‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 148 sur 251 · IX. L'Asie centrale, la Chine et lu Verse. 5U · texte numérisé non relu

IX. L'Asie centrale, la Chine et lu Verse. 5U

La capitale de la Pei'se, Tauris, possédait aussi des bazars nombreux et parfaitementfi organisés, où l’on trouvait des soies gièges et des soieries de toutes sortes, des perles d’Ormouz, des épices, spécialement de l’indigo fin et de belle gomme laque, des huiles et des aromates (du musc), de la rhubarbe de la Chine etc. Des caravanes paitaient de là pour Alep, Brousse et Constantinople; c’était par leur inteinnédiaire que se faisaient les échanges des soies grèges et travaillées de la Perse contre les lainages de l’Asie occidentale et de l’Euiope.' Pendant cette période, pour se rendre à Tauris, les Occidentaux passaient soit pai' Alep, car le marché de Lajazzo était abandonné, soit par Trébizonde, du moins jusqu’au jour où cette ville tomba au pouvoir des Osmanlis. Mais, vers la fin du XV® siècle, deux événements contribuèrent à tuer le trafic de l’Occident avec la Perse. Ce fut d’abord la destruction des colonies occidentales de la mer Noire; les ruines accumulées par les Osmanlis obstruèrent la route qui menait de cette région à la Perse par le nord, de sorte que la voie d’Alep resta seule ouverte aux arrivages de la Méditerranée. En second lieu, la découverte de la route maritime des Indes par les Portugais enleva à la Perse toute son importance au point de vue du transit des épices.

L’activité commerciale que les circonstances avaient enlevée à la Perse et à la région environnante, un marehand génois, nommé Paolo Centurione, conçut le projet de la lui rendre aussi brillante qu’au temps des grands khans tatai's de la race de Houlagou. Jaloux du succès des Portugais, qui avaient réussi à détouimer les épices de leurs anciennes routes, à les accaparer et à les revendre fort cher en Occident, il avait imaginé, pour satisfaire sa haine, d’ouvrir aux produits de l’Orient une nouvelle voie dont voici le tracé: elles auraient remonté par eau le cours de l’Indus, passé de ce fleuve à l’Oxus en traversant les défilés des montagnes qui séparent les deux bassins, descendu sur d’autres barques le cours de l’Oxus; de ce fleuve, elles auraient gagné Astérabad, puis traversé la mer Caspienne dans toute sa longueur et remonté le Volga et ses affluents jusqu’à Moscou: enfin, de cette dernière ville, elles auraient été dirigées par voie de terre sur Riga, c’est à dire qu’elles seraient allées aboutir à la mer Baltique. Centurione fit des démarches auprès de Vassili IV Ivanovitch, grand-duc de Moscou, pour le gagner à ses idées (1620); il comptait sur un bon accueil, et il semble qu’il en eût le droit, car il était de toute évidence que la réussite de son projet eût été tout à l’avantage, et des mai-chan^ russes qui auraient pu se procurer les produits de l’Inde à bon marché, et du grand-duc

' ClaTijo, p. 109 et 8. ; Contarmi, dans mtreatUe ehe fu mita Persia , dans Rales Viaggi alla Tana, p. 70; Viaggio d'un musio, II, 83.

5o8 Troisième j)énode. — Décadence du commerce du Levant.

lui-même, dont ce trafic eût enrichi le trésor. Mais quand il voulut étudier par lui -même la possibilité de suivre la route qu’il indiquait, Vassili prit de l’ombi-age; ouvrir à un étranger les routes de la mer Caspienne et de la Perse lui parut recéler un danger, et il ne voulut plus entendre parler de cette affaiie.* Abstraction faite des inquiétudes du grand-duc, ce projet grandiose avait contre lui d’énormes difficultés. Le point de départ se fût trouvé nécessairement dans des pays où les Portugais dominaient et où ils n’eussent pas manqué de couper le trafic dès le commencement. Un auti’e obstacle à peu près insuraiontable eût été l’état de civilisation peu avancée de la Russie. En somme, ce n'était qu'une chimère et il valait mieux qu’aucune tentative ne fût faite pour la réaliser.

lO" Les deux Catastrophes finales.

Apparition des Portugais dans l'Inde; conquête de l'Ég}’pte par les Osmanlls.

Tourner l’Afrique pour arriver aux Indes par mer, telle était la pensée qui avait inspiré l’entreprise des frères Vivaldi de Gênes, et ils s’y étaient lancés avec une folle témérité, sans avoir une idée des immenses difficultés au devant desquelles ils couraient. Ils y périrent, mais leur pensée leur sui vécut. Deux cents ans après environ, elle fut reprise et menée à bonne fin par un autre peuple, que la situation de son pays sur le bord de l’Océan Atlantique semblait prédestiner û cette mi.ssion, de préférence aux habitants de la Méditerranée: nous avons nommé les Portugais. Le prince Henri le Navigatetir résolut de faire explorer la côte occidentale de l’Afrique, et, .sans se lasser, envoya a la découverte expédition sur expédition. A sa mort, en 1460, on n'avait pas encore dépassé l’extrémité méridionale de la Sénégambie actuelle; mais il avait allumé dans le coeur de ses compatriotes une irrésistible passion pour les explorations lointaines. La découverte de la Côte d'Or et de scs tré.sors (1471) ne suffit pas pour l’assounr. Sous le règne

' Pauli Jovii, Dr legatione Basilii magni principis Mogroricr atl Clcmenium VU (daiiü Starezewaki, Ilist. Huthen. script, exteri s<ec. XVI, vol. I), p. 3 et 8.; cf. Ailpliiug, Kritisch-literarische Vebcrsicht fier HeLsenden in Russlatid. I, 177 et88. ; Runiiiaiu fl. ,S74) admet, d’après une autre soiiree, que le prince aurait fait un accueil

plus favorable aux ouvertures de Centurione: “gli dette orecchie e nou manoo allhora di far ogni cosa e fece tentare alcuni signori di Lordo di Tartari vicini. ma le guerre, che eran tra loro, ed i grandissimi diserti, che dicevano esscr necessario di pas.sare, li fece torre dall' impresa.'*

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