C. IL La Petite-Arménie
vouloir surtout à Lajazzo, le principal centre du commerce de l’Arménie. Pülée k deux reprises, en 1266 et 1275,* elle fut prise une troisième fois et détruite, en 1322, par le sultan Nassir Mohammed; un grand nombre de chrétiens furent emmenés en captivité; d’autres purent, à la faveur de la nuit, se sauver sur des galères chypriotes et aller chercher un refuge en Chj'pre ou k Korykos. A la paix, en 1323, la ville put encore renaître de ses cendres et l’on reconstruisit le château de terre; mais il fallut renoncer à relever le château de mer et ce fut un nouveau sujet de plaintes pour' les commerçants, dont les marchandises restaient exposées dans les entrepôts aux attaques de l'ennemi et aux surprises des pirates.* En 1337, nouvelle invasion des Hgj-ptiens; cette fois, Lajazzo n’échappa aux horreurs d’une prise d’assaut que parce que le roi Léon V prit l’engagement de raser les fortifications de la ville, récemment réparées grâce aux subsides considérables fournis par le pape Jean XXII®, et de recevoir dans d’autres places des garnisons musnlmane.s.‘ Toutes ces concessions ne la sauvèrent que poui’ peu de temps ; prise une dernière fois par les Egyptiens en 1347,® elle resta en lem- pouvoir; en vain Venise, sur la demande du pape Clément VI, s’entremit pour obtenir qu’elle fût rendue au roi d’Arménie;* en vain les forces réunies des royaumes de Chypre et d’Arménie en firent le blocus en 1367,* elle était définitivement perdue pour les chrétiens et à sa trop courte prospérité succéda une rapide décadence. Le royaume d’Arménie lui -même ne devait un reste d’existence qu’aux embarras intérieurs qui affaiblirent l’Êgjrpte pour un temps. En 1374, le sultan Almélik-Alachraf résolut d’en finir avec cet état chrétien et d’incorporer la Cilicie à ses états. Incapable de résister, poursuivi jusqu’au milieu des montagnes, dans le château de Gaban, son dernier refuge, Léon VI fut emmené en captivité en Égypte (1375).
Déjà gravement atteintes aux sources de la vie par la chute de Lajazzo, les colonies commerciales d’Arménie traînèrent péniblement leui'
* Dulaurier, Rec. des hist. des crois., p. 522 , 528; WeU, Oeseh. der Chnlif., rv, 66, 78. En 1276, les marchands et un certain nombre d'habitants purent se sauver sur des vaisseaux; Acre, encore chrétienne à cette époque, leur offrit un asile: Cont. de Ouill. de Tyr, p. 467; Sanut., p. 226.
’ Sempad, dans le Reeueil des hist.
des crois., I. c., p. 667 et s.; v. aussi Ibid. p. 766 et 8.; Weil, Op. cit., IV, 334 et s.; Raynald, Annal, eecl., a. a. 1822, n<* 30, 34 et s.; a. a. 1323, n“ 9; Sanut., Epist.,
A la suite de» Seer. fid. crue., p. 289, 297 et s.
’ Raynald, 1, c., a. a. 1331, n» 30.
• wêil, Op. rit., IV, 351.
* Le 25 mai, d'après la relation du pèlerin Jacques de Vêroue, dans Rœhricht et Meissner, Deidsehe PUgerreisen, p. 61.
“ Dulaurier, L c., p. 709; Raynald, 1. c., XXV, p. 464; Commem. reg.. Il, p. 157, n" 216.
’ Dulaurier, 1. c., p. 716; Weil, Op.
cit., IV, 523.
92 Dcuxihtie )iériode. — IL Développement du commerce du Lernni.
existence jusqu’à la destruction définitive du rOyaume. Elles ont disparu sans laisser de traces: il existe bien de nos jours, chez les habitants du paj^, une tradition persistante, d’après laquelle les bois d’oliviers retournés à l’état sauvage que l’on y voit encore auraient été plantés par des Génois;' suivant cette même tradition, le fort de Goulek-Qala qui commande le défilé de Goulek-Boghaz (que nous avons nommé plus haut Gouglag) aurait été également fondé par eux.* mais elle ne mérite aucune créance.
Trébtzondc, considérée comme vestibule de l’Asie centrale.
Au milieu de l’envahissement progressif de l’Asie -Mineure par les Ture.s, le phénomène qui s’était produit au sud-est avait eu son pendant au nord-est; là aussi, grâce à une ceinture de montagnes qui le pi*©tégeait contre les incursions des armées conquérantes, un petit état, gouverné par des princes chrétiens, avait échappé au sort général. C’était, à l’origine, une simple province (Thêma) de l’empire gi’ec; décorés du titre de ducs de Chaldée, scs gouverneurs avaient, pendant certaines périodes, joui d’une indépendance complète. L’année même de la conquête de Consüintinople par les Francs, elle devint un empire à part, \' Empire de Trch'uonde, et, sous cette nouvelle forme, son existence se prolongea jusqu’au cours du XV' siècle. Le premier prince qui occupa ce trône (avril 1204) fut Alexis I™, petit fils [d’Andionic ; la dynastie qu’il fondait était donc une branche de cette famille des Comménes qui avait donné à l’empire grec tant de souverains remarquables. Une des parentes d’Alexis, Thamar, reine de Géorgie, lui avait donné asile et founii une ai'raée.’ Il conquit tout d’abord un vaste territoire sur la côte septentrionale de l’Asie - Mineure , mais, de son vivant même, son empire fut réduit à n’occuper, sur la côte, que l’espace compris entre le Thermodon, à l’ouest, et le Phase, à l’est L’invasion des Tatars vint à propos (1244) sauver ce débris, toujours menacé par l’écrasante prépondérance du sultanat d’Iconium. Après avoir infligé à l’armée du sultan une défaite dont sa puissance ne se releva jamais, ils établirent solidement leur puis.sance au delà de l’Euphrate:
' Lnnirlois, Voyage dans la Cilicie, 1). 44.
’ Kot.scliy , Prise in dru eilirisehrn Taurus, p. 71 et .is., 204 et ss.
“ Ilint. de la Géorgie, trad. Brosset,
1*" part., |). 465; Mirh. Panarrios' traprxunt. Chronik, publ. p. Fallinerayer, Originalfragmmle xur GeseJiielite de» Kaiarrthnm» TyapexunI: Abh. der Munehn.
Akeul., hi»t. et., T. IV, 2® sect., p. 11.