‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 19 sur 251 · C. III. Trâhizondc · texte numérisé non relu

C. III. Trâhizondc

Nous verrons dans le pi'ochain chapitre que, dès les dix deniières anuées du XIII® siècle, un certain nombre de Génois étaient établis à demeure en Perse et faisaient des apparitions passagères en Occident pour y remplir des missions au nom des khans. Il est intéressant de rechercher le chemin suivi par eux à l’aller et au retour. D’après tout ce qui a été dit au chapitre précédent, le lecteur doit naturellement être porté à admettre qu’ils passaient par Lajazzo. Ce serait peut-être une erreur, car il existait une autre route plus courte qui pourrait bien être celle qu’ils adoptaient de préférence. C’est ce que nous apprend un document récemment retrouvé, le compte des dépenses de voyage de Galfried de Langele (1291 — 1293) ‘ envoyé comme ambassadeur en Perse par Edouard I®', roi d’Angleterre. Le premier acte de Langele fut de se rendre à Gênes ; c’était là évidemment qu’il comptait pouvoir recueillir les meilleurs renseignements sur la route à suivre et trouver peut-être des compagnons ayant déjà fait ce voyage. Il rencontra ce qu’il cherchait: un certain Buscarello de’ Ghizolfi (Guisulfl), qui était entré au service d’Argoun - khan (1284 — 1291) et venait de visiter au nom de ce souverain les cours de Rome, de Paris ef de Londi’es, faisait, avant de repartir, un séjour dans sa ville natale. Il devait remmener avec lui son frère Percivalle et son neveu Corrado. La mission de Langele était précisément la réponse à celle de Buscarello: c’était, pour le chevalier anglais, une chance toute particulière, que de pouvoir faire route en sa compagnie.* Le voyage d’aller et de retour se fit par Trébizonda Nos voyageurs s’approvisionnèrent dans cette ville de divers objets pour la route; entre autres choses, ils achetèrent un cheval à un marchand génois nommé Benedetto (le document ne le désigne que par ce prénom) et laissèrent une partie de leurs bagages dans la maison de Niccolo Doria.® Ces détails sont autant de preuves de l’existence d’une colonie génoise à Trébizonde: ce sont les plus anciennes que l’on connaisse. Ce Doria était-il, comme le suppose M. Desimoni,‘ consul des Génois à Trébizonde? c’est une question que nous devons laisser indécise; mais rien ne nous autorise à nier l’existence d’un consulat génois dans cette ville à cette époque. En effet, les Italiens dont on constate d’abord la présence à Trébizonde sont les Génois: nous en avons pour témoin un passage de l’historien byzantin Georgios Pachymérès: à propos d’un événement de l’année 1306, dont nous reparlerons en son temps, il note que les Génois y étaient établis depuis une époque déjà reculée

’ I eonti dtll’ ambaxriata al chan di Prrna tiel 1292, pubbl. da Corn. Desimoui, Atii délia Soe. lÀg., XIII, 587 — «98.

’ Ibid. p. 652 et as., 5S7 et as., 691, 594—596 , 606 , 607 , 617, 637, 641 et a.

• Ibid. p. 608, 614.

* Ibid. p. 658.

96 Deuxième période. — IL Développemevt du commerce du Ijcvnnl.

(iS â/3^w/ou).' ün autre fait qui nous amène à la même conclusion, c’est que, dans les traités conclus entre les empereurs de Trébizoude et Venise, les privilèges des Génois sont pris à plusieui's reprises comme types des faveure à accorder aux Vénitiens. La concession d’un quartier spécial devait remonter, pour eux, aux environs de l’an 1300;^ en effet, dans une correspondance échangée, en 1345, entre les doges de Gênes et de Venise, à propos d’un certain terrain suj- lequel les Vénitiens faisaient exécuter des travaux comme s’il leur appartenait, nous voyons que le premier en réclame la propriété et appuie sa réclamation sur- une bulle d’or, publiée plus de cinquante ans auparavant eu langues grecque et latine,* par laquelle Alexis II, empereur de Trébizoude (1297 — 1331), aurait fait don de ce terrain aux Génois; le doge ajoute qu’en accordant cette faveur à ses compatriotes, Alexis n’a fait que suiMe l’exemple de ses prédécesseurs, auxquels les Génois sont redevables d’autres concessions. Cette phrase nous ouvre une perspective assez étendue sur les premières années du XIII* siècle et nous fait regretter la perte de toute une série d’anciens diplômes donnés par les empereure de Trébizoude en faveur des Génois. Deux dès diplômes d’Alexis II ont eu le même sort: le premier est cette bulle de concession, sui- laquelle se basait le doge de Gênes dans sa contestation avec celui de Venise; tout ce que nous en savons, c’est qu’elle avait été le résultat d’une mission confiée à Pietro Ugolino; le second est une bulle rapportée par un autre ambassadeur, Oberto Cattaneo délia Volta.^ Le terrain accordé à Ugolino pour ses compatriotes et occupé eifectivement par eux était situé au Château des lions (Léontocastron) appelé aussi Château ou Cap du Meidan.® Ce nom de Meidan était et est encore donné à une place

’ Pachym., é<l. Buiiu., H, 448.

’ La colunie génoise pos-séda également (le bonne heure son tribunal dogia in gim regitur curia Jaiiuensium); la preuve de ce fait se trouve déjà dans une charte du 6 oct. 1302: Desimoni, Atti ddla Soe. Lig., XIII, 553, net. 2.

’ ■'Prout constat imstrumentis publicis scriptis grteee et latine iinpcrialibus sigillis aureis roboratis per manus notarii publici in terra Arzeroui dicti iiui)erii Trapezunde AUi délia Soc. Lig., XIII, 636; Taf. et Thoni., IV, 289. Le nom de la localité où a été donne le diplôme de 1314 revient i\ plusieurs reprises dans le texte: Marin (VI, 86) et M. de Mas Latrie (Archivée îles m issions seientifiques, II, 348, note) pensent

qu’elle n'est autre qii'Erzeroum, mais cela est absolument inadmi.ssible, car cette ville ne fut jamais comprise dans les limites de l’empire de Trébizoude; à l’époque de son plus grand développement il s’étendait à peine, du côté de l’Arménie, jusqu'à Baïbourt (l'allmerayer, Gesch. r. Trapexuni, p. 300).

* Voy. Atti delta Soc. Lig., XIII, 515, 521, 522, 628, 530.

‘ Le traité de 1314 entre Gênes et Trébizonde parle d’une “eonce.ssio , donatio seu ineutio facta de Castro Maydani Trapesoude”; celui de 1316 nomme 1a localité “Cavuiii de Maidauo, quod dicitur seu diei consuevit Léo Castro": Atti delta Soc. Lig., XIII, 515, 530. Cette

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