X. Le.1 deux catastrophes finales
d’Alphonse V (f 1481), on poussa jusqu’à l’équateur; sous celui de Jean II, son successeur, Barthélemy Diaz atteignit la pointe méridionale de l’Afrique, et le roi la baptisa du nom de Cap de Bonne -Espérance (déc. 1487), parce que la découverte qui, du vivant de son oncle Henri le Navigateur, n’était encore qu’une espérance entrevue dans un avenir lointain ‘ s’était changée en une certitude palpable. En remontant la côte orientale de l’Afrique, on devait nécessairement arriver à atteindre non seulement le pays du Prêtre Jean (l’Abyssinie), situé au sud de l’Égypte, mais encore l’Inde, le paj’s des épices par excellence. Avant la grande découverte, Jean avait envoyé des explorateurs vers ces deux pays, mais on ne connaissait encore qu’une seule route. Les premiei-s n’avaient pas dépassé Jérusalem; désespérant d’atteindre le but de leur mission à cause de leur ignorance de la langue arabe, ils étaient revenus sur leurs pas. En 1487, Pedro de Covilham et Alphonse de Païva, chargés par le roi de reprendre l’œuvie abandonnée, prirent la route de l’Égypte, s’embarquèrent à Tor et voyagèrent ensemble jusqu’à Aden. De là, Covilham gagna la côte de Malabar; il y vit d’immenses exploitations de poivre et de gingembre, et il apprit que le clou de girofle et la cannelle ne s’y trouvaient que comme articles d’importation, et venaient de pays lointains; poursuivant sa route, il alla visiter la côte orientale de l’Afrique; à Sofala, il recueillit des renseignements sur la partie méridionale de ce continent jusqu’à Madagascar: dans un rapport adressé à son roi, il annonça qu’en longeant toujours la côte occidentale à partir de la Guinée, les navires portugais atteindraient la côte orientale, et qu’en remontant celle-ci dans la direction de Sofala et de Madagascar, ils pourraient facilement gagner rOcéan Indien et Calicut’ De Sofala, il alla visiter Ormouz, dans le but d’y compléter ses notions sur le commerce du Levant. Enfin, son compagnon Alphonse de Païva étant mort sans avoir rempli sa mission, il entreprit de l’accomplir à sa place et d’aller rendre visite au roi d’Abyssinie. Retenu en captivité par le noir monarque, il ne revit jamais sa patrie.’
Les renseignements contenus dans les lettres de Covilham complétaient merveilleusement la découverte de Diaz; mais une longue maladie puis la mort empêchèrent le roi Jean d’y donner suite. Il était réservé à Emmanuel le Fortuné de mener à terme l’œuvre si bien commencée et d’en tirer tout le bénéfice. Le 20 mai 1498, après une traversée
' ün passage de l'Azurara, cité dans Peschel, ZeitaJUer der Enideetcungen, p. 57, not. 3, prouve qu’en faisant faire des voyages de découvertes le long des cdtea d'Afrique, Henri le Navigateur avait, si-
multanément, au moins en vue la recherche de la route des Indes.
’ Ramusio, I, 237.
’ Franc. Alvarez, dans Bamusio. I, 236 et .SS.; Barros, I, 193 et ss.
510 Troisième période. — Décadence du commerce du T/ernnt.
qui avait duré plus de dix mois, trois navires portugais, conduits par Vasco de Gama, jetaient l’ancre devant Calieut: la route maritime des Indes était trouvée. Cet événement i-enfermait en germe un bouleversement complet du commerce du Levant; cependant, les conséquences ne s'en firent pas sentir sur le champ. Les marchands arabes de Calieut eurent bien le sentiment qu’il venait de leur surgir un concurrent et que, si on le laissait faire, il pourrait leur enlever le monopole du commerce des épices avec l’Occident; mais ils comptaient sur l’immense influence dont ils jouissaient depuis longtemps auprès du souverain de Calieut Ils insinuèrent contre Vasco de Oama des accusations que celuici, par sa brusquerie, semblait prendre à tâche de justifier. Bref Vasco repartit mal satisfait de ses relations avec le roi. Il avait en toutes les peines du monde à obtenir quelques balles d’épices, quelques pierres précieuses et quelques perles qu’il rapporta comme échantillons* des richesses de ce vaste marché. Le résultat matériel de cette première campagne était modeste; mais, alors même que les relations de Vasco de Gama avec le roi eussent été parfaites, le faible tonnage de ses na- Aires eût suffi à lui seul pour l’empêcher de rapporter une moisson plus abondante. En fait, cette expédition n’était qu’un voyage de reconnaissance, et, à ce point de vue, elle avait été couronnée d’un succès complet’ La vue du port de Calieut, dans lequel le mouvement de la navigation atteignait parfois le chiffre de cinq cents à sept cents na-
’ “Alcune montre di specierie,“ dit Ca’ Ma-sser: "gioie poche e non coaa che TagUa,“ ajoute le “gentilhuomo Piorentino", dans Ramusio, I, ISO. Xéanmoins, on eut encore de quoi faire des cadeaux aux membres de l’expédition, et la répartition attribua à Vasco de Gama dix quintaux de poirre, aux héritiers de son frère cinq, à Nie. Coello un quintal de toutes les drogues, à chaque pilote ou matelot un demi quintal d'épices: le macis et la cannelle seuls se trouvaient en trop petite quantité pour qu’il fht possible d’en distribuer: Correo, I^rndas da India (Colleeçâo de monumenios ineditos para a hittoria dos eonquisUu dos Portogueaes 1).
’ Dans leurs relations de cette expédition et des suivantes, les historiens portugais, tels que Barros, Castanheda, Qoes, s’occupent étonnamment peu de questions de commerce. A ce point de vue, les
renseignements les plus complets se trouvent, pour ce qui concerne la première expédition, dans le Boteiro da rtagem que fex D. Vaseo da Oama em 1497, et dans une lettre écrite quelques jours après le retour du premier vaisseau par un Florentin établi à Lisbonne et adressée à l’un de ses compatriotes (Bamusio, I, 119, b — 121, a). H. Bandini a inséré cette lettre, en supprimant un passage de la fin, parmi les lettres d’Améric Vespuce (Vita e leüere di Amerigo Vespueci, p. 87 — 89); mais une preuve suffisante qu’elle ne peut pas être de ce célèbre navigateur, c’est qu’il n’était même pas à Lisbonne è cette époque (Vamhagen, Amerigo Vespueei, 2® part., p. 86). L’auteur probable de cette lettre est Girol. Semigi: voy. la préface de l’édition de if. Polo, de Baldelli Boni, T. I, p. liii: Humboldt (Krit. Unters., U, 896 et s.) et Vamhagen sont du même avis.
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