‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 167 sur 251 · X. Les deux catastrophes finales · texte numérisé non relu

X. Les deux catastrophes finales

posant pour tonte l’année des prix normaux fixés, soit d’après les cours obtenus à la Muda précédente, soit d’après ceux qu’on espérait obtenir à la Muda prochaine.

En terminant, la discussion porta sur le prix auquel la République devait payer les deux cent dix tonnes de poivre que les traités l’obligeaient à acheter annuellement au sultan. Celui-ci ayant annoncé qu’il ne les céderait plus au prix autrefois convenu de 80 ducats, elle déclara par la bouche de Trevisani que, dans ces conditions, elle y renonçait; en compensation, elle oifiait de payer au sultan, pour la Muda, pendant trois années consécutives, une somme de 1500 saraffi (ducats).

Trevisani rentra à Venise le 23 octobre 1512; il avait laissé en Égypte ses compatriotes réhabilités dans l’esprit du souverain. Le sultan avec lequel il avait négocié ne survécut que quelques années. Jusqu’à sa mort, il ne survint aucun événement de nature à altérer ses relations avec la République. Nous ne trouvons à relever dans cette période qu’un seul détail intéressant: en 1514, la Seigneurie donna communication au sultan d’un décret qu’elle venait de rendre et sur l’efiet duquel elle comptait pour faciliter le commerce du poivre: elle le lui proposait comme un modèle à suivi'c. Ce décret, daté du 3 mai, exemptait de tous les impôts communaux les marchands qui rapporteraient du poivre de l’Égypte et de la Syrie. U faut dire qu’on ne fut pas long à s’apercevoir que cette mesure n’obtenait pas tout le succès désiré.*

Au moment de la mort de Eansouh el Ghouri, les jours de la dynastie des Mamelouks étaient comptés. A l’automne de 1516, Sélim I**, sultan des Osmanlis, s’emparait de Damas; au commencement du mois de janvier 1617, il entrait en vainqueur au Caire et réunissait l’Égypte et la Syrie à son immense empire. Venise se hâta d’envoyer deux ambassadeurs demander au nouveau maître la confirmation de ses anciens privilèges dans les deux pays. Bartolommeo Contarini et Alvise Mocenigo, les deux ambassadeurs, trouvèrent le sultan au Caire. Suivant leur dérJaration, la République était disposée à se reconnaître redevable envers les sultans Osmanlis du tribut de 8000 ducats qu’elle avait payé jusqu’alors aux sultans Mamelouks pour nie de Chypre. Le paiement s’était toujours fait en nature (en camelots); Sélim exigea que dorénavant il se fît en or et à Constantinople. En outre, il réclama le versement des cinq dernières annuités écoulées. Ces questions réglées, les ambassadeurs eurent encore à réfuter une dénonciation calomnieuse, faite contre la République. An moment de la chute du dernier sultan Mamelouk, des

' Cod. Berot. Hat., in 4<>, n° 8, p. 68 tJlenmnde de mon Histoire du commerce et Étude de U. Thomas sur l'édition du Levant (Munich, 1880), p. 18 et i.

Troisutue jihrioâr. — Dccadetire du commerce du Ijevaut.

galères vénitiennes se trouvaient dans le port d’Aleiandrie; on prétendait qu’elles lui avaient apporté nn subside en argent, pour l’aider dans sa résistance; or, il fut démontré qu’elles avaient effectivement apporté de l’argent, mais que ce n’était que la somme nécessaire pour payer la quantité de poivre obligatoire en vertu des conventions. Rien ne s’opposant plus à la confirmation des anciens privilèges, elle eut lien le 8 sept 1517 ‘ et le document fut remis entre les mains de Niccolo Bragadino, consul de Venise à Alexandrie. Ces formalités accomplies, Mocenigo partit pour Constantinople avec la flotte turque, tandis que Contarini mettait à la voile pour Ch}*pre; il allait y réunir de quoi former le premier versement du tribut: pour cette fois, le sultan avait consenti à prendre en paiement du blé et du sucre.* Ainsi, sous le nouveau régime comme sous l’ancien, l’Égypte et la Syrie restèrent ouvertes aux marchands vénitiens: rien ne fut changé dans les résidences des consuls; au milieu du XVB siècle seulement, le consulat d’Alexandrie fut transféré au Caire et le premier de ces deux postes ne fut plus occupé que par un vice-consul; cette mesure n’était que trop motivée par la rapide décadence de ce marché. Dès 1616, on avait dû s’occuper des dispositions à prendre dans le cas à prévoir, où le consul d’Alexandrie se trouverait dans l’impossibilité de réunir les douze marchands nécessaires pour constituer son grand conseil. On sentait de plus en plus l’inconvénient de l’intcn'alle de deux années qui séparait les voyages des galères destinées au transport des épices.*

En somme, ni le commerce de l’Égj’pte, ni celui de la Syrie ne gagnèrent au changement de régime. Après avoir contraint par la force les plus riches marchands du traire d’émigrer k Constantinople, Sélim décréta que la soie de la Pei-se, qui passait d’ordinaire par la Syrie, serait dorénavant dirigée sur sa capitale.^ Soliman I", son successeur, prétendit k sou tour centraliser à Constantinople le commerce des épices.* Au fond, cela changeait peu de chose: l’Égj'pte et la Syrie n’eussent -elles pas été réduites au rang de simples provinces, mal-

’ Date indiquée dans Bomanin, V, 378.

' Nous possédons encore les relations de ces deux ambassadeurs: elles ont été insérées par M. Albèri dans ses Krlaxioni degli ambanrialori Veneti, 3® série, vol. III, p. 51 et SS.: il est vrai que ce u’est que la reproduction d'un abrégé introduit par Sanuto dans ses Diarii. La lecture de ces relations démontre que M. Hammer est dans l’erreur quand il dit (Oesch. des Osman. Reichs, II, 625) que Contarini accompagna le sultan du Caire i Damas

et que le firman accordé par Sélim en faveur des Vénitiens ne fut signé que dans cette dernière ville, le 17 septembre. Il y a même là une erreur absolue sur l’itinéraire suivi par le sultan.

' Cod. ilal. Berol., in 4®, n® 8, p. 60, 75, b, 82, b, lOfl, b et s.

‘ Contarini, Relaxione, dans Albéri, 1. c., p. 62.

‘ Pietro Zen, Relaxione, ibid. p. 122 (relation écrite en 1630).

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