‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 159 sur 251 · X. Leu deux catastrophes finales · texte numérisé non relu

X. Leu deux catastrophes finales

année en guene et présentait un aspect imposant. Les principales opérations de la campagne foi'ent: un bombardement de Calicut qui dura deux jours; la restauration du roi de Cochin qui avait eu à subir des attaques répétées du Zamorin dans l’intervalle des deux expéditions, et n’avait dû son salut qu’à la valeur d’une poignée de Portugais, dirigés par Duarte Pacbeco; enfin, un combat naval, où la flotte portugaise coula à fond, en vue des côtes de l’Inde, une flotte marchande venant de Djeddah. Dans les intervalles de ces faits de guerre, on trouva le temps de charger 24,000 cantars d’épices dans les ports de Cananore, de Cochin, de Caïcolam (Eayan-Koulam), de Eoulam et de Comorin. Cette fois, les indigènes acceptèrent en paiement, à un taux rénumérateur fixé par des traités, les produits européens apportés par l’agent royal >

Chaque fois que les Portugais s’éloignaient des Indes pour retourner dans leur patrie, leurs adversaires y reprenaient le dessus, leurs amis étalent en butte à des persécutions, leurs factoreries restaient en soufirance, de sorte qu’une des tâches qui s’imposaient à chaque expédition nouvelle était de travailler sur nouveaux frais à la consolidation de l’infiuence portugaise dans ces parages. C’était, désormais, un fait acquis par une expérience de plusieurs années; il y avait donc lieu d’aviser. En 1506, Emmanuel résolut d’entretenir à l’avenir en permanence aux Indes une flotte et un représentant de la couronne de Portugal, ayant rang de vice -roi Le premier personnage décoré de ce titre fut Francisco cCÂlmeida; son départ eut lieu le 26 mars 1505; il emmenait aux Indes une flotte nombreuse et un matériel suffisant pour armer plusieurs forteresses, qu’il fit effectivement construire et qui rendirent, par la suite, des services signalés à la puissance portugaise.* La flotte de guerre escortait encore cette fois une flottille de commerce, composée de deux bâtiments, équipés pour le compte du roi, d’un troisième appartenant au chevalier portugais Fernando da Norouha et de trois autres armés par une association de marchands étrangers, parmi lesquels quelques Allemands qui en étaient même les membres les plus intéressés. C’est à tort que M. de Qubematis attribue à ces Allemands la qualité de Hollandais." Dès le 20 août 1503, Cazano Negri, citoyen génois, écrivait de Lisbonne à son &ëre Jérôme, et, parlant des nombreux étrangers qu’attirait dans cette ville le commerce des épices, il

‘ Maasari, p. 18, 20 et g.; PriuU, p.

189 et g.

* ün eut conuaiggance deg guccèg d’Almeida aux Indeg par lea vaiggeauz qui en revinrent aux moia de mai et de juin 1606. Quatre de ceg vaiggeaux avaient

pris un chargement de 25,000 cantan d’épices, quatre autres en rapportaient 16,000; Sanut., Diar., VI, 363 et gg., 373, 383 et g.; Priuli, p. 199 et g., 201 et g. ’ Storia dei riaggiatori italiani, p. 16.

630 Troisième période. — Décadence du commerce du Levant.

ajoutait que des membres de la grande compagnie allemande ava.ient promis au' roi d’y établir un comptoir et avaient obtenu de lui des conditions très avantageuses.^ Les directeurs de cette grande compag^nie étaient deux citoyens d’Augsbourg, Anton Welser et Conrad Vœhlin. L’affaire fut négociée avec le roi par un certain Simon Seitz, agissant tant en leur nom qu’en celui de tous les marchands d’Angsbourg et d’autres villes d’Allemagne; le privilège est daté du 13 janvier 1503; nous en possédons, sinon le texte original, du moins une traduction en allemand.* Nous y lisons bien que les Allemands seront libres de faire construire des vaisseaux, mais il n’est pas question qu’ils fa^nt pour leur propre compte des voyages aux Indes; le roi admet au contraire implicitement qu’ils feront en Portugal leurs achats d’épices, de bois du Br^il et d’autres produits des Indes et “des îles nouvellement déconvertes“. En effet, une clause spéciale porte que si les Allemands achètent les épices que l’on attend avec l’expédition commandée par Vasco de Oama, ou que rapportera l’expédition dont les préparatife se font en ce moment sous la direction des deux Albnquerque, on le bois du Brésil chargé sur les b&timents appartenant à Fernando da Noronha,' le drmt d’exportation sera de 6% poui* membres de la Compagnie et de 10 Vo pour les autres; pour les épices qu’ils se procureraient à d’antres sources, ils jouiront de la franchise dés l’heure présente; en outre, à l’avenir, à partir du moment où les chargements rapportés par les expéditions ci-dessus désignées auront été écoulés et où le privilège de Noronha sera périmé (1605), ils seront affranchis d’une manière générale de l’obligation de présenter à la douane les épices destinées à l’exportation. Mais ces concessions ne suffisaient pas à la Compagnie allemande. Nous avons parlé plus haut de deux négociants allemands qui avaient déjà voulu, en 1504, faire embarquer pour les Indes des agents à eux sur la flotte de Lopo Suarez; ils n’y avaient renoncé que sur le refus du roi d’admettre des marchands sur ses navires. Bs furent plus heureux pour l’expédition de 1606.* Sur la prière d’Anton Welser, le célèbre Peutinger, natif d’Augsbourg, avait demandé à l’empeieor Maximilien un Bref pour les Indes (Brief in Indien) et, en considération de ce que ses compatriotes étaient les premiers Allemands qui

‘ Sanud., Dior., V, 319.

' Pritiltgia und Handlungtfrnheüen, tetlehe die KSnige von PortugeU ehedem den deutsehen KaufUuten x« Lùsabon ertkeiU haben, par Joh. Phü. Casael, Brème, 1771, in 4», p. 6—10.

* D s'était assuré le monopole du bois du Brésil de Terra sots, c. i d. du Bré-

sil, contre paiement annuel d’une somme de 4,000 ducats; Hassari, p. 81.

* Le traité fut consenti par Emmanuel an mois d’août 1604; roy. Revu TagthuA, p. 8; les faits sont constamment antidatés d'une année; ainsi, on lit 1603 pour 1604, 1604 pour 1606 etc.

Page 1