‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 146 sur 251 · VIII. L’Inde · texte numérisé non relu

VIII. L’Inde

Orient antérieurement à 1440,* et visita en personne l’Inde et l’Indo- Chine, sans compter Snmatra et Java. Il note avec un soin particulier les plantes et spécialement celles qui produisent les épices, il indique les localités d’où l’on extrait les pierres précieuses, les pêcheries de perles; pour chaque district il énumère les produits qu’il livre au commerce; mais, sur le mouvement du commerce, sur les routes qu’il suit, sur les principaux marchés, il n’a pas un seul mot. Ni le ^orentin Bartolommeo qui voyagea, parait-il, en Orient entre 1400 et 1424,* ni le Vénitien Bonajuto Albani, n’ont laissé de relation sur leur séjour aux Indes. Cependant, on est quelque peu renseigné sur le voyage de ce deiTiier par d’autres écrivains. Il partit du Caire en compagnie d’un ambassadeur du Prêtre Jean, c’est à dire du roi d’Abyssinie, à l’époque où B'rancesco Marcello était consul de Venise à Alexandrie. Ce devait être en 1483, cai* c’est la date de l’année où Joos van Ohistele dit avoir rencontré à Tor le Vénitien Bonavito del Pan (c’est sa manière d’écrire le nom d’ Albani) et le Milanais Benedetto de Nove, au moment où ils allaient s’embarquer pour Ormouz.® Albani traveraa la Perse, puis l’Inde de Cambaye à Calcutta, épousa une femme de cette dernière ville et passa plus tard dans le Malabar. Là, il eut l’occasion de rendre des services aux Portugais pour leurs achats d’èpices, et, en récompense, on lui permit de s’embarquer pour l’Occident sur une flottille portugaise avec sa femme et ses deux fils. Il était vieux et dénué de ressources, mais, comme il était en mesure de fournir les renseignements les plus sûrs sur les Indes, et comme il parlait les dialectes orientaux, le roi Emmanuel lui assura un traitement pour une année et le renvoya aux Indes avec l’expédition de Francisco d’Almeida. Albani se rendit très utile comme interprète dans les négociations entamées par l’amiral portugais avec le roi de Quilon. A partir de ce moment, on perd complètement sa trace.®

Il est donc certain que dans les dernières années du Hoyen-Age plusieurs Italiens parcoururent l’Inde en tons sens, les uns pour étudier les pays de production des épices, les autres vendant et achetant pour

' Parti de Damas, il voyagea en compagnie d'une caravane jusqu'au golfe Persique et gagna de là les Indes.

* Ce détail est donné par une légende de la mappemonde de Martin Bebaim, reproduite par M. Murr dans son Hittoire diplomatique de ce chevalier, p. 36 et s.

* Ohistele, p. 2SS.

' Sur ce personnage, les sources & consulter sont, outre Ohistele: Barros, Atia,

n, 198 et s.; Ca’ Masser, dans rJreAû). tior. ital., append., II, n° 10, p. 18 et s.; le Journal de Mayr dans Kunstmann, Die Fahrt der ereten Deuteehen naeh dem portug. Indien, p. 11 ; enfin Sanut., Dior., IV, 644 et s., 646, 666. Le nom d’Âlbani est inscrit parmi ceux d'autres explorateurs et voyageurs vénitiens, sur les murs de la Sala dello Scudo, dans le palais des doges, & Venise. Zurla, Di M. Polo, II, 391.

504 Troisii-me période. — Décadence du commerce du Levant.

gagner de l’argent. Il est bien probable qu’il y en eut encore plus qu’on n’en connaît, mais il serait impossible de nommer avec preuves à l’appui une province ou une ville de l’Inde, où des Européens aient eu des établissements. Calicut fait seule exception. Emmanuel, roi de Portugal, écrit qu’il y avait là des marchands et des marchandises de tous les pays d’Occident, entre autres de Bruges et de Venise.' Parmi les quelques Européens dont on sait le nom, je me contenterai de citer le juif Ganpar. Parti d’Alexandrie, il avait gagné les Indes par le Caire et la Mecque; après avoir couru tout le pays, il avait fini par embrasser la religion musulmane et il se trouvait précisément au service du roi de Goa au moment de l’arrivée de Vasco de Gama (1499). Il fit connaître son origine européenne, demanda le baptême, mit à la disposition de l’amiral le fruit de trente années d’expérience, lui fournit toutes sortes de renseignements, tant sur Calicut que sur d’autres villes et districts de l’Inde et de l’Indo-Chine, sur les produits de chaque province, sur ses besoins, sim le prix des divers articles de commerce, et finalement il repartit avec lui pour Lisbonne. En récompense de ses services, le roi lui accorda une année de traitement, mais l’attacha, sur le champ, à l’expédition qui allait mettre à la voile pour les Indes sous le commandement de Cabrai* L’analogie qui existe entre la cairière d’Albani et celle du juif Gaspar est extrêmement curieuse; tous deux appartiennent déjà à l’époque où les Portugais accapai’èrent le commerce des Indes, époque dont nous aurons encore à retracer au moins les débuts, et ce sera la conclusion de notre étude.

9® L'Asie centrale, la Chine et la Perse.

Jusqu’au milieu du XIV® siècle, nous avons pu constater un mouvement actif de voyageui-s occidentaux, marchands ou missionnaires, smla route de la C!hine par l’Asie centrale. A partir de cette époque, ils deviennent de plus en plus rares et c’est à peine si, par ci pai- là, on peut signaler une trace de leur passage, (’omment savoir si cette voie était encore fréquentée? On voit, il est VTai, sur la Carte catalane de 1375, une légende relative au lac de Lop; mais cela ne prouve pas

’ Copia de una lettera. Rama, ll>06.

' Barros, Asia, I, 366 et «.s.; Roteiro ria riagem que fex D. V'asro da Gama (Porto, 1838), p. 107; Ca' Masser, 1. c., p. 14 et 8.; lettre d’Aniéric Vespuce (apocryphe), dans Varuliageii, Âmerigo Vee-

pueci (Lima, 1865). p. 80 et s. La relation italienne de l’expédition de Vasoo de Qama contient il ce sujet un détail erroné; d’après elle, ce juif d’Alexandrie aurait été enlevé par les Portugais à Mélinde. où il était pilote; Rainus.. I. 130, b, 121, a.

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