‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 180 sur 251 · II. Produits natureh. — Bois du Brésü · texte numérisé non relu

II. Produits natureh. — Bois du Brésü

mari,* Lambri* ou encore Lamri,® produisant du bois du Brésil en grande abondance. Marco Polo en parle, et lui-même en rapporta de la

semence; il voulait faire pousser à Venise un arbre à bois du Brésil;

la tentative, s'il la fit, était d’ailleurs condamnée d’avance à l’insuccès. Maintenant, faut-il rappeler le nombre de mots étrangers précédés d’une l. où l’Italien a éliminé cette /, comme si cette lettre n’était qu’un article et non une partie intégrante du mot? Cette particularité nous ferait comprendre comment le mot “Lamori“ a pu se transformer en ameri et notre observation se trouverait confirmée par la variante alnxeri de Chiarini, où la lettre l a été conservée. Je suis donc porté à me ranger à l’opinion de M. Yule; ce savant admet que le pays de production de la deuxième sorte de bois du Brésil était le district que Marco Polo

nomme Lambri. Le Mot Seni qui qualifie la troisième espèce ne doit

pas être sans coirélation avec le nom de la Chine (Sin en arabe); je n’entends pas diro par là que la Chine elle -même produisit le bois de Sappan, mais il me semble permis d’émettre, par voie d’analogie, l’hypothèse que les Chinois chargeaient ce bois sur leurs navires dans des pays voisins du leur et le transportaient dans l’Inde. Dans ce cas, nous aurions à choisir entre les îles de l’Archipel de Mergoui * et l’Indo- Chine, cai’ cette dernière possède de grandes forêts de Cœscdpinia Sappan.^ Au XV® et au XVI® siècles, l’exploration du district de Ténasserim fit reconnaître que cet article s’y trouvait,* comme il s’y trouve encore,' tout particulièrement en abondance; mais les provinces de Pégon," de Siam et de (k)chinchine” pouvaient également en fournir.

L’étude des noms donnés par Pegolotti aux diverses espèces de bois du Brésil nous a foui-né l’occasion de passer en revue à peu près tous les pays d’où cet article s’exportait en Occident, et nous avons vu que le fait était démontré pour les uns, probable pour les autres. Pour être complet, nous devons encore ajouter que, dans l’Inde, le distiict de

* Rachid-eddin, cit. dans Yule, I, 64.

' Marco Polo, p. 676. La même forme

se trouve dans Barros et dans une chronologie malaise, cité par M. Yule, 1. c.;

Pauthier, 1. c.

* Aboulf., Qiogr., U, 2, p. 131.

‘ Cf. Ma^oudi, I, 388; m, 66. Citons,

par exemple, comme produisant le bois du Brésil, l’ile que Marco Polo uomme Soucat (Bornéo?, p. 668 et s.), les îles Xicobar (p. 680).

* Bitter, Erdk., IV, 1099; V, 116, 146.

Un comprend, dès lors, que Kalah, dans la nresqu’ile de Malacca, ait été de bonne

heure un entrepôt de bois du Brésil, comme l’est aujourd’hui Singapore.

“ Conti, p. 40; Roteiro que fex. ....

Vaeco da Qania, p. 110; Varthema, p.

164, a; Massari, p. 29; Federici, p. 891, b.

' O’ Bilcy, Vegetabk produde of the Tenasserim prorinees, dans le Joum. of the Indiati Archipelago , IV, 60, cité par M. Badger dans son éd. de Varthema,

* Varthema, p. 166, a.

“ Loureiro, Flora Coehinehin.. éd. BeroL, I, 320 et s.

690 Supplément I. — Articles d’échange entre l’Orient et l'Occident.

Calicut' et la côte de Malabar en général* produisaient ce bois de teinture, et enfin, qu’au point de vue spécial de cet article, l'ile de Ceylan occupait un des premiers rangs et par la quantité et par la qualité de ses produits.* Marco Polo déclare que le bois du Brésil de Ceylan est le premier du monde,* tandis que Pegolotti donne le prix à celui de Quilon et ne nomme même pas celui de Ceylan; la raison de ce silence est peut-être que cet article passait par le marché de Quilon et en repartait pour l’Occident confondu avec le produit du pays.

Le bois du Brésil arrivait sur le marché en billes; on le voulait dui’ et lourd.* On commençait par en détacher, comme inutiles, l’écorce et l’aubier, mettant à nu le cœur, de couleur rouge; de ce cœur, on extrayait la matière colorante par divers procédés* et elle entrait dans la composition des teintures pour draps,’ ou des couleurs pour les miniatures dont on ornait les manuscrits; elle était surtout recherchée pour les tons roses: on l’employait peu dans la peintuie proprement dite." Ive bois lui-même trouvait parfois des applications en ébénisterie.*

Oamphre.

En 698, à la prise de Madaïn, capitale des Sa.ssanides, les conquérants arabes trouvèrent dans le butin, parmi les épices et les parfums, toute une provision de camphre qu’ils prirent pour du sel. En lisant cette anecdote, on iwurrait être tenté de croire qu’avant cet

' Sernig^i, dans Ramus., I, 180, a.

' Conti, p. 46.

’ Kazwini, dans Gildemeister, p. 203;

Ibn Batouta, IV, 166. En 1288, un prince cinghalais voulait nouer des relations entre son pays et l'Égypte, et il s'adressa dans ce but au sultan Kelavoun ; entre autres produits de son pays, il citait le bois du Brésil: Quatremère, Uétn. sur l'Égypie, II, 286.

* P. 586. M. Pauthier cite, à ce sujet, un auteur plus moderne, Ribeyro, qui dit que le bois du Brésil de Ceylan est extraordinairement estimé. M. Ritter (VI, 122) écrit que les habitants de l’ile le ménagent beaucoup.

* Pegol., p. 361 et s.

‘ Le Liber direra. art. MotUp. (p. 758)

donne quelques recettes; Merrifleld, Original treatisea, p. 63, 441 et s.

’ “Panni berâliati“ ; Bonaini , Wo/.

Pia.. m. 68. 181.

' “Medulla hujus arboris non est bons pictoribus, sed tinctoribus pannorum et scriptoribus, ex qua faciunt rosetam,“ dit le traité inédit De diatemperandia roloribua, cité par Ducange : v. au mot Brasile. On trouvera dans cet article, ainsi qu'au mot Brisiacum et dans Uonteil, Hist. dra Français, I, 322 (et notes), des exemples de l'application du bois du Brésil i la teinture des étoffes et des cuirs. Sur sou emploi dans la miniature, voy. Ilg. trad. de Cennini, notes, p. 176. En général, cf. lÀb. die. art., p. 746 et s., 748, 761—756, 769.

* Par exemple, pour des décors appliqués i des tables (Laborde, Lea dues de Bourgogne, II, 366), é des tonnelets (Boileau, Liera dea méfiera, p. 104). eu marqueterie (ibid. p. 173).

Page 1