‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 143 sur 251 · VII. L'Égypte et la Syrie · texte numérisé non relu

VII. L'Égypte et la Syrie

sionnement d’argent et de marchandises, et en remportaient comme fret de retour des épices, du cotJon et d’autres articles. Les Génois se liguaient avec les Catalans, dans le but d’expulser les Vénitiens des maichés de l’Égypte et de la Syrie.* Leur colonie d’Alexandrie comptait parmi les plus importantes des colonies franques. En 1483, Félix Fabri visita leur fondaco; il en admira la beauté et les vastes dimensions et y vit un grand nombre de marchands et des quantités considérables d’épices.* Quelques membres de cette colonie se trouvaient au Caiie au moment des scènes de désordre et de pillage qui précédèrent l’airivée au pouvoir du sultan Kansouh el Ghouri (1497); ils y subirent des pertes, mais on les en indemnisa plus tard.*

Si F. Fabri avait été étonné en visitant le fondaco génois, sa surprise se changea en stupéfaction à la vue des Immenses approvisionnements dont les deux fondachi des Vénitiens étaient remplis jusqu’aux combles.* Les Vénitiens tenaient d’ailleurs alors incontestablement le premier rang panni les nations commerçantes de l’Occident en Egypte. La branche de commerce qu’ils exploitaient de préférence était celle des épices et suitout du poivre.* Or, pour ces articles, Alexandrie était le premier marché du monde, et les sultans s’en occupaient personnellement comme vendeurs. Ce commerce du poivre était l’objet de négociations épineuses, la source de conflits multiples entre Venise et les sultans, et il ne pouvait guère eu être autrement. Peu à peu, ces derniers avaient renoncé à la prétention de le concentrer entièrement entre leurs mains; seul, Kansouh el Ghouri terrifia le commerce vénitien par la menace (1502) de prohiber tout envoi de poivre dans la direction de Damas. Dorénavant, il ne voulait plus tolérer qu’un seul marché pour le poivre|, celui d’Alexandrie; qu’un seul vendeur, lui-même. Le bruit courut à plusieurs reprises qu’il pensait k s’attribuer de même le monopole de toutes les autres sortes d’épices. L’adoption de cette mesure n’eût pas manqué de tuer le trafic sur la route de la SjTie et de l’entraver au moins très sensiblement sur celle de l’Égypte. Mais les Vénitiens réussirent.

‘ Sanut., Diar., I, 788; II, 171; III, 68 , 96 , 476 , 887 , 738 , 941 et s., 1031, 1123, 1199, 1627; IV, 10 et s., 486; V, 197; X, 86, 96 et XII, 624 et 88.

’ Fabri, III, 163; Breydenbacb, p. 123; Uhistele (p. 197 et 8.) parle aussi de la colonie génoise d'Alexandrie.

’ Sanut., Diar., I, 634, 637.

* Fabri, 1. c.; Breydenbacb, 1. c.

* Le chap. 228 du Capitolare dei 17»duntini del foiiteyo dei Todeechi in 17-

ne.xia traite de la “mercadautia del pevere“ et débute par ce passage bien signicatif: “Conzosia cosa che in tute quante le marebadantie le quai se fa in la nostra citade de Venesia, la marchadautia del pevare sia la piu principal e quella che piu tocha universalmente a 1 nostri citadin! e marchadanti , e quai rendera ve major utelitade e dextro a la citade e a citadin! nostri etc. (éd. Thomas, p. 116).

492 Troisihue }>criode. — Décadence du commerce du Levant.

paraît-il, à force d’argent, à empêcher l’exécution de ce projet' En général, les prédécesseurs de Kansouh les autorisaient à acheter du poivre chez les marchands égyptiens, à la condition qu’à chaque voyage leurs galères prissent dans les magasins du sultan 210 tonnes de poivre. Pourquoi ce chiffre 210? c’est que le prix des dix dernières tonnes entrait dans la poche du secrétaire du trésor (scrivan de la cassenda, gazenna, trésor).* Je n’ai pas pu découvrir l’époque à laquelle la république de Venise s’engagea par traité à acheter annuellement au sultan cette quantité de tonnes de poivre. En tout cas, Tucher indique ce chiffre (1480) et, dans l’historique des négociations entre Venise et que donne Sanuto dans son journal, il est mentionné à plusieurs reprises comme une règle déjà ancienne.* Quant au prix de la tonne, c’était l’objet d’un marchandage perpétuel. Le sultan Inal (1453 —1461) maintint, i>endant son règne, le taux de 100 ducats fixé avant lui; en 1461, Mélik Almouayyed Ahmed, son fils, se laissa persuader par Maffio Michiel, ambassadeur de Venise, de réduire ce taux à 85 ducats.* En 1480, au contraire, Kaïtbaï n’exigeait pas moins de 110 ducats, bien que, sur le marché, six mois seulement auparavant, le prix courant fût encore 50 ducats; comme les Vénitiens refusaient d’acheter à ce prix, on les enferma pendant deux jours et trois nuits daus leurs fondachi, puis on les traîna à la douane et on ne les relâcha que lorsqu’ils eurent consenti à payer 70 ducats. Un pèlerin de Nuremberg dont nous avons déjà rencontré le nom, Tucher, logeait en ce moment dans le plus grand fondaco vénitien, où il attendait le départ du navire qui devait le ramener en Occident; il partagea le sort des marchands. D raconte que les choses se passaient de même tous les ans: le consul payait le poivre au prix exigé par le sultan, puis le revendait immédiatement; il se remboursait de la différence entre le prix d’achat et le prix de vente sur le cotimo, c’est à dire sur l’impôt perçu par les consuls sur toutes les marchandises originaires de Venise, importées à Alexandrie.* En 1491, le même sultan fit arrêter à Alexandrie et envoyer dans les prisons du Caire quelques marchands vénitiens: il avait eu recours à (!fet expédient violent, pour arracher à la République une. indemnité (ju’il lui réclamait sous prétexte qu’après lui avoir promis 100 ducats par sporta, les Vénitiens n’en avaient payé que 80, ce qui lui faisait

' .Sauut., Ptar., IV, 650 et a., 690, 705; \', 197 et 8., 778 et 8.; VI, 68; VII, 226.

’ Marin. VU, 290, 298, 302.

" .Sanut., Oiar., U, 172; III, 1198.

* Sannt. , Vüe dei dogi, p. 1169 et s.

J, écria ici diicata bien que le texte ori-

ginal porte •‘8araffi“, car le aaraflo avait la même valeur que le ducat vénitien:

voy. Reinaud, dans le Xour. joum. asiat., IV (1829), p. 40, not. 3; Sanuto, Vde dei dogi, p. 1107; Harff, p. 78, 116, 156; Ghistele, p. 6, 311; Qeo. Oemnic., p. 476.

‘ Tucher, p. 371.

Page 1