II. Produits naturels. — Aloès
croissante des esclaves.* Cependant, Félix Fabri® estime qu’il y avait encore à Venise, à la fin du XV* siècle, environ 3000 esclaves originaires du nord de l’Afrique et de la Tataiie; il fait seulement mention des Slaves, sans fixer de chifire.
2* Produits naturels.
Aloôs.
On sait que lorsqu’on pratique une incision dans la feuille charnue de diverses plantes du genre aloès, il en sort un suc amer que l’on dessèche et qui entre sous cette forme dans le commerce. Pegolotti en signale trois sortes: l'Aloe cetrino, couleur de citron et parfois jaune rougeâtre; T Aloe patico, de couleur foncée, d’un grain plus mat que le premier; enfin VAloe cavalliuo, de couleur tout à fait foncée ( nero La première sorte est celle à laquelle il donne le premier rang; il est d’ailleurs le seul écrivain qui la nomme ainsi, c’est probablement la même chose que VAloe fine d’Uzzano. Le nom de l’espèce désignée en seconde ligne par Pegolotti se trouve dans tous les livres de commerce et les tarifs du Moyen-Age,* ainsi que dans tous les traités de materia medica.^ Ce nom devrait en réalité s’écrire Itepaiico, car il vient du grec fprap (foie) et indique la nuance foncée de cette espèce, son analogie avec la couleur du foie. La sorte cavallino se trouve aussi, mais plus rarement, dans les sources du Moyen-Age.* M. Flückiger admet que cette sorte a toujours été une falsification. Elle ne se trouve déjà plus dans les livres de commerce de la fin du Moyen-Age, et de nos jours elle a complètement disparu, tandis que l’aloès hépatique subsiste toujoui-s dans la pharmacopée.
Au Moyen-Age, l’île de Sokotora était célèbre pour son aloès, comme nie de Chio pour son mastic. En citant le nom de cette île, pas un des voyageurs ou des géographes de l’époque n’oublie de parler de son principal produit: suivant Edrisi, il s’exportait dans toutes les directions, à l’Orient comme à l’Occident.® On trouvait aussi l’aloès
' Anlologia nuora, II, 844.
* Éd. Eassler, UI, 432.
* Pegol., p. 57, 295, 876.
* Uzz., p. 18, 48, 74, 114, 192; Chiarini, p. 37, b; Pasi, p. 9, b, 46, b, 64, a;
Rôle des douanes de Messine, publ. dans les Misceltanea di sioria ital., X, 76.
* Voy. par ex. Macer Floridus, éd.
Cbonlant, vers 2234 (le mot epatite est
1& pour la mesure); Otto Cremonensis (à la suite de Macer), t. 4, 5.
* Uzz., p. 18, 48, 192; RMe des douanes de Messine, op. cit.; Codex de Saiertie, à Breslau, d'après une communicatiou faite par Henschel dans le Janus, vol. I (1846), p. 77.
' Relations, p. 139; Maçoudi, III, 36; Edrisi, I, 47 et s.; Aboulf., Oéoffr., H, p. 128 et s.; Ibn-Batouta, I, 362.
664 Supplément I. — Articles d'échange entre VOrient et l’Oieident.
en Arabie, dans les districts de Djedjer et d’Hadramaut, mais celui de Sokotora était beaucoup plus estimé. ‘ Celui de Cambaye , du Bengale et d’autres points de l’Inde restait toujours à un prix bien inférieur; dans les premier temps de la domination portugaise, il n’atteignait pas le quart de la valeur de celui de Sokotora.’ Avant la découverte de la route de l’Iude par mer, le nombre des Européens qui visitaient Sokotora était extrêmement restreint; on ne cite guère que l’Italien Conti; mais l’aloès produit dans l’île était extrêmement recherché et arrivait en Occident par la voie d’.4den,’ Alexandrie et Chypre.* Tontes les fois que dans un livre de commerce italien le lieu d’origine de l’aloés est indiqué, c’est le nom de Sokotora qu’on trouve.’ Il n’est pourtant pas possible que cette petite île ait été en mesure de suffire à la consommation de tout l’Occident, même en admettant que sa production ait été autrefois plus considérable que de nos joui-s; actuellement, elle est réduite à presque rien.” Quand on ne tenait pas absolument à la qualité la plus fine d’aloès, on n’avait pas à aller bien loin pour en trouver. L’Espagne en produisait une espèce qui n’était pas très inférieure à celle de Sokotora.’ L’aloès croissait également en Grèce (par exemple dans les îles de Kaliraena et de Leros),* dans l’Italie méridionale,’ en Sicile et à Malte. On pouvait demander de l’aloès de Sokotora, mais on n’était jamais sûr de ne pas recevoir sous ce nom un mélange d’aloès de Sokotora et d’Arabie.”
La plus grande partie de l’aloès, à beaucoup près, s’employait comme pui’gatif; cependant, les qualités inférieures trouvaient des consommateurs dans certaines branches d’industrie, telles que la fabrication de l’outremer, la dorure etc.”
' Edrisi, I, 47, 63; Chemseddin, p. 96.
Voy. dans Ritter, Ârahien, I, 301, 369,
610, 616, 661, ce qui est dit au sujet de l'aloès d'Arabie, d’après les relations de voyageurs modernes.
’ Clusius, Exotica, p. 149; Th. Pyrea, d’après la Pharmacographia de FlUckiger etHanbury (8*“®éd., Lond. 1879), p. 681.
' Ibn Khordadbèh, 1. c., p. 389; Edrisi,
* Pegol., p. 56, 64.
‘ Ibid. p. 296; üzz., p. 18 , 48 , 74,
• Wellsted, dans le of the geogr.
Soc., V (1836), p. 197.
' Pyres, op. cit.
' Buondelmonti, Liber imut. archipel., éd. Sinner, p. 106.
’ Matth. Plateariiis, Cirea inetans, i la suite de la Serapionis praetica, Lugd. 1535, fol. ccxxiii; Matth. Sylvaticus, au mot Aloè, dans le Manuscrit de Sateme.
op. cit., p. 68.
Edrisi, I, 63.
" Liber rfirers. art., I, 3; II, 8 (Extraits, publ. dans le Catalogue gintral des manuscrits des Bibliothèques des départements, T. I; p. 744, 789) Merrifleld, Orig. treaiises, p. clivii, 163, 241, 471.