‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 170 sur 251 · X. Les deux rtUastrophes finales · texte numérisé non relu

X. Les deux rtUastrophes finales

avaient absorbé une partie et le reste s’en allait en Portugal pour y payer le poivre.* A la fin, les Vénitiens eux-mêmes durent se résoudre à suivre le courant et à avoir recours au marché de Lisbonne. En 1514, un bâtiment qui revenait des Indes après avoir chargé des épices â Cochin et à Cananore, du bois du Brésil et d’autres articles encore dans l’Amérique du Sud, ne fit que toucher barre â Lisbonne et continua sa route sur Venise sans rompre charge.* Il paraîtrait que la cargaison appartenait à des marchands vénitiens, a moins qu’il ne faille tenir compte des mots “in fonticho“ qui suivent immédiatement les termes “in Veniesia“ dans le document auquel nous empruntons ce détail, et en conclure que le navire en question allait déposer ses raaichandises dans le “fondaco dei Tedesclii“. Un particulier vénitien, nommé Giacomo Tagliapetra, ayant conçu le projet d’aller aux Indes avec une flotte portugaise et s’étant adressé à cet effet à Emmanuel pour en obtenir l’autorisation, fut accueilli par une fin de non-recevoir. Il est à croire que le refus du roi provenait d’un parti pris à l’égard des Vénitiens, car au même moment, il passait un contrat impoilant avec la maison Aftaitati, de Crémone. Tagliapetra retourna donc à Venise aussi peu avancé qu’à son dépait (févT. 1518).* .Au reste, s’il y avait parti pris chez le roi, il concernait la république de Venise en général. S’il faut en croire certains historiens portugais,* Venise aurait fait à diverses reprises des démarches auprès du roi, afin de le décider à lui céder à un prix déterminé la totalité des épices rapportées par ses flottes des Indes à Lisbonne; en 1.521, pour la dernière fois, Alessandro Pesaro, commandant des galères envoyées de Venise dans les Flandres, aurait été chargé de renouveler la même proposition. Emmanuel persista dans son refus. Il mourut peu après. Par un décret du 2 janvier 1522, Jean III, son successeur, confirma les privilèges dont les Vénitiens avaient la jouissance à Lisbonne, mais il n’y faisait pas même allusion à la cession du monopole des épices.* L’intérêt des Portugais exigeait que Lisbonne fût le centre du commerce des épices pour toutes les nations occidentales: le succès avait brillamment couronné leui-s efforts.

La découverte de la route du Cap de Bonne-Elspérance avait profondément ébranlé la prospérité des nations riveraines de la Méditerannée, en tuant le commerce du Levant dont elles étaient seules en possession. Pour le ressusciter, il eût fallu avoir recours au seul moyen.

‘ Marin, VU, 297.

’ OubematU, Sloria dei viaggùUon ilaliani, p. 380; dans ce passage, on trouve le détail de la cargaison.

' Sanuto, Diarii, XXV, 164 (inéd.).

* Ooes, Chroniea do Rey Emanuel, fol. 838 et s.; Osorius, De rebus Emmanuelis, p. 366.

’ Marin, VII, 392 et ss.

6B2 Troisième période. — Décadence du commerce du Levant

capable d’opérer ce miracle, au percement de l’isthme de Suez. Vers 1600, ceux qui songeaient à ce remède héroïque n’étaient pas rares à Venise, et, dans les instructions rédigées en 1504 pour Francesco Teidi, la Seigneurie introduisit un passage dans lequel elle le recommandait, mais elle le supprima après mûre discussion,* de crainte que le sultan n’y vît qu’une suggestion égoïste. Ce furent les Turcs qui donnèrent les premiers suite à ce projet; en 1529, vingt mille ouvriers étaient occupés k réparer un canal qui avait relié, dans l’antiquité, la Mer Rouge au Nil.’ Il était réservé à notre époque de voir cette grande œuvre accomplie par la création d’un canal maritime entre la mer Bouge et la Méditerranée.

' Ce passasse, bien qne rayé, est resté Stre question de cette tentative de perparfaitement iisibie; H. Fulin l’a publié cernent, dans Vltinerario di P. Zeno: dans VArehiv. Venet., H, 195 et s. Arehir. Venet., XXII, p. 112.

* Boncinotto, p. 98, 106. n semble

Suppléments,

1® Articles d’échange entre l'Orient et l’Occident 2® La clientèle du commerce du Levant.

Avertissement

Je croie utile d'indiquer ici un certain nombre d'ouvrages relatifs aux arts manuels et à l’économie domestique au Moyen-Âge, qui m'ont été d'une grande utilité pour la première partie de ces suppléments; eu général, dans les citations placées au bas du texte, j'ai dû me contenter d’abréviations dans l’indication des titres; voici les titres au complet;

Oennino Cennini, Dos Buch ton der Kunst, traduction accompagnée de notes par Albert 11g, (Quellenschrifleii fur Kunsigesehiehfe , voL I); Vienne, 1871. — Laborde, Solice des émaux, bijoux et objets dirers exposés dans les galeries du musée du Loutre, 2® part. Documents et glossaire. Paris, 1863. — Merrlfield, Original treatises dating from the XII to XVIII centuries on the arts of painting in oit, miniature, mosaic and on gloss etc. Vol. I, II. Loud. 1849. — Donet d'Arcq, Choix de pièces inédites relatires au règne de Charles VI, vol. I, II, Paris, 1863. — Donet d’Arcq. Comptes de l'argenterie des rois de France au XI V^ siècle. Paria, 1851. Xoureau recueil des comptes de l'argenterie des rois de France, Ibid. 1874. (Le deuxième de ces ouvrages n’étant en somme que la suite du premier. J'ai adopté pour les deux une seule abréviation, en les distinguant .seulement par un numéro; Comptes I et Comptes II: le mot Compte isolé désigne le premier des deux.) — Le Ménagier de Paris, Traité de morale et d’économie domestique, composé vers 1393 par un bourgeois parisien, vol. I, II, Paris, 1846. —

Supplément I.

Articles d'échange entre l'Orient et l'Occident.

1* Hommes (les esclares).

Nous avons vu que les sultans Mamelouks qui gouveniaient l’Egypte depuis le milieu du XIII® siècle, ne trouvant que des ressources insuffisantes pour le recrutement de leurs armées dans une population indigène peu propre au métier des annes, avaient recours à une autre source: l’achat d’esclaves originaires des pays septentrionaux. D’un autre côté, pour remplir leurs harems et ceux des grands personnages de leur coiu’, il fallait y amener des esclaves du sexe féminin et les renouveler souvent.' Ils expédiaient donc des agents k la recherche des esclaves des deux sexes, partout ou l’on pouvait s’en procurer, même dans des pays chrétiens tels que la Petite-Arménie, par exemple.* La religion à laquelle ils avalent appartenu importait peu; s’ils étaient chrétiens, leurs nouveaux maîtres en avaient bientôt fait des renégats. Cependant, les agents égj’ptiens visitaient de préférence les pays où l’islamisme était la religion dominante, et réciproquement des mai'chands originaires des pays musulmans menaient en Égypte des troupes d’esclaves pour les y vendre. Ainsi, c’étaient en paiticulier les ports de Satalia et de Candelore, situés dans la partie de l’Asie-Mineure soumise par les Seldjoucides, qui expédiaient sur l’Égypte des jeunes garçons et des jeunes filles.® Quand Andrinople et Gallipoli furent tombées au pouvoir des Osmanlis, ces deux villes devinrent le point de départ de vaisseaux grecs ou

' Un les trouve souvent désignées, dans les documents, sous le nom de Mameloukines; cette appellation, qui parait singulière, ne l’est pas au fond, car le mot Mamelouk s'entend d’un individu qui

est la propriété d’un autre, c’est à dire d’un esclave.

’ Makrizi, Hi»t. des sultans mamlouks, II, 1. p. 207.

’ Sanuto, Secr. fidel. eruc., p. 27, 29.

566 Supplément I. — Articles d'échange entre l'Orient et l'Occident.

chrétiens qui emportaient à Damiette ou à Alexandrie des esclaves par centaines.* Mais les pays riverains de la mer Noire furent ceux où ce genre de commerce atteignit son plus haut degi'é de praspérité. Le développement de la puissance des sultans Mamelouks en Égypte et la propagation du l’islamisme dans le grand empire mongol du Kiptcbak par le khan Berké avaient été à peu près simultanés, et ces événements furent le signal d’un échange actif de correspondances et d’ambassades entre les maîtres des deux pays.* Â partir de ce moment, les agents chargés des achats d’esclaves pour le compte des sultans dirigèrent spécialement leurs recherches vers les côtes septentrionales de la mer Noire, et le sultan Bibars, à force d’ambassades et de présents, finit par obtenir de Michel Paléologue qui, paraitril, ne se doutait pas de la gravité de la concession qu’on lui demandait, l’autorisation de faire passer des vaisseaux de commerce égyptiens dans le Bosphore. L’autorisation n’était donnée que pour un vaisseau qui devait faire, une fois par an, le voyage de la mer Noü'e, aller et retour, mais au lieu d’un seul il y en avait souvent deux, et leur chargement au retour était composé d’esclaves destinés à renforcer les troupes du sultan.' Il faut dire que les conditions dans lesquelles se trouvait cette région étaient on ne peut plus favorables au développement de ce genra de commerce. Quoique les Tatars fussent solidement établis dans leui’ empire du Eiptehak, il y avait toujours des tribus insoumises et, entre celles-ci et ceux-là, l’état normal était l’état de guen-e, guen*e d’escarmouches, dans lesquelles Tcherkesses, Russes, Madgyars, Alaius enlevaient tour à tour des enfants tatars qu’ils vendaient comme esclaves. Les Tatars, d’ailleurs, réservaient le même sort aux prisonniers qu’ils ramenaient de leurs courses dans le Caucase. Et puis, chez ces peuplades grossières, quand les vivres étaient trop chers ou les impôts trop écrasants, rien n’était plus ordinaire que de voir des parents vendre leurs propres enfants, surtout leurs filles.* On ne mettait en vente, bien entendu, que les individus vigoureux, sains, bien conformés. Mais, soi- toute l’étendue de ces côtes, ni les Tatai-s, ni les tribus soumises par eux ne possédaient de gi-ands ports de commerce; Cafia, Tana etc. étaient aux mains des Italiens et il en résulta que le commerce des esclaves vint se concentrer sur les mai'chés italiens et spécialement à Cafija. Cette dernière ville était le but ordi-

' Piloti, p. 338 et s.

* Vo;. les preuves dans l’art, de M.

DefTémery sur Ibu Bstouta, Joum. AsicU., 4* série, XVI, 5» et s.

• Pachym., I, 174 — 179; Nicéph. Orég., I, 101.

* Chehabeddin, p. 269, 270, 286; Schiltr berger, p. 107; Nicéph. Grég., I, 102; Laon. Chalcoc., p. 136 et s.

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