VII. L'Êgifpte et la Syrie
nations pour le passé et lui remit, en réponse é son message, une lettre par laquelle il invitait les Catalans à revenir dans ses états où ils étaient assurés de l’accueil réservé aux nations amies et d’un traitement équitable et conforme aux stipulations des anciens traités.* Ce raccommodement n’eut qu’une durée éphémère et les deux souverains furent bientôt de nouveau en guerre. La ville de Barcelone Ht auprès du roi des démarches pressantes pour obtenu' le rétablissement de la paix; le grand raaitre de Rhodes oilrit sa médiation et en garantit le succès (1448); mais il est probable que l’un et l’autre échouèrent, sans quoi Barcelone n’aurait pas eu besoin de renouveler sa supplique, comme elle le fît en 1463.* Il semble que l’une des causes qui portaient le plus de préjudice au commerce des Catalans était le nombre des corsaires de cette nation; les actes de piraterie dont ils se rendaient coupables sur les côtes de la Méditerranée et en pleine mer irritaient et exaspéraient les sultans même les plus pacifîques et les plus équitables, tels que Djakmak.
C’est au règne de ce sultan (lue se rattache un épisode intéreasant de l’histoire du commerce, l’apparition du célèbre Jacques Centr, dont le génie commercial réussit à faire sortir, pour quelques années, de l’état de torpeur où elles étaient tombées, les antiques relations de la France avec l’Égypte. Nous l’avons déjà rencontré une fois sur notre chemin, en 1432, abordant à Beyrout sur une galère de Narbonne et partant de là pour un voyage dans l’intérieur. Ce n’était alors qu’un simple marchand de Bourges; comme tant d’autres, il allait chercher fortune en Orient. Devenu par la suite trésorier de Charles VII, il ne renonça pas pour cela aux affaires dans lesquelles il avait fait une grande fortune; il possédait sept galères, attachées au port de Montpellier; * ses agents, au nombre de plus de trois cents, allaient visiter pour son compte les ports les plus importants de l’époque, ceux de l’Égypte entre autresj; ils y portaient les draps de Francs et en rapportaient des soieries et des épices.^ La fa-
' Capmany, IV, 229 et s. Le texte arabe de cette lettre est daté du dernier Chewal 840: il doit y avoir une erreur de chiffre, car, si l’on transformait rigoureusement cette date, on tomberait au 6 mai 1437, tandis que Djakmak ne prit le titre de sultan que le 9 sept. 1488. n est probable que, dans l’orig^inal, le millésime devait être 842.
* Capmany, II, 276; IV, 241.
’ Cette ville ne jouissait déjà plus de 1a prospérité des temps précédents; aussi était-elle très reconnaissante à Jacques
Cœur de l’avoir choisie pour en faire le centre de ses opérations commerciales ; elle fit faire aux frais de la commune des embellissements à la maison où se trouvaient ses bureaux (loge) et lui attribua cert.iins privilèges et certaines franchises: Germain, Hisf. du rommeree de Montpellier, n, 373 et SS.
* Thom. Basin, Hist. des règnes de Charles VU et de Louis XI, éd. Quicherat, I (1866), p. 243; Chronique de Mathieu d'Eseouehy, éd. Dufresne de Beaucourt, n, 280 et 8.
484 Troisième période. — Bécndetuie du commerre du Tjeennt.
veur du roi lui assurait une telle prépondérance sur le marché français, que toute concurrence était impossible. Â lui seul, il était une puissance commerciale en état de tenir tête aux Vénitiens, aux Génois et aux Catalans. H avait eu également l’habileté de s’introduire dans les bonnes grâces du sultan d’Égypte et faisait tout pour s’y maintenir. Ainsi, un esclave chrétien ayant trouvé moyen d’échapper à son triste sort en se cachant sur une de ses galères, il le fit impitoyablement l’amener en Égypte, de peur que le sultan ne lui en voulût d’avoir donné asile à un esclave fiigitif.* Une autre fois, il fit faire une rafle dans la canaille des rues de Montpellier et tous les malheureux arrêtés furent transportés de vive force sur une galère â lui qui se trouvait précisément prête à appareiller:* il est permis de soupçonner que c’était une manière de se procurer des esclaves qu’il expédiait en hlgypte; il savait que c’était le meilleur moyen d’acquérir ces bonnes gi-âccs auxquelles il tenait tant. H faut reconnaître cependant que, s’il savait tirer profit de sa situation, il la faisait servir aussi au bien du commerce de la France en général. H désigna à Charles VII un de ses agents les plus intelligents, nommé Jean de Village, que le roi chargea d’une mission poui- le sultan: il s’agissait de recommander les marchands français à la protection du souverain de l’Égypte et de lui annoncer la nomination d’un nouveau consul et sa prochaine arrivée. En 1447, Jean de Village revint en France avec une lettre de Djakmak, par laquelle ce dernier promettait de faire un bon accueil aux marchands et de traiter le consul, quand il arriverait (quant sera venu), avec les mêmes égards que ceux des autres nations.* Le consulat français, nous avons déjà eu occasion de le dire, n’était pas une création absolument nouvelle, mais il paraîtrait que le poste était resté longtemps sans titulaire; ce fut le trésorier de France qui, par son activité, rendit un peu d’animation au fondaco français et ouvrit les voies au futur consul. Malheureusement pour la France, ce nouvel essor de la vie commerciale n’eut qu’une durée éphémère. Renversé du pouvoir le 31 juillet 1451, Jacques Cœur allait désormais tiainer sa misérable >ne de prison en prison; sa fortune était confisquée; toutes ses créations végétèrent à l’abandon. Cependant, le commerce français ne perdit pas de vue la route de l’Orient rouverte par lui. Des galères équipées aux frais de l’état (gâtées de France) partaient de temps à autre pour le nord de l’Afrique on pour l’Égypte. Nous en connaissons un exemple
' Mathieu d'Escouchy, n, 883 , 886;
Clément, Jacques Cantr (8« éd.), Il, 149,
168 et 8., 169.
’ Clément, 1. c., II, 148 et s., 163,
168 et 8. Un pèlerin allemand eut le
malheur de ae trouver pria dans cette rafle et se jeta à la mer de désespoir.
' Math. d’Escouchy a conservé cette lettre à la postérité, I. c., I, 181 et st.