‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 164 sur 251 · X. Les deux catastrophes finales · texte numérisé non relu

X. Les deux catastrophes finales

la Répabliqae de Venise. Il fit son rapport et le snltan M particnlièrement irrité de ce qu’on eût osé feire passer par la Syrie, c’est à dire par ses propres états, une correspondance destinée à amener entre les deux paissances un accord dont l’objet était de lutter contre la suprématie des Osmanlis; il en voulait surtout & Pietro Zeno, consul de Venise à Damas, qui avait connu cet échange de vues et ne l’avait pas an moins signalé au Caire.' Pietro Zeno et, avec lui, six marchands de Damas, quatre de Tripoli et trois d’Alep allèrent rejoindre dans les prisons du Caire, où ils arrivèrent le 6 janvier 1611, Tommaso Contarini, consul de Venise à Alexandrie, et les autres marchands de la même ville qui s’y trouvaient déjà depuis le 13 octobre 1610. Zeno fut soumis à un interrogatoire des plus rigoureux, le sultan l’accabla de reproches, et peu s’en fallut qu’il ne lui fît subir la bastonnade: son dédain de la dissimulation, son attitude hautaine contribuèrent encore à empirer sa situation, et il fut cause que d’autres, moins compromis que lui, furent retenus avec lui en prison.*

Venise, engagée en ce moment dans une malheureuse guerre contre la Ligne de Cambrai, avait les mains liées, et ses sujets se ressentaient cruellement de cette situation embarrassée. Elle avait à la cour du Caire des adversaires qui ne manquèrent pas d’insinuer qu’elle touchait à sa ruine, et qu’elle ne serait bientôt plus assez riche pour envoyer des galères de commerce dans le Levant L’ancien ennemi de Venise, le grand drogman Tangriberdi, n’était pas seul à tenir ce langage: un autre personnage influent appuyait sur le même corde: c’était Philippe de Parétes* (Péretz), représentant des Catalans, des Napolitains et des Français. Jeté d’abord en prison, il n’y était pas resté longtemps; il savait user des moyens de corruption: il s’en était même servi pour rentrer en grâce auprès du sultan, et depuis lors il ne cessait de lui représenter que tout irait mieux pour le pays et pour lui-même, s’il mettait de côté les Vénitiens, désormais tombés en décadence, et s’il assurait à leur place aux Français le premier rang sur les marchés de l’Égypte et de la Syrie. Efiéctivement, dans une lettre

' Il y a lieu de remarquer que, dans cea négociations, l'initiative appartint tout entière à Ismaïl et que la République ne se montra pas aggressive. Voy., à ce sujet, Berchet, La reptibbliea di Venexia e la Pertia (1866), p. 26 et s. Pour ce qui concerne spécialement les accusations formulées contre Zeno, voy. Sanut, Diar., XI, 470 , 480 , 646 , 825 , 827 et s.; XII. 207, 211, 234 St s., 236 et s.

■ ’ Sanut., Dior., XI, 646 et s., 648 et s., 681, 6B6 , 826 et s., 827 et ss.; XII, 153—167, 207—216, 234—239, 307—310.

' Sur ce personnage en général, voy.

Capmany, II, 307, 309; Petr. Martyr ab Angleria, Legaiio babyUmiea, p. 389; Marcellino da Civetza, Storia délit miss, franeesc., VI, 888 et ss.; Thenaud, Voyag.

d'outremer, aux endroits marqués dans la Table.

540 Troisième période. — Décadence du commerce dn Levant.

adressée & Louis XII, roi de France (16 nov. 1610), le sultan promit de donner dorénavant la préférence aux Français sur les Vénitiens, et, d’une manière générale, sur tous les autres Francs.* Pour se donner plus d’importance, Parétes fit entrevoir la possibilité d’obtenir du roi une assistance matérielle pour l’armement de la flotte que le sultan réunissait pour combattre les Portugais, et il se vanta d’avoir assez d’influence sur le grand-maître de Rhodes, pour le décider à rendre les vaisseaux égyptiens capturés par les siens dans le golfe de Lsgazzo. Enfin, il annonça une nouvelle faite pour chatouiller agréablement l’orgueil du sultan, l’arrivée prochaine d’un ambassadeur du roi de France.’ La nouvelle était vraie: l’ambassadeur, nommé André Le Roy, fit son entrée au Caire le 25 mars 1612. Mais ni lui, ni Parétes ne furent assez influents pour vaincre la résistance obstinée du grand-maître de Rhodes; les navires capturés ne furent pas rendus. La mission de Le Roy eut, en somme, peu de résultats, et surtout elle ne fut nullement, comme on se l’était promis, le signal d’une révolution dans la situation commerciale.*

Les Vénitiens n’étaient nullement disposés à se laisser supplanter par leurs rivaux, et ils le prouvèrent en faisant parmtre tout d’un coup de nouvelles flottes de navires marchands; elles étaient depuis longtemps à l’afiût dans les iles voisines de l’Égypte, à Candie, en Chypre, n’attendant que le moment où l’apaisement du conflit leur rouvrirait les ports d’Alexandrie ou de Beyrout Cette démonstration obtint un double résultat: d’abord, elle manifestait incontestablement

' Cette lettre est insérée dans Sanut, Diar., XII, «24 et ss.

’ Sur les intrigues et les promesses de Parétes, voy. Sanut, Diar., XI, 826, 828; Xn, 163 et s., 210 et 8., 213, 236, 807 ; Priuli, p. 220 et s., 232 et s. Déjé, en 1505, au moment où Alvise partait ponr l’Égypte, on lui avait signalé ce Parétes comme l'un des plus grand ennemis de Venise; Sanut, Diar., VI, 207.

* Il parait qu'il n’existe aucun document spécial relatif à l’ambassade de Le Roy. Les faits qui y sont relatifs ne sont un peu mieux connus que depuis la publication de la relation du voyage de Jean Tfaenaud, par M. Ch. Schefer. Thenaud avait fait la traversée en compagnie de Le Roy, et se trouvait avec lui an Caire: il constatait lui -même & regret que l’ambassadeur français avait moins

obtenu que celui de Venise. Les points sur lesquels il avait eu gain de cause touchaient plutôt à la question des Lieux Saints qu’à celle du commerce. Le privilège que le sultan remit au consul Parétes le 30 juin 1512, pendant que Le Roy était encore au Caire, ne renferme aucune faveur extraordinaire; il nous permet seulement de constater l’existence du fondaco français et des églises catalane et française. Nous ne le connaissons que par le firman de confirmation du sultan osmanli Soliman U, en date du 21 sept. 1528, publ. dans Saint- Priest , Mém. ntr l'amboês. de fy-ance en Derquie (Paris, 1877), p. 345 — 353. Le refus opposé par le grand-miûtre de Rhodes à la proposition de rendre les vaisseaux pris à Alexandrette est constaté par Priuli, p. 282 et s., et Sanuto, Dior., XIL 308.

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