‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 18 sur 251 · C. III. Tréhizonde · texte numérisé non relu

C. III. Tréhizonde

quant à l’empire de Trébizonde, ils se contentèrent d’en recevoir un tribut qui fut payé pendant quelque temps et le laissèrent parfaitement tranquille; leui' apparition en Asie, -Mineure contribua même indirectement à la prospérité et à raccroissemeiit de l’importanc*; de la ville de Tirébizonde, car elle détourna le commerce de la direction suivie jusqu’alors, et Trébizonde, placée sur la ligne dorénavant adoptée par le grand courant du trafic d'Orient en Occident, devait nécessairement en devenir une des étapes.*

Trébizonde avait toujours joué un certain rôle comme plac« c,ommerciale. Tant qu’elle fut ville-frontière de l’empire byzantin, Grecs et Arabes s'y donnèrent rendez-vous pour y échanger leurs marchandises: c’est ce que nous apprennent Maçoudi, Isstachri et Ibn-Haoukal.* U’un autre côté, elle entretenait par mer un tiafic avec la région du Caucase et la Russie;’ un grand nombre de marchands musuhnans du sultanat d’Iconium, de la SjTie et de la Mésopotamie se donnaient rendez-vous à Sivas, y organisaient des caravanes et gageaient de là, par 'J’rébizonde, les côtes orientale et septentrionale du Pont.* Mais sa prospérité commerciale prit une recrudescene toute particulière après la destruction de Bagfdad par Houlagou-khan, alors que Tauris fut devenue le centre politique et commercial de l’Asie. Tant que Bagdad avait subsisté, les produits de l’Orient s’étaient écoulés vei-s la Méditenanée; à partir de sa chute, le courant remonta vers le nord, cai-, à partir de Tauris, les caravanes qui portaient à la mer les articles expédiés vers l’Occident avaient moins de chemin à faire pour atteindre le Pont que la Méditerranée. De là, un bouleversement dans le trafic: tandis qu’autrefois la totalité des marchandises arrivant de l’Asie centrale affluait vers la Méditerranée, une partie, et une partie assez considérable, suivit dorénavant le chemin de Tauris au Pont et alla déboucher sur la rive de la Mer Noire, précisément à Trébizonde. Les citadins indigènes, peu actifs de leur nature, préférant la petite industrie aux tracas des vastes entreprises, ne prenaient qu'une part très secondaire au gi'and commerce, mais ils comprenaient parfaitement les avantages résultant pour eux de l’affluence toujours croissante des étrangers et voyaient avec plaisir s’accroître de jour en jour les facilités d’écoulement pour les produits du pays. En effet, le teiritoire de l’empire avait plus d’un article à offrir aux étrangers. La capitale pro-

' Ou, suivant l'expression plus énergique de Bessarion, un «oiriir

Ij ^finôfuof TÎii nUorfttrr,^ a;rdaf;,' ; Fallmerayer, Qeseh. v. Traptxunt, p. 318.

’ Voyez les passages cités par SI. Defrémery dans le Joum. atiai., 4<^ série, T,

XIV, p. 462, et par d'Ohsson daus son livre De» peuple» du Caueaxe, p. 26.

’ Maçoudi, n, 46 et s.

‘ Ibn-Alathir, à l’année 602 (1206 — 1206 ap. J. C.), cité par Defrémery, Op. cil., p. 461 et s.; Scheliabeddin , p. 380.

94 Deurihm période. — IL Dévelopjyenmd du commerce du Levant.

duisait des tricots et des étoffes multicolores de lin (du Rhizæum), de laine et de bourre de soie ; * les montagnes qui formaient une ceinture à l’empire renfermaient des mines d’argent,* de fer et de l’alun de première qualité.®

Les habitants de Trébizonde, nous l’avons dit, abandonnaient le grand commerce aux étrangers. Les Occidentaux en profitèrent. L’Asie centrale leur étant ouverte à la suite des nombreuses ambassades échangées entre les khans mongols et les puissances occidentales, un grand nombre de marchands européens se mirent en mouvement poui’ exploiter le nouveau champ offert à leur activité. Trébizonde était l’une des portes par lesquelles ils y pénétraient. De là, un certain nombre gagnaient immédiatement Tauris ou même s’aventuraient encore plus loin au cœur de l'Asie; d’autres s’y arrêtaient et y prenaient livraison des marchandises apportées de l’intérieur par les caravanes. On y trouvait, comme à Lajazzo, les épices des Indes, ^ les drogues de la Perse, les soieries de la Chine.® Chose curieuse, les premiers marchands que nous rencontrons sur ce terrain sont deux Marseillais, munis tous deux de lettres de recommandation de Charles d’Anjou (signant en qualité de comte de Provence) pour l’empereui' de Trébizonde ; l’une de ces lettres pouvait être remise également au khan des Tatars: celle-ci est datée du 7 décembre 1266; l’autre porte la date du 13 janvier 1267.* Les Provençaux furent -ils dans la suite expulsés de ce maiché par les Italiens!, ou bien leur marine continua-t-elle de le fréquenter, mais sans laisser de traces de son passage? Je l’ignore; quant à moi je n’en ai plus trouvé. En général, tout ce qu’on sait de relatif au séjour des Occidentaux à Trébizonde s’applique à des individus originaires de trois villes italiennes. Gênes, Venise et Florence.

‘ Eugeuicus, à la suite des Eustathii opmruia, éd. Tafel, p. 373; M. Fallmerayer lui a également fait des emprunts (Oesch. des Kaiserthums Trapexunt, p. 321). Dans les traités de commerce, ces étoffes sont désignées sous les appellations suivantes: “panni aurei aut de sirico, veludi, camocha, zendadi, bocarani“, ou encore, dans le texte grec du traité de 1364, xrh-

’ A Baibourt, suivant le texte ramusien de M. Polo: v. Yule. M. Polo, I, 49; Eitter, Asieti, X, 272.

” Dana l’intérieur du pays, en arrière de Céraaonte; v. l'art Alun, dana le chapitre relatif aux articles de commerce.

* “Spezerie groase e minute": Pegol., p. 13. Pour aller chercher les épices, les galères vénitiennes dépassaient parfois Trébizonde et pouaaaieut jusqu’A Batoum (Vadi, cf. Thomas, PerifiU4s des PoiUus Euxiiiiis, Op. cit. , p. 268) : on en trouve un exemple dana les Commem., Il, p. 100, n,, 568. Ce détail démontre l’exiatence d’une route secondaire ayant également son point de départ à Tauris.

‘ Fallmerayer, Oesch. r. Trapexunt.

“ Del Giudice, Cod. dipl. dt Carlo d’Atigiô, I, 219 et s.

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