‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 151 sur 251 · X. Les deux catastrophes finales · texte numérisé non relu

X. Les deux catastrophes finales

de compléter le nom de baptême Bartolommeo, que le document donne seul, en y joignant le nom de tamille Marchionni. Quand la ti'oisiëme expédition s’organisa, ce même Marchionni équipa un navire dont il confia le commandement à l’un de ses agents, nommé Fernando Vinetti (Fernam Vinet), Florentin comme lui;* il figure encore parmi les armateurs de la quatrième, au moins pour la moitié de la cargaison d’un vaisseau.*

On n’avait pas attendu le retour de Cabrai, pour équiper une troisième expédition: cette fois, elle ne se composait que de quatre bâtiments; cette fiottille mit à la voile de Lisbonne, le 5 mais 1501, sons le commandement de Joâo da Nova. Le souverain de Calicut ne la reçut pas mieux que celle de Cabrai, mais mal lui en prit: il éprouva pour la seconde fois la supériorité de la marine militaire portugaise. Les rois de Cochin et de Cananore, au conti-aire, se montrèrent, comme la première fois, on ne peut mieux disposés, et offrirent à l’envi aux Portugais des marchandises à acheter. Malheureusement, ces derniers ne s’étaient pas munis d’ai-gent sonnant; ils n’avaient que des marchandises d’un placement difficile ou même tout â fait impossible aux Indes, de sorte qu’ils ne purent pas compléter leur chargement au retour et qu’ils durent laisser sur place des agents, chaigés de tirer le meilleur parti possible de ce qu’ils avaient apporté. Ils n’emportaient que de 950 à 1050 cantars de poivre, de 450 â 550 cantars de cannelle, au total 1550 cantars d’épices, valant au maximum 4000 ducats.’

Cette expédition rentra à Lisbonne le 12 septembre 1502, mais le roi n’avait pas attendu jusque là pour en faire partir une quatrième; il avait tenu à ne pas laisser passer la bonne saison. Ë&ayée par l’énergie de la résistance opposée par les marchands arabes à l’ad-

poar le Levant. Cette maison exista très longtemps à Lisbonne: voy. Gubematis, p. 373.

' Marchionni rend compte lui -même de la part qu'il a prise aux préparatifs de cette expédition, dans une lettre publiée par Sanuto, Diar., TV, 544; cf. Correa, Lendas da India, I, 234; üoes, Chroniea do Rey Emanuel (Liab. 1619), fui.

48, b; Barros, Asia, I, 464, 473.

’ Lettre de üiov. Franc. ACTaitato à P.

Pasqualigo, datée de Lisbonne le 20 août 1503, insérée dans Sanuto, Diarii, V, 130 et s.

’ Sur les affaires traitées par les chefs de cette flottille et sur la nature de son U

chargement, j'ai consulté, en dehors du mémoire de Hassari, quatre lettres écrites: la première par Bartol. Marchionni, datée de Lisbonne, le 20 sept. 1502 (SanuU, Diar., IV, 544 et sa.): la deuxième par Lunardo Nardi, même date (ibid. IV, 545 — 547): la troisième par Qiov. Franc. Affaitato, datée de Lisbonne, le 26 sept. 1502 (ibid. IV, 663 — 666): la quatrième par Cesare Barzi, datée de Valence le 17 oct. 1502 (ibid. IV, 682). Divers rapports sur cette expédition furent encore adressés k Venise de Gênes, de Lyon et de Bruges; Priuli (1. c., p. 166) les mentionne, mais sans faire de citations.

mission des Portugais sur le marché des Indes et surtout à Calicut, par les accidents arrivés à plusieurs navires perdus en route, par les énormes sacrifices en hommes et en argent qu’une guerre aussi lointaine devait nécessairement imposer à un pays aussi pauvre que le Portugal, une partie du conseil du roi protestait contre le renouvellement de ces entreprises. L’autre partie l’appuyait au contraire et répondait victorieusement aux trembleurs que les Portugais avaient déjà pris pied solidement sur quelques places des Indes, que les sacrifices d’argent étaient plus que compensés par les bénéfices réalisés, enfin que les capitaux consacrés à l’armement de l’expédition de Cabrai avaient rapporté de gros intérêts.* Le roi se prononça énergiquement pour la continuation de l’œuvre commencée: la prochaine expédition devait dans sa pensée, faire connaître d’abord sa résolution de prendre part de gré ou de force au commerce des Indes, et mieux encore sa volonté de tuer le trafic entre le Malabai' et l’Egypte, et d’assurer à son pays le monopole du commerce des produits des Indes en Occident. Il en avait donné le commandement à Vasco de Oama: les instructions de l’amiral portaient qu’une partie de son escadre devait aller se poster au débouché de la mer Rouge, afin d’en barrer la sortie aux navires égyptiens et arabes affectés au trafic des Indes, et l’entrée à tous les navires indiens.* D’un antre côté, en organisant une expédition sur un si grand pied, le roi comptait qu’elle procurerait de gros bénéfices tant à son propre trésor qu’aux particuliers qui y avaient contribué. Comme les tentatives d’importation d’articles européens dans les Indes avaient eu peu de succès, parce que les marchands du pays préféraient l’argent comptant, il i^ut très heureux que des maisons de commerce italiennes consentissent à prendre un intérêt dans scs entreprises et y consacrer des sommes importantes.* Nous avons cité parmi les armateurs de cette flotte un Florentin, Bartolommeo Marchionni: un autre Italien, originaire de Crémone et établi à Lisbonne, un certain Giov. Franc, Affaitato, profita de la même occasion pour envoyer aux Indes de l’argent et des commis.* En passant à Sofala, la fiotte prit encore de l’or

‘ Barros, Àtia, II, 2 — 7.

' Dès le 28 déc. 1501, on était renseigné & Venise sur les intentions du roi, par une lettre anonyme écrite en Portuifal le 18 octobre précédent; Sanut., Dior.,

rv, 666.

' On peut voir à quelles conditions le roi acceptait leurs concours, dans Sanut, Dior., rv, 666.

* D y avait, à cette époque, en Portugal, plusieurs riches marchands origi-

naires de Crémone; ils disposaient d'un capital de 80,000 ducats (Sanut, Dior, III, 1042). Les Affaitato y étaient arrivés après avoir passé par Anvers; cela est certain (voy. Mertens, en Torft, geachiedenii ran Antuerpen, III, 321; IV, 67, 83, 168). Le nom de celui dont il est question dans notre texte est fréquemment estropié dans les sources. L’éditeur des Paeai nuoramente ritrotaii l'a transformé en “Saita’'; Gryntens, dans son A’orus

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