‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 165 sur 251 · X. Lies deux rntaetrophes finales · texte numérisé non relu

X. Lies deux rntaetrophes finales

aux yeux du sultan la vitalité de la République; en second lieu, elle lui offrait un bénéfice immédiat k réaliser, et cette perspective lui sourit tellement qu’il se décida à rouvrir ses ports aux galères vénitiennes, avant même que le conflit ne fût définitivement réglé.* Pour Venise, c’était autant de gagné; mais encore fallait-il achever de rséoudre les questions pendantes. Pour cela, l’envoi d’une ambassade était indispensable. Cette mesure présentait le double avantage de donner satisfaction k la fois à l’orgueil du sultan et à une demande souvent exprimée par les marchands vénitiens, sans compter que c’était le meilleur contrepoids à opposer aux intrigues françaises. Le 17 nov. 1511, on désigna pour cette mission l’un des membres les plus distingués du sénat, Domenico Trevisani; ses instructions furent rédigées en partie par le conseil des Dix, en partie par celui des Pregadi; elles portent les dates du 30 et du 31 décembre.* Parti de Venise le 22 janv. 1612, il fit son entrée an Caire le 9 mai.* C’était un diplomate expérimenté; le luxe calculé qu’il déploya dans cette circonstance, les riches cadeaux dont il était chargé pour le sultan, et, plus que tout cela, son caractère, dans lequel la fermeté s’unissait k la souplesse, lui assurèrent dès le commencement toutes les chances de succès.

A son arrivée, Contarini, consul d’Alexandrie, et Zeno, consul de Damas, étaient encore retenus dans les prisons du Caire avec un certain nombre de marchands. Il s’agissait d’abord d’obtenir leur délivrance, et la chose n’était pas facile, car la vue seule de Zeno suffisait pour mettre à nouveau le sultan en fureur. Trevisani ne faisant, d’ailleurs,

' Sanut., Dior., XII, 6S, 77 et s., 163, a.Sa, 245 , 267 , 281 et s., 288, 309 et s., 380 et 8., 411, 427, 481, 487, 603; XHI, 346, 365 et s., 364 etc.

’ Sanuto (Diar., Xm, 369, 362, 364) et PriuU (p. 246 et 8.) indiquent avec priciaion les caractères dietinctifs de ces instructions en partie double. Celles du conseil des Dix ont été publiées dans lias Latrie, Traitia, p. 271 — 273 (il s’en trouve aussi quelques parties, avec un passage supprimé postérieurement, dans l'Arehiv.

Venet., II, 190 — 192). Les instructions du conseil des Pregadi sont on peu plus longues et ont été insérées dans les suppléments au Voyage d’outremer de Thenaud, p. 237 — 248.

' Toutes ces dates sont empruntées aux Diarii de Sanuto et au Viaggio di D. lyeneani, ambateiatore veneto al

gran SuUano del Cairo neU' anno 1512, deecritto da Zace. Pagani, éd. N. Barozzi, Venez. 1876. Ce voyage a été traduit depuis par M. Ch. Schefer et placé par lui & la suite du Voyage de Thenaud.

Outre cette relation complète, il existe, sur le même siget, des lettres écrites par Uarc’ Antonio Trevisani, fils de l'ambassadeur, qui avait été autorisé à accompagner son père (Sanut, Diar., XV, 193 — 208); MM. Romanin (Slor. di Venez., V, 367 et SS.) et Schefer (op. cit, p. Ixxvii et SS.) lui ont fait des emprunts. Parmi les auteurs de Journaux, on pourra consulter Sanuto, XTV, 673; XV, 17 — 20, 174 et s., 256—267, 264, 266; Priuli, p. 243 et s., 246 et s., et Marcant Michieli, dans l'ArcAtr. Venet., XXn, p.

xvii et s.

542 Troisième période. — Décadence du commerce du Levant.

en cela, que se conformer à ses instructions, commença par traiter la question de la correspondance échangée entre Venise et Ismaîl Sèfévy; U en parla ouvertement, comme de la chose la plus innocente du monde, et réussit à faire entrer dans l’esprit de Kansouh el 6houri la conviction que, dans toute cette affaire, la Bépublique n’avait pas songé un instant à tramer une conspiration contre l’Egypte. Malgré tout cependant, le sultan s’obstinait & accuser Zeno de haute trahison, pour avoir eu des entrevues secrètes, sur le territoire de la Syrie, avec l’agent d’un souverain étranger; il voulait que la Seigneurie condamnât le criminel & la peine de mort ou, tout au moins, à l’emprisonnement perpétuel ou au bannissement. Trevisani lui demanda la permission d’envoyer Zeno à Venise, et promit qu’aussitôt après son arrivée on soumettrait sa conduite à une enquête sévère, et que, si sa culpabilité venait à être démontrée, on lui infligerait un châtiment exemplaire. An moment où l’audience prit fln, il mit lui -même la chaîne au cou de l’accusé, et l’emmena en cet état hors de la salle. Quand il vint prendre congé, le sultan lui permit, par grâce spéciale, d’emmener Zeno comme esclave et d’en disposer à son gré. L’infortuné était sauvé: il revit Damas et plus tard Venise, où, bien entendu, on ne l’inquiéta pas au siÿet des intrigues, qu’il avait nouées avec Châh IsmalL Les antr^ prisonniers recouvrèrent purement et simplement leur liberté.* Passons à une autre partie des instructions de Trevisani. Travailler à détruire le crédit des deux représentants de la nation française et du grand dix^an Tangriberdi; démentir les bruits dont ils s’étaient faits les intreprétes; assurer que Venise était en mesure de tenir tête à ses ennemis; engager le sultan à persévérer fermement dans son alliance avec la République, et exprimer le regret de ce qu’il eût prêté, dans les derniers temps, une oreille trop complaisante aux insinuations malveillantes des ennemis jurés de Venise; exposer que la Bépublique aurait pu aller chercher le poivre à Lisbonne, où on le lui offrait â meilleur marché, et que, pourtant, elle avait agi au mieux, des intérêts des deux pays, en continuant d’envoyer ses galères en Égypte, puisque ces galères y chargeaient du poivre et y apportaient en échange de l’or et de l’argent, du cuivre, de l’étain et du plomb, des draps et des soieries, de l’huile, des fruits etc.; ajouter que la Seigneurie désirait que les articles de la convention passée avec Tangriberdi en 16Ü7 restassent en vigueur pour les deux pa3rs; enfin, tenir en toutes choses compte des vœux exprimés par les consuls d’Alexandrie et de Damas dans l’intérêt de leurs administrés; telle était en résumé

' Viaggio di D. 2V«vûant, p. 99 — 89, et ei.

48; Tbesaud, Voyage, introd., p. Uzx

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