‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 171 sur 251 · I. Hommes · texte numérisé non relu

I. Hommes

naire des agents chargés des achats d’esclaves pour le compte des sultans d’Égypte; un certain nombre y résidait même en permanence.'

Les Génois étaient bien obligés de souffrir que l’embarquement des esclaves à destination de l’Egypte se fit dans leur port de Gaffa;* en opposant des difficultés aux agents des sultans, ils eussent risqué de compromettre au plus haut degré leui’s propres relations commerciales avec l’Égypte et l’existence même de leurs colonies. Au reste, ce commerce était, de la part des autorités coloniales, l’objet d’un sévère contrôle. Tout esclave de passage subissait un interrogatoire; on lui demandait s’il était musulman ou chrétien. S’il faisait profession de la religion chrétienne ou s’il déclarait l’intention de s’y convertir, le consul de Gaffa le rachetait et le gardait par devers lui; il ne laissait partir que les musulmans.* Les e.sclaves résolus à se faire chrétiens trouvaient aussi dans la maison de l’évêque un asile respecté des autorités civiles.* De plus, l’autorité veillait avec sollicitude à ce qu’aucun habitant de Gaffa ne ffit emmené en esclavage.* Enfin, le commerce des esclaves était frappé d’un impôt et la République de Gênes le maintint énergiquement en 1431, en dépit des réclamations du sultan Boursbaï qui, pai- représailles, avait imposé aux maichands génois établis en Égypte une contribution de 16,000 ducats.*

Ainsi, légalement le commerce des esclaves n’était toléré par les autorités coloniales génoises que pour les musulmans et à condition que le transport à destination de l’Égypte se fit par des marchands de leur religion et sur des vaisseaux à eux. Il était interdit aux capitaines de navires génois, de la manière la plus formelle et sous peine de fortes amendes, d’embarquer des Mamelouks de l’un ou de l’autre sexe, pour les transporter en Égypte, en Barbarie ou dans la partie de l’Espagne occupée par les Sarrasins; il n’était permis à aucun Génois de contribuer à ce trafic de quelque manière que ce fût’ De même, au départ de Tana, défense était faite aux galères vénitiennes de recevoir à bord des esclaves musulmans

' Piloti, p. 332, 339; Tafur, p. 161 et a. Ce voyageur acheta & Caffa même deux hommes et une femme qu’il voulait emmener avec lui en Espagne.

’ En 1431, ce fut l’ohjet d’une série de négociations avec le snltan d’Égypte; la République déclara expressément donner son consentement & ce que le sultan fît venir ses esclaves par Caffa. A’ot. et extr., XI, 74.

* Not. et extr., 1. c.; Piloti, p. 339, 373. Léon III, roi de Petite-Ârménie, avait obtenu des Génois la promesse de ne vendre

comme esclave aux Sarrazins aucun de ses sujets: Dulaurier, Doeum. armén., I, 752.

* Statut de 1449 : Aiti detia Soe. Lig., VII, 2, p. 634 et s.

* IbÙ. p. 636 et s.

* Nol. et extr., 1. c.

’ Lois des années 1316 et 1340; Off.

Oax., p. 371—377. Âtti délia Soc. Lig., XIII, 111. Une loi du même ordre fut publiée en 1403: on n’en connaît que la rubrique “quod sclavi super navigiia non leventur“: Canale, Delta Critnea, I, 381.

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OU tatars destinés à être expédiés en tenitoire turc.* Ces réglements n’empêchaient d’ailleurs pas certains chrétiens de la rive septentrionale du Pont de faire des envois d’esclaves en Égypte. Nous avons vu, en 1307, les colons de Caffa se faire eux-mêmes ravisseurs d’enfants tatai-s pour les vendre aux Musulmans (c’est à dire les expédier en Égj-pte). En 1371, un certain Niccolo di S. Giorgio se présenta à Caffa en s’attribuant à lui-même la qualité de “Revendeur d’esclaves“.* Nous ne savons pas si celui-là faisait des affaires en Égj'pte, mais, au commencement du XIV® siècle, un génois, nommé Segurano Salvago, mena en personne des esclaves des deux sexes au sultan d’Égypte;* un autre, nommé Gentile Impérial!, acceptait les fonctions d’agent du sultan à Caffa pour l’achat des esclaves.* Bien des Génois, d’ailleurs, contribuaient Indirectement au transport des esclaves en Égypte: le moyen consistait simplement à louer lenrs vaisseaux pour cet usage aux marchands d’esclaves musulmans.* Aussi les plaintes du pape Jean XXII étaient-elles parfaitement fondées, quand il accusait à la face du monde les Génois de contribuer à accroître la puissance des mécréants en leur founiissant des esclaves.* Près d’un siècle après, à Caffa, à Tana et autres lieux, des chrétiens et des Juifs achetaient des Zichiens, des Ru-sses, des Alains, des Mingréliens et des Abkhazes et les revendaient aux Sairasins avec un bénéfice qni atteignait souvent dix fois le prix d’achat. Ces malheureux, qui avaient été baptisés suivant le rite grec, étaient obligés de renier leur foi, heureux encore s’ils ne devenaient pas victimes de maîtres qui les faisaient servir à leui's plaisirs infâmes. Informé de ce scandale. Martin V fulmina l’excommunication contre tous les chrétiens qui s’en rendaient coupables: quant aux Juifs, il décréta que ceux qui en seraient convaincus seraient condamnés à porter des signes particulière sur leurs vêtements (1426).’

n anivait ainsi, chaque année, par Damiette ou par Alexandrie,® sur le grand marché du Caire, environ 2000 Mamelouks que le sultan faisait taxer par d’habiles experts. Les sujets pour lesquels on obtenait les prix les plus élevés étaient les Tatars; ils valaient de 130 à

‘ Commem. reg., III, p. 189 et n® 274 (aunéee 1387 et 1394).

’ Cibrario, jVoto $ul commercio degli sehiari a Oenora, net sec. XIV, dans ses Operette rarit (Torino, 1860), p. 303; d'après un document des Archives de Gênes.

’ Guill. Adœ, De modo exstirpandi Saracenos (ISIS): Qiom.Ug., 1878, p. 276.

* Le voyageur Bertraudon de la Broquière (p. 510) le vit en 1432 A Damas.

' Piloti, p. 338, 373; dans le dernier de ces deux passages, sinon dans tous deux, l'expression “mauvais chrétiens" s'applique certainement aux Génois.

' Raynald, op. cit., a. a. 1317, n° 36.

’ Btdlariwn Rom., éd. Taurin., IV.

718 et SS., 720 et s.

’ Nous avons vu qu'il y avait dans cette ville un fondaco tatar à l'usage spécial des marchands d'esclaves.

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