‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 152 sur 251 · X. Les deux catastrophes finales · texte numérisé non relu

X. Les deux catastrophes finales

extrait des mines du pays; ce supplément de métaux précieux ne pouvait lui être qu’utile pour la suite de ses opérations. Nous verrons ce qu’elle en fit quand nous aurons à parler des résultats de cette quatrième expédition.

La persévérance déployée par Emmanuel dans la poursuite du but qu’il s’était proposé, l’apparition régulière des fiottes équipées par lui chaque année, eurent pour première conséquence d’inspirer courage et confiance aux petits princes indiens qui étaient entrés en rapport avec lui, en même temps qu’elles donnaient, non sans raison, à réfléchir au Zamorin de Calicut; d’autre part, ce qui se passait aux Indes était pour le sultan d’Égypte et pour la République de Venise une source d’inquiétudes croissantes. La première nouvelle de l’apparition des Portugais à Calicut était paivenue à Venise par le Caire et Alexandrie; mais les faits étaient présentés sous une forme tout à fait défigurée et confuse (août 1499).‘ Par la suite, on y reçut, toujours de la même source, divera détails sur les faits et gestes des Portugais dans les Indes; mais la source était suspecte, car les Égyptiens avaient le plus grand intérêt à atténuer ou même à laisser complètement dans l’ombre les succès obtenus par les rivaux de Venise et à exagérer leurs échecs.* Pour arriver à connaître la vérité, la République dut chercher un autre moyen. Un projet de campagne à entreprendre en commun contre les Osmanlis donnait précisément lieu à des négociations très actives entre les deux nations. Venise profita de cette circonstance pour se faire donner par son ambassadeur à la cour d’Espagne, Domenico Pisano, chargé accessoirement de suivre les négociations avec le roi de Portugal, des renseignements sur les agissements des Portugais aux Indes. Dès le 23 février 1501, l’ambassadeur écrivait qu’on attendait le retour de la flotte de Cabrai, qu’à cette nouvelle le roi avait témoigné une joie extrême de ce qu’enfin on eût découvert le meilleur chemin pour arriver au pays des épices, et qu’il avait exprimé hautement l’espoir d’en tirer profit.* Quelques mois après (24 juin 1501), le même ambassadeur fut témoin des transports d’Emmanuel, quand le premier bâtiment de la flotte de Cabrai rentra au port avec un chargement complet, et il dut, bien à contre cœur, sans doute, lui présenter ses félicitations. Le roi le chargea de transmettre cette heureuse nouvelle à la Seigneurie; dorénavant, ajouta-t-il, les galères vénitiennes n’auraient plus besoin d’aller en Égypte chercher les épices; d’ailleurs.

orbia, p. 800, le nomme “Franc, de Sagitta": d’autrea écrivent: “Franc. Laitato“ (Areh. Vend., Il, 807), “La Fayta“ (tbid. 806), “Aacaitato“ (Sanut, Dior., IV, 485).

’ I^uli, Diarii, dans VArehit. Vend., XXII, part, p. 155.

’ Sanut., Diarii, IV, 98, 169, 498 et a; V, 886; VI, 849; VU, 106, 188, 541, 718 etc.; Priuli, p. 170, 171 et a.

* Sanuto, Diarii, III, 1697.

le jour ne saurait tarder où elles n’y en trouveraient plus; elles n’auraient qu’à venir les prendre en Portugal, où les marchands vénitiens seraient si bien traités qu’ils s’y trouveraient comme chez eux. On avait adjoint à Pisani un savant docteur, ancien professeur de grec à l’université de Padoue, Giovanni > Cretico, de Camerino: comme l’ambassadeur passait alternativement de la cour d’Espagne à la cour de Portugal, il avait ordre de se faire remplacer par Cretico dans ce dernier pays, tontes les fois qu’il devrait s’en absenter. De la sorte, la Seigneurie reçut de ces deux personnages, pendant tout l’été de 1601, les rapports les plus sûrs au sujet des faits et gestes de Cabrai et des projets d’avenir du roi.* Âu mois de septembre, Cretico passa en Espagne pour y travailler à la rédaction d’un rapport détaillé sur la route de Calicut par mer; ce rapport n’a malheureusement pas été conservé;* il devait être accompagné de cartes, point très important, car la publication de cartes de la route maritime des Indes était prohibée par Emmanuel, sous peine de mort

Sur ces entrefaites, le gouvernement de la République s’était décidé à se faire représenter de nouveau à la cour de Portugal par un agent (orator) spécial Cette mission fut confiée à Pietro Pasqualigo. Sa nomination porte la date du 12 avril, ses instnictions celle du 8 juin; cependant, il n’arriva à la cour d’Emmanuel qu’à la fin de l’été; le jour de sa première audience (20 août), il adressa au roi une allocution.* Emmanuel le reçut avec des témoignages de distinction toute particulière et, peu de temps après, à l’occasion du baptême de son premier fils (7 nov.), il le choisit pour parrain.* Il y avait en ce moment à Lisbonne des missions envoyées par les rois de Cananore et de Cochin: les égards dont on comblait Pasqualigo n’empêchèrent pas les Vénitiens de son entourage de dénigrer le roi auprès des ambassadeni-s indieus, en leur donnant à entendre que le Portugal n’était qu’un pauvre pays, hors d’état de réunir les ressources nécessaires pour faire

’ Le prénom de Cretico n’est pas “Lorenzo“, comme l'admet M. Foscarini (DeUa Uiteratura venexiana, p. 426 et s.), ni "Matteo*', comme le prétend H. Fulin (Arehiv. Verul., XXII, 1*” part., p. 156): je ne puis admettre sa correction et je maintiens que c'est bien “Giovanni'' (.Sanut, Dior., III, 736, 740, 1080).

' Au sujet de la situation de Cretico à Tuniversité de Padoue, voy. Sanut, III, 665, 736; sur l'objet de sa mission en PortU{;al, ibid. III, 786, 1080. Ses lettres ont d<ji été citées plus haut

* Ce détail n’est donné que par deux lettres d’Angelo Trerisani i l’historien Domen. Halipiero, écrites l’une de Grenade, l'autre de Ecija, sur le Oenil, en Andalousie : Zurla di M. Polo, II, 363 et s.

* Fulin, dans VArchiv. Venei., II, 82 et 8.; Sanut., Dior., IV, 20 , 64. Pour cette allocution, voy. Kunstmann, Die Entdeckung Amerika'a (Mon. aœeul. aead.

Monae., 3^ Cl., II, 69).

* Uoes, L c., foL 48; Massari, p. 43.

Page 1