II. Produits naturels. — Alun
arrivait au port de Triglia sur la côte méridionale de la mer de Marmara, après avoir subi un transport par axe de quatre jours; il était expédié jusque dans les Flandres.' L’alun de Koutahièh (nommée Cottai par Pegol.), la capitale de la principauté turcomane de Kermian, était à peu près de même qualité; on en extrayait annuellement environ 12,000 quintaux; tout cela était dirigé vers la mer Égée, moitié par axe, moitié par eau, et aboutissait aux ports d’Altoluogo (Éphèse)’ et de Palatia (Milet), d’où se faisait la réexpédition; une pailie minime allait jusqu’à Satalia, sur la côte méridionale, mais le transpoil par axe durait quinze jours.’ Enfin, le sultanat d’Iconium avait aussi ses mines d’alun; elles furent même affermées à deux Francs vers le milieu du Xin® siècle, de sorte qu’on peut être certain qu’à cette époque au moins la production entrait dans le commerce d’Occident.®
Au milieu des groupes d’iles qui forment comme un pont entre l’Âsie- Mineure et l’Europe, nous en trouvons une, dans la mer de Marmara, l’une des îles des Princes, qui livrait au commerce, pendant le Moyen- Age, une petite quantité d’alun de qualité inférieure.’ Mitylène (Lesbos) produisait encore de l’alun au XV* siècle;* au XVI', on en vendait encore sous cette étiquette en Italie, mais, comme le fait remarquer Belon, cet alun devait plutôt provenir de Kypsella (Ipsella, Ipsala, sur la Maritza) dont ce voyageur visita les mines;’ en effet, il existe ça et là, en Thrace, des dépôts d’alumine, par exemple à Maronia, à l’ouest de l’embouchure de la Maritza.*
Les aluns de Thrace, d’Asie -Mineure et des iles grecques arrivaient en abondance sur le marché de Constantinople.* Alexandrie avait paiement un entrepôt de cet article.'® Il y arrivait soit de la Haute- Égypte et de la Nubie" par le Nil, soit même du fond de l’Arabie (Yémen).'* Les produits de ces pays fuirent connus de très bonne heure en Occident.'*
‘ Pegol., p. 26 , 248 , 296 , 370; Uzz.,
* Par suite de cette circonstance, on désignait parfois cet alun par le nom d’Alun d’Altoluogo.
* Pegol., p. 295, 370; voy. Chehabeddin, p. 353, 354, 356.
* Guill. de Bubrouck, p. 892.
‘ Pegol., p. 26, 870.
* Doe. suite relax, lose., p. 169 — 171; Qbistele, p. 338; Mon. Hung. hist., Âeta extern, V, 14.
’ Belon, Observations (éd. de 1555), p. 110 et s.
' Doc. suite relax, lose., p. 169.
“ Pegol., p. 15, 26, 29, 36, 37.
'* Pegol., p. 66; Taf. et Thom., ni, 444. “Alumen album de Alexandrie, * on encore, “Alumen gatinum," Areh. venef., XIX, 111, 112.
“ Amari, Dipl. arab. fior., p. 285, 460 (et les citations); Chemseddin, Manuel de la cosmographie, trad. Uebren, p. 94; AnnaL Colon., dans Pertz, SS., XXI, 238; Calcaschandi, trad. WUstenfeld, Abh. der Ocett. Oes. der Wiss., XXV, 160.
" Kazwini, trad. Ethè, I, 1, p. 337; Chemseddin , op. cit ; Ueber , cit dans Kopp, Oesch. der Chemie, IV, 58.
Murat., Antig. ital., p. 369, 876,
668 Supplétnent I. — Artirles d'échange entre VOrient et l’Occident.
Pour en finir avec cette énumération, ajoutons encore qu’au XHI* siècle, on trouvait fréquemment dans le commerce nne sorte d’alun dite d’Alep.‘ D est difficile d’admettre qu’Alep fût en réalité le lieu d’origine de cet article. Il venait cependant bien de l’intérieur des terres, et, s’il faut désigner un lieu de production, on pourrait s’arrêter à Éldesse: eu efiet, cet alun d’Alep était aussi qualifié d'allumc di Rocca, nom qui semble rappeler celui de Rocca (Roha), ville de Mésopotamie, l’ancienne Edesse, aujourd’hui Orfa: vers 1459, un génois nommé Bartolomeo Pernice découvrit dans l’île d’Ischia nne roche alumineuse et en commença l’exploitation; on raconte qu’il avait appris l’art d’extraire l’alun à Rocca (dalla citta di Roccho di Soria), où il aurait passé plusieura années pour affaires de commerce.* Il y a dans toute cette histoire bien des invraisemblances. D’abord, l’individu qui découvrit ou plutôt qui retrouva l’alumine à Ischia, ne pouvait-il pas avoir appris la fabrication de l’alun autre part qu’à Roha (Édesse), une ville complètement inconnue des Occidentaux comme place de commerce? N’y avait-il pas Foglia, où cette industrie était activement exploitée par ses compatriotes? Mais admettons, si l’on veut, qu’un Génois du XV® siècle ait été apprendre ce métier à Roha; il n’en reste pas moins que le nom de Valumen roccce était connu plusieurs siècles auparavant, qu’il était usité couramment pendant tout le Moyen-Age, et cette coïncidence, si coïncidence il y a, ne prouve pas qu’il s’appliquât à un alun provenant de la ville susnommée. H est bon de remarquer que, dans les livres de commerce et dans les documents du Moyen-Age, quand on rencontre l’expression “Alumen roccæ“ ou “roze“, ce qualificatif n’a nullement pour objet de désigner l’origine de l’alun, mais une qualité particulière qu’on pouvait se procurer n’importe où, et qui s’extrayait des mines de Foglia, tout comme de celles de Coloneïa.* Il me semble donc qu’il n’y a aucune relation à chercher entre la qualification “alumen roccæ“ et le nom de la ville de Roha,* L’alchimiste arabe Geber (vers 800) em-
378, 381 , 386 ; lAber direra. ariium (User, de Montpellier); cf. Catal. génér. des maer. dea bibliotli. des départ., I, 749, 760; Merrifleld, p. 79, 345, 893.
' Gemmin, Hiai. du commerce de Montpellier, I, 248 et s.; Méry et Guindon, Hiat. de Marseille, I, 346; Capmany, Mem. de Barcelona, II, app. , p. 74; Bonaini, Stai. Pis., III, 112; Tarif de Prorenee (v. plus haut), p. IxzxiT, xd, xct.
’ Agost. Giustiniani, Annali di Oenora, p. 214; Pontanus, dans le Thésaurus de Qrüriua, vol. IX, 3® part., p. 88. Suivant
M. Anningaud t Venise et le Bas-Empire, p. 439), c'était 1& que les Vénitiens avaient appris la manière de préparer l'alun. Je me demande où cet auteur a pris ce renseignement.
• Pegol., p. 26 , 295 , 368 , 369; Doc. sulle relax, tose., p. 169 et sa.; Areh. renet., XXVU (1884), p. 92.
* Dans son Altdeutsehea IVÿrlerbueh (n, 848), H. Schade semble tenir à cette étymologie et, ù l'appui de son opinion, il parle de la nature dea roches dana la chaîne de montagnes qui s'étend au nord
n. Produits naturels. — Alun.
ploie indifféremment les termes alumen roecœ ou alumen glaciale,^ et Pegolotti dit que Vàttume délia rocca est celui qui se fixe en cristaux semblables à ceux de la glace, sur la paroi du récipient où se fait la préparation.* La vérité est que le mot Rocca signifie roche et que si l’alun de première qualité était assez compact pour qu’on le comparât k la glace, on pouvait aussi bien le comparer à une roche.
Mais nous voici arrivés, sans nous en apercevoir, à parler des qualités d’alun. La première qualité, nous l’avons dit, se désignait sons le nom d’ allume di rocca* ou aUume di gkiaccio,* se présentant en blocs compacts comme la glace, claire, brillante, avec une coloration blanche, ou bien tirant sur le rouge pâle ou le vert pâle. Après cette qualité venait la sorta délia buona allumiera,* composée pour la petite moitié d’alun en roche et pour le reste d’alun de troisième qualité. Cette troisième qualité se nommait corda ou fossa; on la ramassait an fond des cuves ou bassins servant à la préparation; elle était en petits cristaux, d’où le nom d'allume minuto qu’on lui donnait aussi parfois.® En dehors de ces trois qualités, nous trouvons, au Moyen-Age,' l’alun de plume,® rappelant par son aspect une barbe de plume ou une tresse de cheveux et se laissant facilement cliver: cette qualité se tirait surtout du nord de l’Afrique.® En faisant fondre à chaud de l’alun avec de l’eau de roses et du blanc d’œuf, et en faisant réduire, on obtenait une sorte de sucre, V alumen euccarinum dont le nom revient assez fré-
d'Orfa et il en conclut à la poesibilité dj trouver dea giaemente d’alun. Partant de là, il admet, sans avoir la preuve, que ces gisements ont été probablement exploités dans l’antiquité, et il ajoute que, ■“par la suite, et, en particulier, à l’époque on les Francs possédaient la principauté d’Édesse, les Occidentaux purent faire leur apprentissage “ dans les mines d'alun qui existaient avant l’époque des croisades (?). J'ai déjà dit combien l’existence de la principauté d’Édesse avait été courte, et j’ai démontré que son rôle dans l’histoire du commerce de l’Occident avait été absolument insignifiant. L’hypothèse soutenu par M. Schade est, vraiment, bien mal choisie.
' Hanget, Bibliotheea ehemiea, I, 569.
’ Pegol., p. 368.
' Voy. les passages déjà cités de Pegol., et encore p. 211, 248 , 308; üzz., p. 17,
47, 74, 116, 191; Bonaini, 1. c., III, 593; Chiarini, p. Ixxxiii, a.
‘ Merrifield, p. 19, 66 et s., 87, 89, 285, 893; Bourquelot, Foires de Champagne, I, 207.
* Pegol., p. 26 , 296 , 369; il se sert aussi tout simplement, par abréviation, de la désignation soria, ibid. p. 248; Cantù, Scorsa di un Lombardo negli arehiri Venez., p. 189; Sathas, Doc. inéd.,
* Pegol., p. 26, 295, 368 et ss. ; Cbiarini, p. Ixxiii; Doe. auHe relax, iosc., 1. c.
' Capmany, II, 20; Tarif de Provence, op. cit, p. Ixxxiv, ici, xcv; Pegol., p. 370; Uzz., p. 18, 47, 74, 192.
" “Âllume di piuma,“ d’où •‘plumen alun“ dans les Hanserecesse (Becés hanséatiques), l*™sect., vol. II, p. 236.
' Pegol., p. 370; £1 Bekri, dans le ■Jourti. asiat., 6® série, T, XII, p. 450.
570 Supplément I. — Articles d’échange entre l’Orient et l'Occident.
quemment dans les livres de commerce, les tarifs de douane et les recettes des arts et métiers au Moyen -Age.*
L’alun était l’agent indispensable poui* la fixation des couleurs sur les étoffes; on lui attribuait de plus la propriété de leur donner plus d’éclat et de brillant; aussi, on ne teignait pas une pièce de drap on de soie sans employer l’alun.* Les teinturiers, les enlumineurs, les peintres, les doreurs, en faisaient grand usage, sans compter les tanneurs qui s’en servaient pour la préparation de leurs cuirs.*
Plus les applications de ce produit étaient variées, plus les branches d’industrie qui l’employaient étaient nombreuses, plus il était fâcheux que la production en Occident restât dans un état d’infériorité sous le double rapport de la qualité et de la quantité, infériorité qui avait encore empiré par ce fait que, dans beaucoup de mines autrefois en exploitation, le travail avait cessé. Jamais la dépendance où la nécessité de ce produit plaçait l’industrie d’Occident à l’égard du Levant ne se fit sentir plus durement qu’à l’époque où les Turcs détruisirent l’empire d’Orient, les principautés turcomanes d’Asie -Mineure et la colonie génoise de Foglia, et mirent la main sur toutes les mines d’alun de ces contrées. On estimait à 100,000 écus d’or les sommes qu’on versait chaque année dans le trésor des sultans, rien que pour l’alun, et c’était une médiocre consolation de penser que c’étaient des Italiens qui affermaient la plupart des mines. Enfin, en 146a, un certain Padouan, nommé Giovanni de Castro, qui avait eu une teinturerie à Constantinople jusqu’au moment de la piise de la ville par les Turcs et qui, par conséquent, connaissait bien l’alun du Levant et ses gisements, découvrit à Tolfa, près de Civita Vecchia, un dépôt d’aluii de première qualité.* Pie II salua cette découverte presque comme une victoire sur les Turcs; il poussa énergiquement à l’exploitation des mines, décida que le bénéfice en serait appliqué à la guerre contre les Turcs et fit un cas de conscience aux industriels chrétiens d’acheter leur alun au S. Siège au lieu d’aller se fournir chez les mécréants.* Comme la qualité du nouveau produit dépassait d’au moins
‘ Pegol., p. 295; Uz2., p. 18, 192; Tarifa de Bologne, dans Murat., Antiq.
ital., n, 894; de Marseille, dans Méry et Ouindon, I, 346; cf. 378; de Prorenee, op. cit., p. Ixxxiv; Bonaini, Stat. Pia., II, 1114; Liber diveraarum artium (à Montpellier), p. 765; Merritield, p. 63, 67, 439, 449, 519, 894.
* Jord. Catal., p. 63; Duc., p. 161; Pathym., I, 420; Uzz., p. 116 et s., 169; Peruzzi, Storia del commercio e dei banchieri di Firrnxe, p. 88; Bonaini, Stat.
Pia., in, 26, 128 et s.; Bibl. de TÉeoU dea chartea, 4® série, T. Ill, p. 66, 59 ; Merrifield, p. 19.
* Boileau, Réglementa dea arts et métiera, p. 205 , 241; Toy. aussi Leroux de Lincy, Vie d’Anne de Bretagne, IV, 63 et s.
* Pius II, Commentarii, p. 185 et a.; Guglielmotti , Storia deita marina ponlificia, II, 334 et sa.; Mon. Hong, kist., Acta extera, V, 230 et s.
‘ Voigt, Enea Silrio Pieeolomini, III.
IL Produits tuUurds. — Ambre. 571
20 % ceUe de l’ancien, l’alun romain ne tarda pas à obtenir partout la préférence; seulement, les agents du S. Siège haussant continuellement les prix, les nations où l’industrie employait l’alun finirent par se révolter contre cet abus;' mais cependant, on ne s’adressa plus jamais à l’Orient d’une manière aussi générale qu’auparavant. D’ailleuis, on n’en était pas réduit uniquement à l’alun du pape. On avait repris, en 1469 à Ischia, et en 1468 à Volterre,* l’exploitation des mines, de sorte que la matière première était suffisamment abondante. A partir de cette époque, on s’occupa davantage en Europe de la recherche des gisements d’alumine.
Ambre.
Soit dans leurs voyages à travers leur pays d’origine, soit dans leurs navigations à travers l’Océan Indien, les Arabes recueillaient assez fréquemment des morceaux plus ou moins gros d’une matière dure, grisâtre, analogue à la cire; par réchauffement, elle émettait une odeur d’une nature fine. Cette matière, connue sous le nom d’ambre, tenait parmi eux un des premiers rangs dans la classification des parfums.’ Les opinions étaient extrêmement divisées sur son origine, et cela n’a rien d’étonnant, car on la trouvait tantôt au milieu des fiots de la mer, tantôt sur le rivage, tantôt au milieu des rochers ou des récils, tantôt enfin dans le corps de certains poissons. Haroun al Easchid voulut acquérir une certitude à cet égard et fit interroger les habitants des côtes méridionales de l’Arabie; le résultat de l’enquête faite à Aden, à Choumna(?), à Hasek, fut que l’ambre sortait de sources situées au fond de la mer et que les flots le déposaient sur le rivage. Edrisi, qui rapporte cette anecdote trouvée par lui dans un livre de médecine, adopte cette opinion et compare ces sources du fond de la mer aux sources de naphte qui sortent de terre. Cette idée avait d’ailleurs été déjà émise avant lui par Ibn-Sina (Avicenne) et reproduite par Sim. Seth.‘ Une autre idée qui se rapproche assez de la précédente, c’est que l’ambre serait une plante croissant au fond de la mer, une sorte d’éponge que les flots arrachent et poussent sur le rivage;’ suivant d’anti'es encore, ce ne serait autre chose que de l’écume de mer solidifiée.® Tous ceux
546 et 88. C’était un cas d’excommunication: Sauut., Dior., III, 14S8.
' Bniyasel, Hist. du commerce et de la marine en Belgique, II, 237 et 8., en donne un exemple pour les Flandres.
* Suppl, ehron. P. Jac. Bergomatia.
p. 299, éd. Venet.; Sanuto, Vile dei dogi,
p. lies.
’ Voy. Haçondi , 1 , 367 ; les poètes arabes le célèbrent à l’infini.
* Edrisi, I, 64; Avicenne, éd. Plemp., p. 233; Seth, éd. Langkavel, p. 26.
* Relat., I, 4; Maçoudi, I, 836 et s.; Serap., p. 151.
* Avicenne combat cette opinion, 1. c.
572 Supplément J. — Articles d'échange entre l’Orient et VOceiâent.
qui se rangeaient à l’une ou à l’autre de ces opinions et considéraient par conséquent l’ambre comme un produit de la mer,* savaient aussi qu’on le trouve assez fréquemment dans le coi-ps du cachalot (Phy^eter Polyeyphus), mais, pour expliquer ce phénomène, on prétendait que ce cétacé l’avait avalé et était mort d’indigestion.* D’autres admettaient que l’ambre se formait dans le corps même du cétacé, que c’était un excrément® Le fait est, les Grecs l’avaient déjà reconnu, qne l’ambre est une matière animale; seulement, ce n’est pas un excrément mais une induration probablement maladive. Chez les Arabes, l’ambre passait pour être de bonne oü de mauvaise qualité, suivant la partie du corps de l’animal où on le trouvait* Il existait enfin une troisième opinion, basée sur les affirmations des indigènes des iles Maldives; c’est que l’ambre serait l’excrément durci d’un oiseau de grand taille, et que le parfum spécial qu’il exhale lui serait communiqué pai' les plantes aromatiques dont ce volatile fait sa nourriture; une partie resterait en dépôt sur les i-ochers dont ces îles sont hérissées, ce serait l’espèce la plus fine, mais aussi la plus rare et la plus chère; une autre partie serait emportée par les vents et par les fiots et transportée par la mer sur des rivages plus ou moins lointains, ce serait une qualité inférieure; enfin, une troisième partie serait avalée par des poissons, mais provoquerait une indigestion qui les forcerait à la vomir, et ce serait la plus mauvaise qualité.®
Il est facile de relever dans les auteurs arabes une longue liste de pays et d’îles où l’on recueillait l’ambre. Ils sont échelonnés pour la plupart dans l’Océan Indien,® sur une longue ligne ayant poui- point
' Kazwini (tnul. Ethé, I, 1, p. 246, 251) est aussi de ceux-U.
’ Belot., p. 144 et s.; Maçoudi, I, 334; Kazwini, op. cit.; Avicenne, 1. c.; Serap., 1. c.
' C'est l'opinion d'un médecin de Bagdad, Hobeicli jbn H.issan, cité par Ibn Beitar, II, 210; Edrisi, 1. c., et Aboulf'., I. c., la repoussent; Constantinus Afr., 0pp. (I, 357), s’y range au contraire.
‘ Bdat., I, 145; Maçoudi, I, 335; Kazwini, 1. c.; Serap., 1. c.
* Barbosa, p. 313, a, b; Castanheda, rV, 35; une légende de la carte de Fra Mauro, inscrite dans la région des Maldives, semble établir une relation entre les “oseli“ (uccelli) et l'''ambrazan‘‘.
* Les .trabes divisaient l'Océan Indien
eu sept parties, dont l’une était nommée par eux Mer d’Harkand (des iles Laquedives et Maldives aux iles Audaman et Nikobar) et produisait beaucoup d’ambre (Belot., p. 11; Edrisi, I, 63, 64); ils donnaient é une autre le nom de mer de Shalahat ou Sbelahat (dans la région des lies de Malacca et de Sumatra). Il est probable que c'est de cette mer que provenait l’ambre de Salahat qu'Avicenne (op. cit.), cite comme la plus fine; Seth (op. cit.), en copiant Avicenne, commet un contresens et fait de cette mer une ville: eo a^Trap, » ctradidortu Ir riri rrôitt ’tvdtxîi (var. — iloAtr) fnoxnfiato-
/itrr,. M. Leclerc exprime la même opinion: voy. traduction d’Ibn Beitar, Xot. et e*tr., XXV, 1. p. 471, not.
IL Produits naturels. — Ambre.
de départ la côte orientale d’Afrique (Barbera, Zendj) ou des îles voisines et se terminant à la Chine; c’était dans les îles d’Afrique que l’on recueillait la qualité la plus fine.' Les localités intermédiaires les plus riches étaient: le district de Szohar, sur la côte méridionale de l’Arabie; les habitants le parcouraient au clair de lune, montés sur des chameaux dont le fiair les aidait à découvrir les gisements:* les îles Kourian-Mourian,* les îles Maldives et Laquedives,' le district de Kalinga sur la côte de Coromandel,* enfin les îles Nikobar.* L’ambre recueilli dans ces diverses localités arrivait en Occident par deux voies: d’abord par la mer Rouge, qui en fournissait elle -même une certaine quantité refoulée jusque là par l’Océan et déposée sur les bords;’ Aden avait un entrepôt spécial de cet article que l’on cite fréquemment:* en second lieu par le Golfe Persique; c’était par là que s’approvisionnaient les droguistes de Basra et de Bagdad,* et plus tard les bazars de Tauris. ®
Pegolotti nous apprend que les marchands occidentaux tiraient l’ambre d’Alexandrie, de Famagouste, de Beyrout, de Tauris et de Constantinople." Cet écrivain ne se prononce pas sur la nature de ce produit; quant à Uzzauo, il le nomme Ambra di balena (p. 192), ce qui prouve que le commerce d’Occident en attribuait, avec raison, la production à un animal marin de l’espèce de la baleine. Dans les livres de commerce d’Occident, on ne trouve aucune indication relative aux lieux d’origine de cet aiticle. Les voyageurs qui ont parcouru l’Orient à cette époque en parlent très rarement; par exception. Marco Polo le signale à Sokotora, dans les îles Kourian-Mourian, à Madagascar et au Zanguebar," Barbosa dans les îles Nikobar, dans les îles Maldives et dans deux îles voisines de Sokotora (probablement les Deux Frères). '•
' Relat., p. 144; Ma^ndi, p. 333 et s.
’ Relat., I. c.; Maçoudi, I, 333 et a., 367; Âçmay, cité par Maltzan, dans ses notes sur le Voyage de Wrede dans l’Hadramaut, p. 292; Sur Chihr, roy. introd. du même ouvr., p. 38; Sim. Seth (op. cit) conmût aussi l'ambre, que l’on trouve, dit.il, te etrt Tiai.aÀtv noh/rlv rrt^ 'Et‘Aa(unrnç — V'/on Ityogiritt.
‘ Edrisi, I, 49.
* Relat., p. 4; Maçnudi, I, 335.
‘ Relat., p. 30; Maqoudi, I, 388. Dans ce dernier parsage, au lieu de Firendj, il faut lire Kirendj, comme dans les Relat. Elliot, Hist. of India, I, 5, 25, démontre que c’est bien de Kalinga qu'il s’agit.
• Relat., p. 8, 17; Maçoudi, I, 339; Ibn Kbordadbéh, p. 286; Edrisi, I, 76; Kazwini, trad. Ethé, I, 1, p. 220; Bachideddin dans Elliot, Ilist. of India, I, 71; voy. aussi Lassen, IV, 932.
’ Edrisi, I, 136.
' Ibn Kbordadbéh, p. 282; Ibn al Ouardi, p. 43.
* Relat., p. 145; “. . . . de l’Irak et de la Perse” dit Ilaçoudi dans le passage correspondant, I, 335.
’* Ibn Batouta, II, 130.
" Pegol., p. 7, 17 et s., 67, 66, 77.
" Éd. Pauthier, p. 673 et s., 686. D nomme les animaux marins du corps desquels vient l’ambre, “baleinnes et eapdos“.
674 Supplément I. — Articles d’échange entre VOricnt et VOccident.
n est temps de dire que l’ambre ne se trouvait pas uniquement en Orient. En effet, le cachalot n’a jamais habité exclusivement l’Océan Indien ;(* s’il était plus rare dans l’Océan Atlantique, il s’y montrait cependant assez fréquemment, surtout dans l'antiquité. Il en est résulté que l’on recueillait aussi de l’ambre jeté par la mer sur les côtes de Portugal et d’Espagne;’ il était réputé de qualité inférieure, mais il y en avait néanmoins assez pour faire un article de commerce qui s’exportait même jusqu’en Egypte.’
L’ambre se trouvait dans le commerce soit à l’état bnit, en masses informes, tel qu’il avait été recueilli, soit en petits morceaux percés d’un trou et enfilés comme un chapelet (a modo di paiemostri J* Il s’employait en médecine (teinture d’ambre) et cet usage a dû de tout temps être plus répandu en Orient qu’en Occident’ Comme parfum,* au contraire, il était entré dans les mœurs des grands personnages d’Occident; on le conservait dans des récipients spéciaux, affectant la forme de pommes d’or ou incrustrées d’or, ou encore dans des bourses ou des cassettes.’ En Orient, on en faisait des colliers, des tasses et des figurines de toutes soiles;* en Occident, on en fabriquait des crucifix, des chapelets,* des boutons,’® des objets de fantaisie de toute espèce, des figures en haut relief, des statuettes etc.;” on en faisait des incrustations dans les boiseries des chambres;” enfin, l’ambre faisait partie des matières employées A l’embaumement des princes.”
‘ On trouvera des données détaillées sur les régions dans lesquelles il est répandu, dans Brandt et Ratzeburg, Darêtellung der Thiert, I, 104 — 106.
’ Maqoudi, I, 366 et s.; Istachri, p.
96; Âboulf., trad. Beinaud, II, 1, p. 949.
* Haçoudi, 1. c. U. Satbas (Doc. inid., III, 365) montre que, parfois, l’ambre était exporté d’Occident en Orient.
‘ PegoL, p. 7, 17, 18; Uza., p. 14.
‘ Oarcia de Orto, p. 149; Honigberger, Früehie de» Morgenlande», p. 397.
* Boland. Patav. (dans Pertz, SS., XIX, 46) fournit un exemple de l’emploi de l’ambre comme parfum.
' Douet d’Arcq, Choix, II, 806 , 341, 347 , 608; Bibliothèque de l'École des chartes, 6» série, I, 364, 356; Ineentaire du mobilier de Charles V, éd. Labarte, p. 99, 920 , 960 etc.; Mon. Hung. hist., Acta exiera, I, 946 et s.
* Quatremère, Mémoires sur l’Égypte,
II, 366 et SS. (Description du trésor de Mostanser Billah d’après Makrizi); Jour», asiat., 6® série, XVII, 7.
* Il existait é Paris une corporation spéciale de Patenôtriers cT ambre et de gest ( jayet) : Boileau , Règlements sur les arts et les métiers de Paris, éd. Depping, p. 71; Mon. Hung. hist.. Acta cetera, I, 949.
’® “Botones de ambro": Taf. et Tbom., in, 266, 262. “Pirolse de ambro®: ibid. 277.
" Douet d’Arcq, Choix, H, 308, 336 et s.; Bibl. de l'École des chartes, 1. c., p. 428 , 430; Leroux de Lincy, Anne de Bretagne, IV, 147 et s.; Laborde, Dues de Bourgogne, II, 263; IH, 44; Rerue archéologique, 1860, p. 613, 614.
” On trouve des exemples tirés de romans en vieux français, dans Frandsqne