X. Les deu.r catastrophes finales
traitées en faveur de la capitale, fussent-elles tombées aux mains d’un gouvernement meilleur que le gouvernement turc, le plus mauvais assurément qui se pût trouver au point de vue du commerce, rien ne pouvait plus l'éagir contre la force des choses: le gouvernement le plus soucieux des intérêts du commerce de ces deux pa}’s eut été incapable de leur rendre la prospérité perdue. Sa décroissance s’accentuait en proportion des progrès de la puissance des Portugais aux Indes.
Tout autre est le spectacle qui s'oilre k nous si nous portons nos regards vers le nouveau royaume colonial fondé aux Indes par Alphonse i'Albuqtierque: de ce côté, nous constatons un progrès ininterrompu. Goa, conquise en 1510, en était devenue la caj)itale. Redouté des Arabes, vivant dans les meilleui-s termes avec les princes indigènes, le grand capitaine-général y tenait les rênes du gouvernement au nom du roi de Portugal. D'une extrémité à l'autre de la côte occidentale de l'Inde, toute résistance avait cessé; le Zamorin de Calicut lui-même, effrayé des progrès de la dépopulation de sa résidence, avait, poui’ y mettre un terme, autorisé les Portugais à construire dans ses états une forteresse et à y établir une factorerie (1512). L'Indo-Chine devait avoiison tour. Emmanuel avait compris de bonne heure la nécessité de prendre pied à Malacca, s’il voulait se rendre complètement maître du commerce des Indes. Sur son ordre, Diego Lopez de Sequeira exécuta dans ces parages une sorte de voyage de reconnais.sance avec une escadre de quatre bâtiments; il ne trouva chez le roi musulman de Malacca qu’hostilité et perfidie. Cela n’empêcha pas Emmanuel de recommencer l’épreuve: il espérait encore pouvoir nouer des relations avec ce prince par des voies pacifiques.' Au mois de mars 1510, une seconde escadre, amssi faible que la première, mit à la voile j)our Malacca. L’un des bâtiments avait â bord Giovanni da Empoli, agent de la maison florentine Gualterotti, de Bruges; c’était la seconde fois qu’il faisait le voyage des Indes;* un autre agent commer çai, florentin comme lui, Léonardo N'ardi,’ avait pris passage sur le même vai.sseau. Deux autres bâtiments suirtrent au mois de juin, emportant un troisième florentin dont on a malheureusement négligé d’inscrire le nom en tête de la relation de voyage qu’il a laissée.' Quand tous ces bâtiments arrivèrent aux Indes, Albuquerque les y retint en vertu de ses pouvoirs illimités: ils pouvaient lui être utiles, tant pour la conquête de Goa qu’il préparait alors, que pour d’autres enti-eprises qu’il avait en vue, et, d’ailleurs, il pensait ipie
' Barros, Âsia, III, 616.
’ Vita di Oior. da Empoli, daus VArehir. stor. itai., appeud., III, 28 et Ijettera di Oior. da Empoli, ibid. p. 86 et iw.
' Vita di Oior. da Enijmli, p. 29.
* Lettre écrite de Lisbonne, le 31 juin 1613; dan.s Oubernati», fHoria dei riaggiatori ilaliani, p. 373— 380.
si l’on voulait envoyer une flotte à Malacca, il fallait qu’elle fût assez forte pour infliger au roi de Malacca une sévère leçon; sinon, c’était aller au-devant d’un échec certain; il entendait venger Diego Lopez de Sequeira, et il organisait dans ce but une grande expédition dont il se réservait le commandement. En 1.511, il s’empara de Malacca, puis il s’occupa d’en assurer à sa pati ie la paisible possession par une série de mesures aussi habiles qu’énergiques. En même temps, pour garanti!' au commerce la sécurité indispensable au succès de ses opérations, il s’assurait l’alliance et l’amitié des états voisins, sans négliger pour cela les plus éloignés: aussitôt après avoir pris possession de la ville, il avait envoyé complimenter les rois de Siam et de Pégou et expédié des navires marchands aux iles Banda et aux Moluques. Malacca passait alors pour le plus vaste marché des Indes et même du monde entier.* Si cette conquête réduisait au désespoir les marchands des côtes de Goudjerate et de Coromandel, qu’elle ruinait en leur enlevant leur dernière base d’opérations,’ elle fut saluée avec enthousiasme par ceux de Lisbonne. Elle donnait un nouveau but à l’activité de la marine nationale, en mettant à leur disposition les produits de l’Indo- Chine à des conditions autrement avantageuses, et comme quantité et comme prix, que sur les marchés de l’Inde, où les mêmes produits n’arrivaient que de deuxième ou de troisième main.’ Giovanni da Empoli avait fait la campagne à la suite d’Albuquerquc et rapporté 5000 ducats de Malacca;* il était à peine débarqué à Cochin que le capitaine-général lui donnait l’ordre de retounier à Malacca, pour en ramener ti'ois navires qu’il y avait laissés, et de s’arrêter en route dans l’ile de Sumatra, dans le but d’y nouer des relations commerciales avec le roi de Pacem. Erapoli s’acquitta de sa double mission avec succès. Redevenu libre, il acheta des épices pour le compte de la maison Gualterotti, les chargea sur ti'ois bâtiments dans le port de Cochin et les accompagna jusqu’à Lisbonne, où il réalisa un beau bénéfice (22 août 1514). Mais le roi lui laissa à peine le temps de régler ses comptes avec ses patrons. Nommé agent royal à Sumatra, il reprit le chemiu des Indes le 16 avril 1615, en compagnie de deux autres Florentins.’ Son ar-
’ Oubernatis, 1. c., p. 377, 383, 385.
* Sommario, dans Ramusio, 1, 328, b; Barbosa, ibid. p. 317 et «.
' Le 20 mai 1513, un vaisseau rentrait i Lisbonne, venant de Malacca avec 1901 quintaux de noix muscades, 553 quintaux de macis etc. Voyez la lettre écrite de Valladolid par Franc. Ouicciardini, dans ses Opéré inedUe, VI (1864), 216 et ss.
* Anonyme, dans Gubematis, p. 879.
‘ L'un d'eux, nommé Hafnello Galli, raconta leur voyage de matra par Diou et Cocbiti, et leur séjour dans l’ile, dans une lettre écrite du port de Pacem (10 — 12 sept 1516):
Archit. stor. Hat., 4* série, VI (1880), p. 170—173.