‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 158 sur 251 · X. Les deux catastrophes finales · texte numérisé non relu

X. Les deux catastrophes finales

Âu moment où la flotte qni rapportait cette riche moisson rentrait au port, une autre était déjà en route: elle avait mis à la voile au mois d’avril 1503, sous le commandement des deux Albuquerque. Dans la division placée spécialement sous les ordres de François d’Albuquerque, se trouvaient quatre bâtiments armés à frais commnng par divers marchands: l’un des principaux intéressés était le grand commerçant florentin Girolamo Semigi; Giovanni da Ëmpoli‘ avait pris passage sur l’un de ces vaisseaux en qualité d’agent spécial de la maison Gualterotti et Frescobaldi, dont l’établissement principal était à Bruges; elle n’avait à Lisbonne qu’une succursale. En arrivant aux Indes, François d’Âlbuquerque apprit de fâcheuses nouvelles. Au moment de son retour, Yasco de Gama avait détaché de sa flotte une division chargée de surveiller les navires mai-chands arabes; tandis que cette division exécutait une croisière entre Aden et Calicut, le roi de cette dernière ville avait proflté de l’éloignement de la mai'ine portugaise pour chasser de son trône le roi de Cochin et détruire la factorerie portugaise établie dans ses états. Albuquerque réorganisa la factorerie, construisit un château-fort pour sa protection, rendit courage au roi et prit sa revanche sur le territoire du Zamorin de Calicut Réduit à négocier, le Zamorin consentit enfin â faire la paix (27 déc. 1603); le traité stipula en faveur des Portugais une indemnité de 1500 bahars (4500 cantars) de poivre,* la concession d’une factorerie fortifiée dans

réalisé par lui personnellemeut dans cette entreprise (ibid. V, 133 et s.): il n’est pas impossible qu’il ait envoyé cette communication à la réception d'une lettre, écrite de Mozambique à son adresse, le 3 avril 1503, par Matteo di Benigno (son agent, peut-être). Cette lettre est citée dans les Stu^' bibliografiei e biografici tuUa ttoria délia geografia in Ualia (Rom. 1876), p. 126, 463, comme faisant partie du Cod. délia Marciana, cl. XI, u° 277. P. Pasqualigo reçut, d’autre part, de Cesare Barzi, deux rapports: l’un du 5 sept, l’autre du 25 nov. (ibid. V, 132, 795). Une autre lettre, toujours relative au même objet, adressée par un Génois, nommé Cazano Negri, à son frère Girolamo, ambassadeur de Gênes en Espagne, et datée du 29 août, fut envoyée en communication à Venise (Sanut, Dior., V, 318 et s.).

Voy. encore, à ce sujet, Massari, 1. c., p. 17 et s.; Priuli, L c., p. 170 et s., 173. Nous connaissons encore deux relations

de la même expédition; écrites par deux marins, natifs l’un de la Corogne (Galice), l’autre des Flandres: elles offrent moins d'intérêts que les documents précédents au point de vue commercial: la première se trouve dans Sanut., Dior., V, 1064 et s., la deuxième dans l’ouvrage intitulé “Calcoen’* dont M. Stier a donné, en 1880, une réédition avec traduction allemande en regard.

‘ Vita di Oioc. da Empoli, dans ï'Ar~ ehir. tlor. iial., append., T. III, p. 25 et s. D a laissé lui -même une relation de ce voyage qui a été publiée dans Ramusio, I, 145—147. Dans l’en-tête, l’éditeur lui attribue à tort la qualité d'agent de la maison Marchionni.

’ Affaitato admet que le babar de l’Inde vaut trois cantars de Portugal.

Dans une lettre de Lunardo Nardi, nous voyons que celui-ci estime que le babar et le cantar sont entre eux comme 1 : 4 (Sanut, IV, 547).

628 Troisihne période. — Décadence du commerce du Levant.

les états du Zamorin, et l’engagement,* de la part de ce dernier, d’empêcher les navires de la Mecque’ de charger aucune marchandise sur son territoire. Cependant, après avoir livré une partie du poivre qu’il avait promis, le roi de Cochin changea d’avis, refusa le reste et ferma de nouveau tous ses ports aux Portugais. Heureusement Âlbuquerque eut la chance de découvrir un autre grand mai'ché où l’on pouvait se procurer les épices à des prix plus favorables encore qu’à Cochin; c’était celui de Quüon (Koulam). Mais la flotte avait déjà pris la plus grande partie de son chaig'ement, soit à Cochin, soit à Cranganore ou à Cananore. Comme toujours, le produit qui dominait dans les achats était le poivre, mais les documents énumèrent encore, parmi les articles rapportés à Lisbonne à l’occasion de cette expédition, une série de produits de rindo-Chine.*

Pour la deuxième expédition, la quatrième et la cinquième, Emmanuel avait autorisé certaines maisons de commerce à contiibuer pour une part aux frais d’armement, mais à des conditions qui avaient fait crier à la tyrannie (de'potio); pour la sixième, il résolut de n’accepter le concoui-s d’aucun marchand, ni indigène ni étranger. H refusa, entre autres les offres de deux marchands allemands, venus à Lisbonne avec de gros capitaux et chaudement recommandés pai- l’empereur Maximilien et par l’archiduc Philippe, gouverneur des Pays-Bas; ils auraient désiré faire embarquer sur les bâtiments de l’expédition deux jeunes gens dont ils voulaient faire leurs agents aux Indes. Le roi ne flt d’exception que pour l’amiral commandant, Lopo Soaree, et pour les capitaines des bâtiments de la flotte, mais à condition qu’ils remettraient leurs capitaux à l’agent royal et que celui-ci ferait les achats pour eux. Tous les achats d’épices devaient être faits par cet agent à l’exclusion de tout autre et pour le compte du roi, sauf l’exception que nous venons d’indiquer.^ La flotte appai-eilla le 22 avril 1604; elle était

’ Ce traité est reproduit mot pour mot dans la dépêche d'Albuquerque au roi: M. Greiff en a publié une ancienne traduction en supplément dans son édition du Journal de Lue. Rem fJahreeberieJU des hisl. Vereim für Sckuaben und Neuburg, 1858 — 1869), p. 16S et ss. V. aussi Grjmmus, p. 96.

* Ce traité désigne encore deux autres villes, qu’il nomme Genua et Arboria:

j'avoue qu’il m’a été impossible de reconnaître les localités ainsi désignées.

' Sur les résultats de cette expédition nous possédons d’abord la relation de

Uassari, p. 18, 19, et, en second lieu, des lettres de G. Fr. Affaitato à P. Pasqualigo, du 16 juill. , du août et du 11 sept.

1604 (Sanut, VI, 65—67, 76 et s., 86 — 88). La narration de Priuli (Dior., 1. c., p. 176) se compose, au moins en partie, d’emprunts faits à ces lettres. Cest la même expédition qui fait le sujet de la lettre de marchands espagnols & des clients de Florence, insérée dans Grynæus, Norm orbia, p. 96 — 99: les dates indiquées sont évidemment fausses.

* Affaitato à Pasqualigo, de Lisbonne le 7 avril 1504 (Sanut, Dior., VI, 96).

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