‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 147 sur 251 · IX. L'Asie cefitrale, la Chine et la Perse · texte numérisé non relu

IX. L'Asie cefitrale, la Chine et la Perse

grand chose, car ce n’est que la reproduction de renseignements extraits de Marco Polo. La carte de Fra Mauro, dressée un peu après la moitié du XV® siècle, nous montre que l’auteur possédait certaines notions sur le lac Issikoul, peut-être même sur le défilé de Talki; l’un et l’autre se trouvaient sur la grande route de la Chine; il parle des régions situées au nord de la mer Caspienne, de la traversée du désert en chariots couverts jusqu’à Ourgendj, comme de choses connues des Vénitiens et aussi des Géorgiens, des Grecs, des Arméniens, des Circassiens et des Tatai-s.' Mais, en réalité, à partir de 1340, il n’existe aucune relation de voyage en Chine par voie de terre. C’est la meilleure preuve que ces voyages étaient devenus très rares. A quoi attribuer ce changement subit? A deux causes probablement. D’une part, les populations de l’Asie centrale, jusqu’alors païennes, maintenant converties en masse au mahométisme, étaient devenues, en changeant de religion, aussi fanatiques qu’elles avaient été tolérantes, de soi-te que les missionnaires chrétiens ne pouvaient .se ri.squer désormais au milieu d’elles qu’au péril de leur vie; quant aux mai'chands chrétiens, ils n’étaient pas menacés comme les missionnaires de subir le martjTe, mais l’accueil qu’on leur faisait n’était plus aussi amical qu’autrefois. D’autre part, en Chine la dynastie nationale des Ming avait remplacé les khans tatars de la race de Gengis-khan et .se montrait moins bien disposée qu’eux à l’égard des étrangers. Plus tard, les conquêtes de Tatnerlan produisirent un bouleversement dans le commerce en lui ouvrant de nouvelles voie.s. L’éclat de ses victoires rejaillissant sur Samarkand, sa capitale, celle-ci devint un centre d’attraction puissant. De nombreuses caravanes,* parties de la Chine et de la Tatarie, lui apportaient les plus fines soieries du premier de ces pays. D’un autre côté, les caravanes de l’Inde, traversant le col de Bamian et le défilé de Termedh (au-dessous de Balk),* approvisionnaient son marché d’épices, telles que le gingembre et la cannelle, la noix muscade et le clou de girofle. D s’y faisait d’énormes affaires eu diamants et en pierres précieuses, en musc et en rhubarbe. En outre, la ville produisait elle-même une grande variété d’articles très recherchés. Ce n’était pas que la population indigène fut particulièrement industrien.se, mais à côté d’elle vivaient en grand nombre des artistes et des artisans venus du dehors; au cours de ses conquêtes, dans chaque

' Zurla, Il mnppavionilo di Fra Mauro.

p. 32 et s., 34.

’ Pendant son séjour à la cour de Tamerlan, Clavijo, ambassadeur de Castille, vit arriver une de ces caravanes; elle était partie de Khanbaligh et comprenait huit ceuts chameaui: Clavijo. p. 192 et s.

• Clavijo, p. 140 et s.; Quatremére.

liarhid eddin, I, 147; Ibn Haoukal (cit. dans .tboulf., Oéogr., II. 2. p. 227) appelait déjà Termedh “le port de l’Oxus qui dessert toute la région environnante".

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pays, dans chaque ville, paidout où on lui signalait une industrie florissante, Tamerlan enlevait les ouvriers les plus habiles, et les transl'éi-ait de force dans sa capitale. A Damas, pour n’en citer qu'un exemple, il avait pris des tisserands de soie, des aimuriers, des verriers, et des potiers.* Il serait intéressant de savoir si le commerce de l’Occident, renonçant k reprendre le chemin de la Chine, perdue dans le lointain, se porta vers ce nouveau centre, soit par Tana et Ourgendj qui, détniite par Tamerlan et à peine sortie de ses ruines, voyait s’ouvrir une nouvelle ère de prospérité, soit par Trébizonde, le noi"d de la Perse et la Transoxiane; les sources sont absolument muettes à cet égard. Je serais tenté d’admettre qu’il n’en fut rien, car Clavyo, de tous les chi'oniqueurs celui qui a décrit avec le plus de détails la splendeur de Samarkand au temps de Tamerlan, n’en parle pas, et pourtant il énumère avec soin tous les voyages entrepris par des marchands génois ou vénitiens dans la Pei'se ou sur les côtes de la mer Caspienne. Oiosafatte Barbaro, envoyé comme ambassadeur en Perse (1474 — 1478), fit un détour poui' visiter Samarkand; il parle des nombreux marchands qu’il y vit et cite entre autres les Chinois; mais il n’est pas question d’üccidentaux.* On sait cependant que les Occidentaux et en particulier les Génois et les Vénitiens fréquentaient les marchés de Tauris et de Soultanièh.

L’origine de l’importance commerciale de Soultanièh remontait, nous l’avons vu, à l’époque des successeurs de Houlagou; le règne de Tamerlan ne porta point atteinte à cette situation. Les produits de la Chine et des Indes, débarqués à Ormouz et repris par des caravanes, anivaient à Sonltanièh en soixante joura; or, Sanuto remarque que, pour les épices délicates, on ne craignait pas les longs transports par terre, tandis qu’on cherchait à réduire autant que possible les transports maritimes. Cela explique pourquoi l’on pouvait se procurer sur le marché 4e Soultanièh certains aiticles qu’on n’eût trouvés ni à Alexandrie ni en Syrie. Les mêmes caravanes y apportaient des pierres précieuses et des perles: celles-ci passaient par Ormouz pour y être percées. De la direction opposée, c’est à dire du Ohilan et du Chirvan, arrivait la soie gi ège qui se réexpédiait vers la Syrie et l’Asie -Mineure. Les centres industriels de la Perse, tels que Chiraz et Yezd envoyaient leurs tissus de soie ou de coton. Quant à la ville de Soultanièh ellemême, ses bijoux d’or et d’argent jouissaient d’une réputation méritée. Les grandes foires de juin, de juillet et d’août attiraient un grand concours de marchands, dans lequel figuraient des Occidentaux venus pai' Caffa ou par Trébizonde.*

' C'iavijo, p. 184 et s., 190 et a. * t’iavijo, p. US — 116, Barbare, p.

’ Viagÿi alla Tana, p. 43. 39 et sa.

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