‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 166 sur 251 · X. Les deux catastrophes finales · texte numérisé non relu

X. Les deux catastrophes finales

la t&che multiple imposée à l’ambassadeur vénitien. Le dernier point comportait l’étude de détails relatifs aux coutumes des marchés, aux droits de douane et de navigation; il fit l’objet de discussions suivies en dehors de la présence du sultan avec ses fonctionnaires et particulièrement avec son agent commercial (Khodja). Nous possédons encore les procès-verbaux^ des séances et nous pouvons y lire les reproches et les accusations échangées entre les négociateurs, ainsi que les promesses de correction ou de suppression des abus et de retour à de meilleures coutumes. L ne nous est pas possible d’entrer dans le détail des faits articulés par les colons vénitiens d’Alexandrie, de Tripoli, de Damas et d’Âlep; nous savons assez quelle était leur situation: ne se tenaient-ils pas pour satisfaits de la seule promesse qu’à l’avenir on ne pourrait leur donner la bastonnade sans un ordre exprès du sultan? Les plaintes des Égyptiens ont pour nous plus d’intérêt, parce qu’il en ressort une image plus frappante de l’état de décadence où était tombé le commerce du Levant

La première plainte des négociateurs égyptiens concernait le petit nombre des bâtiments de commerce vénitiens qui fr^nentaient les ports de l’Égypte et de la Syrie. Trevisani s’attendait à cette objection, car, avant son arrivée déjà, le sultan, s’adressant aux consuls arrêtés par son ordre, leur avait dit: “Vous antres Vénitiens, vous ne faites plus rien pour la prospérité de mon pa3rs; autrefois on expédiait de chez vous sept galères â Alexandrie, cinq à Be3rrout, tontes pleines de marchandises, et vos magasins étaient remplis; maintenant vous n’apportez plus rien!“* Avec Trevisani, on fut plus précis: autrefois, lui dit-on, nous étions accoutumés â voir entrer annuellement dans le port d’Alexandrie cinq galères, outre les deux ou trois galee di traffico qui desservaient en même temps les côtes de la Barbarie; maintenant, il n’arrive plus de galères que tons les deux ans, le nombre en est réduit de sept ou huit à trois, et les galee di tiaffico ne se montrent plus du tout Autrefois, les galères qui arrivaient régulièrement pour la Muda étaient accompagnées d’un vaisseau magasin et, pendant tonte l’année, des navires marchands entraient isolément dans le port; maintenant, ces navires marchands se font de plus en plus rares. U résulte de là que l’importation des articles les plus recherchés en Égypte a sensiblement diminué: par exemple, il s’importait autrefois de trois à quatre mille quintaux de cuivre en feuilles, de trois à quatie mille tonnes d’huile; ces chifh-es

* Jnaqn'à c« jour nom n’en SToni mal- * Sanut, Dior., XII, 93S. heureuiement qn’nn texte incorrect et incomplet; il ee tronve dani Karin, VII,

544 Troitiimtf période. — Décadence dfi commerce du Levant.

sont réduits à une moyenne de cinq à huit cents quintaux pour le cuivre, de quinze cents tonnes pour l’huile. Autrefois, les galères, à leur départ, laissaient dans les magasins du pays des marchandises pour une valeur de 300,000 ducats, de l’argent comptant entre les mains des marchands pour une somme au moins égale; il y avait là de quoi entretenir le mouvement des ventes et des achats pendant toute l’année; maintenant, c’est à peine si elles laissent derrière elles 80,000 ducats en marchandises et 20,000 en argent comptant Autrefois, après le départ des galères, il restait toujours une quinzaine des principaux commerçants de Venise qui traitaient leurs affaires en personne; maintenant d’un bout de l’année à l’autre, on ne voit sur la place qu’une demidouzaine d’agents à peu près sans ressources.

Tous ces faits étaient malheureusement trop vrais, et Trevisani ne pouvait le nier; mais, à l’entendre, si la situation des affaires était déplorable, la faute en était en partie à des circonstances passagères. C’était cette malheureuse guerre contre la Ligue de Cambrai qui absorbait des ressources que l’on eût plus volontiers consacrées au commerce du Levant; c’étaient les expéditions des Espagnols sur la côte de la Barbarie qui avaient entraîné l’arrêt provisoire des voyages des gaiee di traffico. Mais il y avait encore une autre cause de la diminution du trafic, cause permanente celle-là, qui s’imposait comme un fait brutal et qu’on ne pouvait pas songer à supprimer. Déjà, les Vénitiens en avaient fait l’épreuve en 1602; à cette époqne-là, ils envoyaient encore cinq galères à Alexandrie et ils n’avaient trouvé de quoi en charger que deux et demie ou trois, parce que les épices manquaient sur la place; ‘ le même fait s’était reproduit encore, et d’une façon plus complète, en 1512. Les épices devenaient tellement rares et tellement chères, qu’en 1503, pour citer un exemple, le 6 octobre, des marchands en relations d’affaires avec Alexandrie avaient demandé en pleine séance du sénat de Venise qu’on envoyât un fin voilier à la recherche des galères qui se trouvaient en route pour l’Egypte; ils voulaient faire reprendre leur argent, n’ayant nulle envie d’acheter fort cher des épices qu’il faudiait ensuite revendre à perte, vu la pléthore du marché en Portugal.* Au reste, il y avait encore autre chose que la rareté et la cherté des épices qui éloignait les marchands de Venise du marché égyptien: c’était le régime arbitraire qui s’y donnait pleine carrière. Trevisani réclama spécialement contre la violence que l’on faisait au commerce en lui interdisant d’établir des cours au jour le jour, suivant l’état du marché, et en lui im-

‘ Sanut, Diar., IV, 260, 265. firent revenir d’Égypte le» articles d’in»-

' Ibid. V, 136, 140. Cette même an- portation qu'ils y avaient en dèpAt: ibid. nie 1603, un certain nombre de marchands p. 902 et s.

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