‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 160 sur 251 · X. Les deux catastrophes finales · texte numérisé non relu

X. Les deux catastrophes finales

faisaient le voyage des Indes ( die ersten Deutschen, die India suechen ), il s’était entremis pour leur faire donner aussi par la cour de Portugal de bonnes recommandations pour les princes indiens (indianischen Kunige).^ Us réunirent donc un capital de 66, (.00 ducats, avec lequel ils armèrent trois grands bâtiments qu’ils baptisèrent de trois noms de saints: le S. Jérôme, le S. Raphaël et le S. Léonard. La plus grande partie de la somme avait été fournie par des maisons de commerce d’Âugsbourg: les maisons Welser et Vœhlin primaient toutes les autres avec un apport de 20,000 ducats; elles avaient, à cette époque, pour représentant à Lisbonne Lucas Rem;* puis venaient les Fugger, les Hœchstetter, les Gossembrot, les deux maisons Imhof et Hirschvogel de Nuremberg, et d’autres encore.* Une partie de la dépense avait été couverte par des commerçants florentins et génois;* parmi les florentins, on cite notamment un certain Bartolo, sans doute Bartolommeo Marchionni;* mais, en somme, on peut dire que les trois vaisseaux armés par cette association étaient des navires allemands. Le S. Léonard avait à bord le principal agent des marchands allemands, Balthasar Sprenger, de Vils, et le commis de factorerie Hans Mayr, montait le S. Raphaël La flotte visita les ports de Cananore et de Cochin, y chargea des épices, des perles, des cotonnades, et l’on reprit la route de Lisbonne, où le S. Jérome et le S. Raphaël arrivèrent le 22 mai 1506,* le S. Léonard le 16 novembre seulement’ Le roi retint aux armateurs le quart de leurs marchandises, sans compter une taxe d’un vingtième. Sur cette exigence, ils engagèrent contre lui un procès qui

' Lettres de Welser à Peutinger, du 11 die. 1604: de Peutinger à Blas. Holzl, du 8 janT. 1503. Ces lettres se tronrent i la suite du Journal de Rem, op. cit., p. 184, 171.

* Voy. son Journal, p. &

' Sprenger énumire le plus grand nombre de ces maisons de commerce au commencement de son “Meerfart": on trouve les noms de quelques autres dans les Annal. Augetburg. de Oassams, pubL p. Mencken, SS. rer. Oerm., I, 1748. L’apport de chacune des maisons allemandes en particulier est donné en détail dans un supplément aux notes de Rem, publié dans les Mittheilungen de» Vereim für Ouehiehte der î^adt Ifümberg, l*!* livrais.,

870, p. 100 et a L'apport total des Allemands s’élevait i 88,000 ducats: celui des Italiens n'était que de 90,400.

* Oassams, I. c., p. 1788.

‘ Hassari, p. 88.

* Cette date est indiqué par le Journal de Rem, p. 8, par le suppl. IZ de ce journal, p. 187, par H. Mayr, que suit, sur ce point, H. Kunstmann, dans son ouvrage Die Fahri der erilen Deutaehen naeh dem Poriugieiitchen Indien (Munich, 1881), p. 82, enfin par Sanuto, Dior., VI, 333.

Hassari (p. 88} donne une date busse, 32 mars.

' Rem (p. 8) indique le 84 nov., ce qui est une erreur. Sprenger, qui montait ce vaisseau, écrit: 16 nov., ce qui est décisif. Hassari ne mentionne pas du tout ce vaisseau : il ne parle que de deux vaisseaux allemands.

532 Troisième jyériode. — Décadence du commerce du Levant.

dura trois ans et fut soutenu en leur nom par Lucas Bem. Cependant nous ne saurions dire si leur réclamation portait sur le taux excessif de cet impôt,* ou sur le refus qu’on leur avait fait de leur accorder leur part du butin conquis à l’occasion de la prise des villes de Quiloa et de Mombasa. Finalement, les cargaisons furent vendues à Amsterdam et, tout compte fait, il se trouva qu’il restait encore un bénéfice net de 160 ®/o d’après le calcul de Rem, et de 175% d’après celui de Gassarus.’

Emmanuel tenait avec raison à ce qu’il y eût chaque année un départ pour les Indes. Conformément k ce désir, une fiotte mixte mit à la voile au printemps de 1606: les bâtiments de guerre étaient commandés par Alphonse d’Albuquerque et les navires marchands par Tristan da Cunha Parmi ces derniers, quelques-uns avaient été équipés, comme au précédent voyage, par des particuliers tant indigènes qu’étrangers; quelques maisons florentines et génoises® étaient au nombre des intéressés; d’autre part, le représentant de la maison Welser, Lucas Rem, avait fait une association avec un Portugais, nommé Ruy Mendez. Rem subit quelques pertes et voulut en faire supporter la responsabilité par Tristan da Cunha; le fait est que celuici avait usé de son autorité pour faire exécuter par les navires marchands des voyages de découverte, ce qui n’entrait nullement dans les vues de leurs armateurs.® Mais, en somme, le résultat de cette campagne fut d’ajouter un contingent notable aux quantités d’épices qui s’entassaient dans les entrepôts de Lisbonne.®

' ' Cet impôt était, d’aillenra, fixé con-

formément aux conditiona en videur depuis 1603, pour tous les marchanda admis à participer aux expéditions. Je n'en veux ponr preuve que ce passaq;e de Massari (p. 89): “de quanto trazeranno, si de spezie corne d'ogni altra coea, paghi de dretto al Be un quarto e vintena.“ Affaitato s’exprime d’une manière analogue: Sanut., Diar., VI, 75.

' Bem, p. 8; Gassarus, p. 1743; dans le suppl. au Journal de Bem, 1. c., l’estimation du bénéfice est la même que celle de Gassarus.

* Massari, p. 81. Le nombre des routes encore ouvertes an commerce diminuant de jour en jour, il se fit à Gênes un revirement d’opinion: beaucoup de personnes émirent l’avis que la Bépublique devrait envoyer des vaisseaux à Calicut, comme

le roi de Portugal. Le gouvernement prit ce projet en considération et chargea une commission de l’étudier (document du 18 juin 1506, communiqué par M. Belgrano, dans les Afli delta Soc. Ug., V, 868). n est douteux qu’on y ait donné suite. En 1514, un certain Lodisio de’ Gradi annonça l'intention de “se transferre ad locum sive terras de Colochuti, ubi soient platicare et onerare de piperis naves sive navigia serenissimi Begis Poiv tugalis“ (v. Bilgrano, dans le Oiom.

liguet, II, 856). Ce projet, dont l’auteur se promettait des résultats avantageux pour lui -même et pour tous ses concitoyens, fut-il mis é exécution? On l’ignore.

‘ Journal, p. 8.

‘ Un des vaisseaux attachés & cette expédition rapporta 7,000 cantars d’épices.

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