I. Hommes
naient pins spécialement au commerce des esclaves.^ H en arrivait effectivement des centaines, des milliere, il Gênes et à Venise, tandis qu’ils étaient déjà plus rares à Pise, à Florence, à Lucques, à Barcelone.* En 1368, il y en avait tellement à Venise, que cette tourbe querelleuse, indisciplinée, constituait un véritable danger pour le repos de la ville; ce n’était pas individuellement qu’on y amenait les Tatars, c’était quelquefois par familles entières.* Des ports de mer, les esclaves étaient parfois dirigés vere l’intérieur; c’est ainsi qu’un pâtissier de Vigevano avait une esclave tcherkesse (1463), tout comme Marco Polo avait à Venise un esclave tatar.* Des marchands venus de Gênes et de Gaffa amenèrent même jusqu’au cœur de l’empire d’Allemagne des esclaves des deux sexes, et l’empereui' Frédéric III leur accorda la pei’mission de les y mettre en vente.*
Un des côtés intéressants de la question que nous étudions, c’est de rechercher la proportion des esclaves des deux sexes dans les différents pays; or, on trouve à cet égard une différence notable entre l’Égypte et l’Occident. En Égypte, malgré une demande assez considérable d’esclaves du sexe féminin poui' les hai-ems, ceux du sexe masculin étaient encore plus recherchés, parce qu’ils formaient le gros contingent du recrutement de l’armée; en Occident, au contraire, on donnait la préférence aux jeunes filles et cela pour divers moti&; douées d’un caractère plus doux, elles se pliaient mieux à la vie en commun, puis elles étaient plus aptes que les hommes aux services domestiques que l’on exigeait d’elles; elles apprenaient avec plus de fa-
‘ Laon. Chalcoc., p. 136, dit que les Tatars avaient coutume de vendre aux marchands génois et vénitiens les habitants du Caucase tombés entre leurs mains au cours de leurs razzias. Nous en avons déjà dit assez ailleurs pour qu’on sache comment ces marchands se procuraient des esclaves en dehors de cette source.
• De 1366 à 1397, U y eut, à Florence seulement, trois cent quatre-vingtneuf ventes d’esclaves, la plupart du sexe féminin. Â Âncône, des marchands florentins s'occupaient régulièrement de ce genre de commerce : Doc. suite relax, tose., Proem., p. xxxvi, not. 1. M. Bongi cite des exemples pour la ville de Lucques, dans son étude sur Le schiare orientait in Ualia, publiée dans la A'uora Anlologia, Il (1866), p. S16 et ss. Je regrette de n’avoir pu, avant l’impression U
de ce volume, lire celle de M. Zanelli, Le schiare orientali in Pirenxe nei seeoti XIV e XV, Fir. 1886. M. Cibrario (Operelte carie, p. 304) fournit un exemple pour Barcelone.
' Lozari, 1. c., p. 474. On trouvera quelques exemples individuels pour Venise, dans la CoU. des doc. inéd., Mil. hist., III, 150 et s., 163 et s., 164 et ss.
* Cibrario, Délia schiavilù e del serraggio, I, 464 (on y trouve en général beaucoup d’exemples) ; Marco Polo, éd. Yule, T. I, lutrod., p. c. Au sujet de la présence d’esclaves orientaux sur toute la surface de l'Italie, voy. Makuscev, Monum. Slat. merid., I, 1, p. 199, 443; Cod. dipl. Sardinice, I, 835.
‘ 1®'' juin. 1466: Chmel, Begesten Friedrichs III, n® 4642.
662 Supplément I. — Articles d'échange entre l’Orient et l'Occident.
cilité les travaux manuels et, enfin, elles étaient pour la plupart destinées à satisfaire les plaisirs de leurs maîtres. Quel était le sort le plus enviable? celui des hommes, esclaves en Égji)te, ou celui des femmes, esclaves en Italie? il serait difficile de le dire. Les premiers subissaient bien des brutalités tant qu’ils restaient dans les rangs inférieurs, mais ils pouvaient pai'venir à de hautes dignités dans l'armée, parfois même on en a vu monter sur le trône des sultans; les autres étaient traitées avec plus de douceur; souvent, leurs maîtres les affranchissaient, soit de leur vivant, soit par une disposition testamentaire,' mais elles restaient toujours en médiocre estime au milieu de la population.
La jeunesse et la bonne santé étaient les deux qualités qui passaient avant tout; si le sujet y joignait encore la beauté, sa valeur s’en ressentait naturellement. M. Cibrario* a fait le relevé de ventes d’esclaves dont le plus grand nombre ont en lieu à Glénes et à Venise; il en a réuni 63 pour le XIIP siècle. 29 pour le XI V« et 28 pour le XV*; il a constaté que les prix suivaient une progression croissante d’un siècle k l’autre; ainsi, au XIII® siècle, ils variaient entre 200 et 300 lire; au siècle suivant, les exemples de marchés conclus au-dessous de 600 sont rares; le prix le plus élevé atteignit environ 1400 lire: au XV® siècle, le prix courant dépassait 800 lire; il y eut même à Venise, en 1429, une jeune Russe qui atteignit le prix de 87 ducats soit 2093 lire. En Toscane, M. Bongi trouve que les prix variaient entre 60 et 76 écus d’or; les deux plus élevés ont atteint les cliifires de 86 et 132 écus d’or et ils ont également été payés pour des esclaves russes.®
L’époque la plus brillante du commerce des esclaves à Gênes et à Venise correspond à la période la plus prospère de Cafta et de Tana. Mais, en 1395, Tamerlan frappa sur la colonie de Tana un coup dont elle ne se releva jamais; puis arriva la prise de Constantinople par Mahomet II; enfin, ce même sultan interdit aux Vénitiens, dans toute l’étendue de son empire, le transport des esclaves musulmans; il n’autorisait le passage que pour les esclaves chrétiens;® ce furent autant d’atteintes qui réduisirent à la détresse cette branche de commerce; en 1469, on se plaignit hautement, dans le sénat de Venise, de la rareté
' On trouvera des exemples d’affranchissement pour la Petite-Arménie et Chypre, dans les ArcAir. de l'Or, ht., I, 490 et 8.; II, 54. 61 et s., 87, 107.
’ Cibrario, Delta ecMaeitù e dei terraggio, I, 203 et s., 227 et sa.
' Ântologia nuora. II, 226.
* Romanin. IV, 532.