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vires, celle des marchés de la ville, encombrés des espèces les plus rai’es d’épices et d’aromates, de perles et de pierres précieuses, étaient faites pour produire sur les membres de l’expédition une impression ineffaçable. Si la brièveté de leur séjour et l’accneil malveillant qui leur fut fait ne leur permirent pas d’étudier à fond sur place les questions commerciales, ils ramenaient un homme capable de leur fournir les notions qui leur manquaient à cet égard, le Juif Gaspar, que Vasco de Gama avait pris à son bord. Nous avons déjà esquissé la carrière de ce personnage: une connaissance parfaite du pays, acquise au prix d’un long séjour en Orient, le mettait à même de fournir les renseignements les plus complets sur les parties de la péninsule indienne dont les produits pouvaient intéresser le monde du commerce: pour un grand nombre de ces articles, il savait le prix d’acquisition sur le lieu de production même, et, pour presque tous, il pouvait indiquer le prix de revient sur le marché de Calicut; en outre, connaissant parfaitement le marché d’Alexandrie, il était en mesure de comparer ces prix avec ceux que les marchands occidentaux y payaient pour les mêmes articles. Ce qui ressortait tout d’abord de cette comparaison, c’était l’énorme plus value que les épices, achetées à très bon marché dans l’Inde, acquéraient forcément après avoir passé par les douanes de l’Arabie et de l’blgjq)te; on apprit, par exemple, que le quintal de gingembre, qui se payait onze cruzados à Alexandrie, n’en valait que quatre à Calicut,* d’où le roi fut amené naturellement à conclure qu’il pouvait hardiment entreprendre la concurrence avec les marchands occidentaux, clients du mai’ché d’Alexandrie. En dehors de ces renseignements, Gaspar fournit encore aux Portugais des indications précieuses sur les articles d’Exirope recherchés dans les Indes et appelés, par conséquent, à faire le fond d’un commerce d’échanges.
Emmanuel vit dans les résultats de l’expédition de Vasco de Gama un début plein de promesses pour l’avenir: on peut en juger par le titre qu’il ajouta à ceux qu’il avait portés jusqu’alors: Senhor da conquista, navegaçào e comerdo de Ethiopia, Ârabia, Ter sia e da India.* Le premier vaisseau était à peine rentré au port (10 juillet 1499), (Vasco de Gama en personne ne revint que plus tard), que déjà le roi ordonnait les préparatiâ d’une nouvelle expédition pour l’année suivante. EIflFectivement, le 9 mars IBOO, une véritable flotte, forte de treize bâtiments, mettait à la voile sous les ordres de Cabrai; elle était
‘ Roteiro, p. 116 et b. Un cruzado vaut 3*- 60«-
’ CaBtanbeda, Hûtoria do desrobrimento f eonçuisla da India priât Porto-
guesrt, I, 96, Lisb. 1833; Bamusio, I, 121; Lettre d’Emmanuel au doge de Venise, i la date du 13 aoOt 1600, dans Sauut., Diar., HI, 862.
512 Troisihiie période. — Décadence du commerce du Lernnf.
munie d’armes en quantité suffisante poui- lui permettre de combattre au besoin les adversaii-es des Portugais à Calicut et, en même temps, elle emportait de l’or, de l’argent, [des marchandises européennes à échanger contre des épices. Cette fois, le souverain de Calicut autorisa l’établissement d’une factorerie portugaise dans la ville, mais les marchands mahométans venus de l’ÉgjT)te intriguèrent si bien centime les étrangers, qualifiés par eux d’intrus, que ceux-ci ne purent absolument rien acheter, et la populace, excitée sous main, menaça de les massacrer. Pour se venger, Cabrai canonna la flottille maichande égyptienne et la ville. L lui arriva alors une chose à laquelle il ne s’attendait guère: sa nipture violente avec le Zamorin lui procura les bonnes grâces des rois de (’ochin et de Cananore, de sorte qu’il put s’approvisionner autant qu’il le voulut, chez l’un de poivre, chez l’autre de cannelle et de gingembre, et, que ses vaisseaux reprirent le chemin de leur pays avec un chargement complet D faut dire que, sur les treize navires partis ensemble de Lisbonne, six seulement étaient arrivés jusqu’aux Indes; le premier d’entre eux rentra au port le 24 juin 1501; U avait à bord 300 quintaux de poivre, 120 quintaux de cannelle et une quantité moindre d’épices d’autres sortes pour le compte d’un Florentin nommé Bartolommeo, d’un Génois dont le nom n'est pas connu, et d’un autre Italien encore, nommé Hieronimo.' Il n’est pas sans intérêt de remarquer que, dès la seconde expédition envoyée aux Indes par les Portugais, des étrangers s’y étaient intéressés. Les Florentins, U est vrai, n’étaient pas tout â fait des étrangers à Lisbonne; les galères qu’ils envoyaient vers les Flandres y faisaient escale et un grand nombre de marchands de cette nationalité, encouragés par le bon accueil qu’on leui’ y faisait, y avaient fondé des comptoire.* Dès 1487, on citait comme l’un des membres les plus éminents de cette colonie un certain Bartolommeo Marchionni;’ je pense qu’il est permis, sans trop se risquer.
‘ Voyez les lettres de Giov. Franc.
Affaitato (26 juin 1501) et de Dumenico Pisani (27 juill. 1501), dans Sanuto, Diar., IV, 66 et 88. (la dernière se trouve également dans VArchir. renei., XXII, 156 et 8«.). Elles ne donnent que la liste des marchandises chargées sur ce bâtiment.
Mais on possède encore une lettre du 4 août 1501 , écrite probablement par Giovanni Cretico, et dont on trouvera des extraits dans les Diarii de Girol. Priuli, Archir. Vend., XXII, l^'^part-, p. 163.
L’auteur y donne les chiffres suivants, qui indiquent la totalité des articles rap-
portés par la flotte; 2,000 cantars de poivre, 600 cantars de cannelle et 400 cantars de gingembre, outre du bois de santal et du beqjoin, en tout 3.000 cantars d'épices : ces chiffres peuvent paraître faibles, mais il faut remarquer que l'auteur ne signale le retour que de quatre caravelles.
’ Canestrini, Keloxioni commereiah de' Fiorenlini eo' Portoghesi. Arrh. ttor. ilal., app., m, 98 et s.
' Hamusio, I, 236, b. Ce Marchionni avait remis des lettres de crédit à Corüham et â Païva au moment de leur départ