‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 140 sur 251 · VII. L’Êgyfite et la Syrie · texte numérisé non relu

VII. L’Êgyfite et la Syrie

Après la mort de Boursbaï, un Mamelouk, nommé Djakmak, pnt en main les rênes du gouvernement (1438) et l’un de ses première actes fut la mise en liberté des marchands vénitiens, arrêtés par le sultan décédé. ‘ Cette réparation lit concevoir aux Occidentaux l’espoir de jours meilleuis. Quelque temps après, Djakmak se décernait à lui-même le titre de sultan et prenait le surnom d’Almélik Azzahir. (l’était un meilleur souverain que Boursbaï: on pourrait même lui attribuer un caractère désintéressé, en comparaison de son prédécesseur, dont l’insatiable rapacité avait fait un objet de terreur pour les indigènes comme pour les étrangers. Cependant, il ne renonça pas au S3rstéme du monopole.® Fanatique musulman, il ne voulait pas tolérer les autres cultes, et la pensée que des chrétiens pouvaient prendre pied dans ses états lui faisait une bdle horreur, qu’il annonça hautement l’intention de ne plus leui’ accorder de permis de séjour pour plus de six mois.® Il ne semble pourtant pas qu’il ait donné suite k ce projet. On en retrouverait des traces dans les rapports des divers ambassadeurs que lui envoya le doge Francesco Foscari. Les motife qui déterminèrent ce doge à envoyer au Caire, en 1442, Andrea Donato, étaient d’un ordre tout différent. A Damiette et à Beyreut, un émir égyptien avait saisi deux bâtiments vénitiens avec leur équipage et leur cargaison; douze Crétois, coupables, k ce qu’il paraîtrait, d’avoir cherché à pénétrer dans la branche de Rosette et qui avaient fait nau&age, expiaient leur hardiesse dans les prisons du Caire; un Vénitien, ayant quitté subrepticement Alexandrie en y laissant des dettes, toute la colonie de cette nation avait été rendue responsable. Il s’agissait d’abord de faire rendre la liberté aux prisonniers, d'obtenir la restitution des bâtiments et des marchandises saisis et de faire donner décharge k la colonie de la dette que le sultan prétendait lui faire supporter. Donato réussit complètement dans cette partie de sa mission.* Par la même occasion, il réclama la répression des vexations que les marchands vénitiens avaient à supporter de la part des autorités égyptiennes on de particuliers puissants. Djakmak accueillit toutes les demandes de l’ambassadeui' et adressa une circulaire, non -seulement aux hauts fonctionnaires d’Alexandrie et de Damas, mais aussi à ceux d’un ordre inférieur, aux émirs et naïbs de

' Saaut., p. 1066.

’ Weil, V, 240 et s.

’ Sanut., p. 1074.

* Les documents relatifs k la mission de Donato sussent amplement pour rejeter dans le domaine de la légende un renseignement communiqué par M. Pardessus, sans indication de source, dans la

CoU. lies lois marit., III, p. IxxTiil et s. : d'après cet écrivain, en 1442, précisément, le sultan aurait expulsé les Vénitiens du territoire de l’Égypte et confisqué leurs biens, et l'intervention des agents de Jacques Cœur aurait été seule ca]>able de conjurer les effets de son irritation.

482 Troisnhne phriode. — Décadence du commerce du Levant.

Beyront, de Tripoli, de Laodicée et de Hamah,' pour les rappeler en termes sévères au respect des traités.’ L’effet en fut médiocre-, les actes de violence et les exactions de ces fonctionnaires prirent même, en Syrie particulièrement, une telle extension que les Vénitiens commencèrent à s’y rendre plus rarement. On leur prenait de force, sans les payer, les marchandises qu’ils avaient apportées, on les obligeait à en acheter d’autres; on les empêchait par toutes sortes de moyens de quitter le port poui- continuer leur voyage, d’expédier leurs marchandises dans l’intérieur du pays, et surtout d’aller au Caire ou d’y envoyer des lettres et des messagers, pour empêcher leurs plaintes de parvenir aux oreilles du sultan. Cependant, elles arrivèrent jusqu’à Venise et la République les transmit officiellement au sultan par l’intermédiaire de deux ambassadeurs, Lorenzo Tiepolo et Marin di Priuli (1449). Djakmak expédia de nouveaux ordres à l’émir de Tripoli, aux nàïbs de Beyrout et de Hamah, déplaça quelques fonctionnaires particulièrement incriminés, en réprimanda d’autres pour s’être mêlés indûment des affaires des Vénitiens; enfin, il prescrivit de laisser à ces derniers toute liberté d’action et de les traiter de façon à leur donner l’envie de revenir dans le pays et d’y apporter leurs mai-chandises et leur argent* Si les subordoimés résistaient, du moins le souverain faisait prenve de bonne volonté à l’égard de Venise.^

Djakmak montra également de meilleures dispositions que son prédécesseur en faveur des Catalans. Quand le consul nommé en 1438 par la ville de Barcelone au poste d’Âlexandrie arriva à sa destination, il était chargé d’un message du roi d’Aragon pour Boursbaï; ce fut Djakmak qui lui donna audience: le nonveau sultan s’abstint de récrimi-

' H. Amari donne dana ce passage la lecture suivante: “La Liza caman,“ et il s’avoue incapable de traduire l’épithète “caman“ ; M. Thomas a mis à ma disposition une copie du texte original, oA j’ai trouvé la solution du problème; il faut lire; “la Liza e Aman" (Laodicée et Hamah).

’ n paraîtrait que, de toutes les pièces relatives à cet ambassade, on n’a conservé, à Venise, que la lettre du sultan au doge ; H. Amari (Dipl. arab., p. 347 — 369) a découvert le reste dans les archives de Florence; la Bépnbliqne de Venise avait envoyé le texte du traité en communication A celle de Florence comme modèle à suivre pour les traités que celle-ci voudrait pro-

poser au sultan. Sanuto (p. 1107) mentionne le retour de Donatn et les résultats de sa mission.

* Taf. et Thom., inéd.

‘ Venise eut une bonne occasion de prouver son désir de rester en bonnes relations avec lui et d’éviter tout acte compromettant pour la sécurité des marchanda vénitiens dans ses états; elle refusa de laisser sortir de l'arsenal des galères que l’on armait pour le compte du duc de Bourgogne et que ce prince voulait envoyer à Rhodes pour y prendre part à la défense de l’ile centre une flotte égyptienne (1443); Wavrin, Chron., éd. Dupont., n, 63.

Page 1