‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 175 sur 251 · II. Produits naturels. — Alun · texte numérisé non relu

II. Produits naturels. — Alun

Alun.

L’alun était, au Moyen-Age, un des articles les plus recherchés dans le commerce. S’il fallait en croire un certain nombre d’écrivains, ce ne serait que vers la fin du Moyen-Age qu’on aurait découvert en Occident des gisements de cette matière, et jusque là tout l’alun serait venu d'Oricnt Cela est inexact II n’est pas besoin de faire une démonstration en règle; quelques dates suffiront. Ainsi, avant 1227, on trouve, dans le commerce, de l’alun de Montc-Argentaro;' au XIV® siècle, les Flandres recevaient de l’alun de Majorque, de Sedjelmessa (Maroc) et de Bougie (Algérie).» Les mines d’alun de l’île d’Ischia furent exploités dès l’époque du premier souverain de la maison d’Anjou.» Enfin, à partir du XIII® siècle, l’ile de Vulcano, l’une des iles Lipari, est très fréquemment citée parmi les localités d’où l’on tire l’alun.® Cet alun avait précisément une réputation de mauvaise qualité, et, dans beaucoup de localités, il était interdit aux teinturieis d’en faire usage.» Il est vrai, d’ailleurs, que les quantités d’alun extraites dans les exploitations d’Occident eussent été insuffisantes pour satisfaire les demandes. Les gros consommateurs et ceux qui tenaient aux qualités de choix devaient s’adresser en Orient. Le pays de production par excellence était VAsie- Mineure. C’est là, que se trouvait la célèbre Phocée, ou Foglia, qui resta au pouvoir des Génois depuis jl276 jusqu’en 146.5, sauf une courte interruption pendant le régime byzantin. Les ouvriers des mines étaient, du reste en grande majorité de nationalité grecque. Si jamais l’industrie du Moyen-Age a son historien, nous connaîtrons dans tous ses détails la manière dont se faisait l’extraction de l’alun; il n’existe pas moins de trois descriptions écrites par des témoins oculaires: l’une, du missionnaire français Jordanus Catalan! qui passa à Phocée en 1330, la seconde, du grand voyageur florentin Pegolotti, et la troisième, de l’historien byzantin Ducas, qui avait une maison à la nouvelle Phocée et put, en conséquence, suivre fréquemment le travail.* Le voisinage des centres

' Canule, Storia di Genora, II, 638.

’ Bourquelot, Foires de Champagne, I, 207.

* Minieri Riccio, Aleuni fatti rigttard:.nti il regno di Carlo I d'Angià, 1252 — 1270, p. 137; Du même, Regno di Carlo 1 d'Angià, 1271 — 1272, p. 55; Oiustiniani, Dlxionario del regno di Xapoli, V, 154.

* Voyez, p. ex., les tarifs du comté de Provence dans le Cartulaire de l’abbaye de S. Victor de Marseille, T. I, p. Ixxvi

et sa., xci, xevi; ceux de la ville de Marseille, dans Méry et Guindon, I, 343, 347 ; ceux du port de Collioure, dans Capmany, Mem., Il, 21 ; le Manuel du commerçant, de Pegolotti, p. 295.

* Bonaini, Slot. Pis., III, 128 et s.; Boileau, Réglement sur les arts et métiers, éd. Depping, p. 135 et s.

‘ Recueil de voyages et de mémoires, publ. par la Soc. de géogr., IV, 64; Délia décima, III, 368 et s.; Ducas, éd. Bonn., p. 160 et s. Les deux derniers passages

666 Supplément I. — Articles d’échange entre l’Ormd et V Occident.

d’exploitation et de la côte offrait des facilités tontes particulières aux vaisseaux marchands italiens, français et espagnols qui venaient charger les produits des mines et les exportaient en Occident; parmi les Italiens, les Génois étaient naturellement les plus forts exportateurs,' mais les Florentins en prenaient aussi des quantités considérables.’ La production s’élevait en moyenne k 14,000 quintaux par an,’ ce qui ne laissait pas que d’exiger certains efforts pour l’écouler. Que si l’on s’occupe de la qualité des produits, on constate que la coutume était de livrer à Foglia un mélange composé dans la proportion de ’/s de premier choix ( allume di rocca) et ’/j de choix inférieur (allume minuta, corda, fossa); cependant, on pouvait acheter séparément les choix supérieur et inférieur.’ Les autres mines d’alun étaient plus éloignées des côtes; leurs produits, avant d’arriver à la mer étaient grevés de frais de transport, soit par bateaux, soit par axe. Ainsi, on vendait à Cérasonte un alun de première qualité, extrait de mines situées, suivant Pegolotti, à sept jours de marche à l’intérieur des terres et aussi abondantes que celles de Foglia. On le connaissait dans le commerce sous le nom de allume di rocca di Colonna.^ Le mot de rocca indique la qualité; celui de Colonna semble s’appliquer à la provenance. De nos jours encore, il existe des mines d’alun à Karahissar,® sur le Lycus: on distingue cette ville des autres du même nom par l’épithète Chabin; le port le plus rapproché est celui de Cérasonte et les deux villes sont reliées par une route accidentée: la distance est d’environ vingt heures de marche; comme les mines sont encore à huit lieues de Karahissar, il semble qu’on peut admettre l’identité de ces mines et de celles que signalait Pegolotti. Au temps de la domination grecque, le nom de Karahissar était Coloneïa et ce nom subsista jusqu’au XIV® siècle:' voilà qui suffit pour nous fixer sur l’origine de l’espèce d’alun dont nous parlions à l’instant. Les mines d’Ouloubad fournissaient une marchandise passablement inférieure à celle de Coloneïa-Karahissar et de Foglia; la production annuelle était de 10,000 quintaux; cet alun, dénommé par les Italiens allume Lupai on Lupajo

étaient déjà connus du savant Beckmann, mais il a renoncé à en trouver l'explication (Beitriige %ur Ocsch. der Erfindungett, n, 1, p. 115—119); M. Kopp (Oesch. der Chemie, IV, 59) déduit de la description donnée par Ducas que le procédé de la fabrication comprenait trois périodes : le grillage de la roche d’alun, le lessivage et la cristallisation.

’ Voy. Cauale, Storia di Qenora, III, 353 et s.; Annal. Jan., 316 (bis).

’ Doc. suUe relax, loac., p. 169 et ss. * Pegol., p. 370.

’ Ibid. p. 869, 26; Dœ. tulle relax, lotc., 1. c.

‘ Ibid. p. 26, 369.

® Sur cette ville, voyez Bitter, Kleinaaien, I, 208 , 210, 1018; Zeitachrift fur allg. Erdtc., nouvelle suite, XI, 361.

’ Voy. les preuves données par H. Blau, dans Petermaun, Mittheilungen , 1866,

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