, donnait sur tous les points satisfaction aux vœux de la commune; autorisation d’avoir des fondachi et des consuls à Alexandrie, à Damas et, en général, partout où les autres Francs jouissaient de la même faveur: promesse de faire supporter par la caisse de la douane les frais de location des fondachi, et d’attribuer aux consuls la dotation (gemechia) d’usage, garantie de protection pour les marchands contre toute contrainte ou vexation, à l’arrivée et, au départ, au moment de la vente où de l’achat, de rembarquement on du débarquement de leurs marchandises: garantie du libre exercice de leur religion. Enfin, avant le départ des agents fiorentins, un arrêté publié dans Alexandrie porta à la connaissance du public que l’on pouvait accepter en paiement les florins frappés à Florence.® Ces agents avaient eu pour compagnons de route dans la traversée d’Égypte douze jeunes hommes chargés d’étudier sur place les conditions du commerce à Alexandrie,® et le départ de la
' Sanut, p. 960.
’ Âmmirato, Ittorû fiorentine, 1*™ part., n (Fir. 1647), fol. 994.
* Les instruction!) remises à ces ambassadeurs et leur rapport avaient déjà été publiés par Leibnitz dans la mantissa de son Cod. jur. gent. dipi, II, 163 et ss. A ces deux pièces, U. Pagnini avait ajouté (n, 187 et 8.) le texte du traité conclu par eux : ce traité se trouvait encore dans Uzzano (p. 70 et as.) avec la lettre d’envoi. Depuis, M. Âmari a réuni, en leur ad-
joignant deux documents nouveaux, toutes les pièces relatives é cette ambassade et en a donné une édition plus correcte:
Dipl. arab., p. 165 et as., 331 — 348. Entin, le Journal si intéressant de Fel. Brancacci a été publié par H. Dante Castellacci dans VArehiv. stor. ital., 4» série, VIH, 167 et SS., 3S6 et 88. Ammirato (1. c., p. 997) et Sanuto (Vite dei dogi, p. 942) consacrent & cette ambassade une mention spéciale.
‘ Ammirato, 1. c., fol. 997.
480 Troisihne période. — Décadence du commerce du Lernnf.
galère qui les poi-tait avait été suivi à quelques jours de distance de celui de deux galêi-es du commerce. La présence de ces galères leur fut utile pour obtenir une expédition de leur privilège, qu’ils tenaient à remporter avec eux; comme on faisait des difficultés pour la leur remettre, ils déclarèrent que si l’on ne se hâtait pas les galères repartiraient comme elles étaient venues.
Pour le fondaco, on n’arriva pas à s’entendre avant leur départ. Le sultan refusait aux Florentins l’autorisation de conserver l’ancien fond%eo des Pisans, dont ils avaient déjà pris possession, et il leur offrait en échange celui des Turcomans; mais le cadi d’Alexandrie ne voulait pas ouvrir à des chrétiens un fondaco ayant appartenu jusqu’alors à des musulmans, et traînait les choses en longueur. C’est dans ces conditions que Florence prit rang à côté des autres puissances commerciales déjà représentées en ^lg}■pte. Pour ses débuts, elle eut soin de s’assurer l’appui de Venise, son amie de longue date;* les instructions remises aux deux agents chargés de la négociation leur enjoignaient de descendre à teire toutes les fois qu’ils feraient escale dans un port dépendant de Venise (Modon, Candie), d’aller saluer le gouverneur et de lui demander son bienveillant concours; ils devaient, au contraire, faire leur possible pour éviter de s’arrêter en territoire génois. Par la suite, toutes les fois que Florence avait une proposition à faire soumettre an sultan, elle la modelait sur les stipulations des traités conclus entre Venise et l’Egypte, et dont elle s’était procurée une copie; de là vient l’identité à peu près complète des privilèges accordés par les sultans aux deux républiques. Cependant, au bout de quelques années seulement, les Florentins se virent, à leur grand regret, contraints de mettre un temps d’arrêt à leurs expéditions en Egypte: la guerre qui avait éclaté en 1424 entre Florence et Milan absorbait toutes les ressources de l’état, et réclamait le concours de tous les citoyens. En 1434, un ambassadeur alla en leur nom donner au sultan des explications sur les causes de cette abstention; la guerre, lui dirent-ils, les avait seule empêchés de donner suite à leur intention bien arrêtée d’envoyer chaque année des galères en Egypte; mais ils comptaient bien dorénavant rattraper le temps perdu. Par la même occasion, ils protestèrent contre la confiscation des biens de Francesco Manelli, leur consul, prononcée par le sultan en violation des traités. La création de ce consulat remontait à l’époque de la mission de Federighi et de Brancacci; la nomination du titulaire avait été attribué, en 1423, aux comoli di mare de Florence.*
‘ A cette époque, Florence recherchait précisément l’alliance ileVenise contre Philippe Visconti, duc de Milan, dont les em-
piètements lui donnaient de l’ombrage; Romanin, Storia di Venex.. IV, 91 et ss. * Dor. auUe relax, toac., p. 282.