‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 181 sur 251 · II. Produits "naturels. — Camphre · texte numérisé non relu

II. Produits "naturels. — Camphre

évéïifiment la drogue en question était totalement inconnue des Arabes en général: ce serait une erreur. En effet, le Coran place dans le Paradis une souice de camphie qui fournit aux élus, pour- calmer leur soif, une boisson aromatique et rafraîchissantt* : ‘ d’un auti'e côté, les œuvres d’écrivains arabes de mœurs raffinées, tels par exemple que le poète Imroul Kaïs, qui brillait à Hadramaut au commencement du VI® siècle, démontrent que le camphre fut connu de très bonne heure dans ces régions.* Plus tard, quand le^ marins et les marchands arabes entreprirent des voyages vers l’Inde, puis vera la Chine, ils durent traverser l’Archipel indien, et, au cours de leurs traversées, ils connurent les étapes parcourues pai’ ce produit poui' arriver des régions méridionales de l’Asie jusqu’aux pays baignés par la Méditerranée: Kalah dans la presqu’île de Malacca,® Knulam* et Soufara (Sofala)® sur la côte occidentale de l’Inde, Sirâf' dans le Glolfe Persique, Aden’ à l’entrée de la mer Rouge. ILs visitèrent les pays d’où il sortait, ils virent de leurs yeux l’arbre majestueux qui le renferme, ils s’assirent à son ombre;® ils apprirent qu’on l’obtenait, soit sous la foime liquide, en pratiquant des incisions dans l’écorce pour en faire couler la sève, soit sous la forme solide, en extraj'ant la résine consolidée au cœur de l’arbre;" ils le rapportèrent dans leur pays soit à l’état brut, tel qu’il était au sortir de l’arbre, soit purifié et claiifié. De la sorte, les médecins et les naturalistes ai'abes pui-ent avoir sous les yeux une collection variée des diverses espèces de camphre, et ils en établirent une classification en prenant pour base, soit le pays d’origine, soit la couleur, soit d’autres propriétés encore.*® Au point de vue de l’origine, tous, d’accord en cela

‘ Korati, trad. Knsimirski. chap. 7H, vers. 6, 6.

’ Flückiger, Ziir Oese/i. des Kamphers, dan» le N. ftepert. f. Pharmacie, de Buchner, XVII (1868), p. 28 et »s. ; l’auteur de l'article emprunte ce détail à une description de l’Arabie par Ibn Uagik (el Hamdani), communiquée par SI. Sprenger.

’ Pelai., p. 93; Edrisi, I, 80; Aboulf., Oéogr., H, 2, p. 132.

‘ Abou Dolef, p. 24; Kazwiui, cit.

dan.» Elliot, Hiat. of India, I, 96.

‘ lahak ibn Amram ; voy, Joum. Aaiat.. 4* série, Vill, 218.

® isstaebri, p. 71, 74.

’ Edrisi, I, 51.

’ Slaqoudi, III, 66; Ibn Rhordadbèh, p. 287 ; Kazwini, dans Qildemeister, p. 194. Ibn Batouta (IV, 241) dit que le camphre

se trouve dans les noeuds d'une sorte de canne; son erreur vient, soit de ce qu'il confondait le camphre avec la matière siliceuse qui remplit les nœuds de la canne du bambou (Tabachir), soit de ce qu'il se figurait que le camphre était la moèlle du bambou: dans ce dernier cas, l'erreur s’expliquerait par la coutume qu’avaient autrefois les indigènes de recueillir la sève liquide du camphrier dans des cannes de bambou, pour l’y laisser concentrer:

voy. Meyer, Geach. der Botanik, III, 320 et s.

° Ibn Kbordadbèh, 1. c.; Abou Dolef, p. 26; Kazwini, 1. c. (cf. l’explication donnée par Dulaurier dans le Joum. aaiat., 1. c., p. 216).

■® Dulaurier, I. c.; cf. Cbems-eddin, p. 127.

592 Sujyt^ément I. — Artielets éT^hange entre l’Orient et l'Oeriâent.

avec les voj'ageurs et les géographes,' déclarent sapérienr à tous les autres le camphre de Feïsour, dans l’île de Sumatra. Cîette lie en général est fréquemment mentionnée par les auteurs comme le pays d’origine du camphre,* mais le district le plus renommé pour la qualité de son produit était précisément cette province de Feïsour,* k laquelle une chronique malaise donne aussi le nom de Pasouri; il faut la chcrcher sur la côte occidentale de l’île, un peu au-dessus de l’équateur.* C’est là que, de nos jours encore, on trouve le camphre de Baros, le plus estimé de tous. Une autre espèce, également très appréciée, était celle de Herendj ou Petite Chine, nom qui désignait sans doute Bornéo.* Suivant Avicenne, le camphrier croissait aussi en Chine.* Cela est exact; seulement il &ut ajoutex que le camphre de la Chine (comme celui du Japon) ne provient pas du même arbre que celui de Sumatra et de Bornéo. Le premier s’extrait du Cinnamonmm catnphora Nees. le second du Dryobalanops aromatica Gærin. Il existe donc dans le règne botanique deux familles d’arbres produisant également le camphre, mais absolument distinctes. La découverte de ce fait était naturellement réservée k la science moderne; les Arabes n’en avaient aucune idée ni plus ni moins d’ailleurs que les Européens qui firent pendant le Moyen- Age le voyage de l’Inde et de la Chine.

Marco Polo a, sans s’en douter, tracé l’esquisse du domaine spécial à chacune des deux espèces; en parlant de la production du camphre dans la région comprise entre Fuguy (Fou-Tchéou) et Zayton (Thsiouan- Tchéou), ce qui répond k peu près k la province actuelle de Fo-Kien, située dans la Chine méridionale vis-à-vis l’île de Formose, il ne sort pas du domaine du camphre du Cinnamomc ou des Laurinées.* Plus loin, il nous transporte dans le domaine du camphre du Diyobalanops. quand il décrit les districts de Lambri et de Fansour, dans l’île de Sumatra: il a soin de mentionner que le premier produit du camphre en quantité assez considérable, et que le second fournit le meilleur qui soit au monde; il se vend au poids de l’or, dit-il.* Nous con-

' JieJai., p. 7; Haçoudi, I, 386; Kazwini, dans Oildemeûter, p. 909, dans Ethé, I, 1, p. 406; Ohem»«ddin, op. cit.; Aboulféda, Oéogr., II, 9, p. 197.

’ ReleU., p. 93; Edriai, I, 76; Kazwini, dans OildemeUtpr, p. 194; Chenu-eddûi, p. 906.

' Le dernier traducteur d’Ibn Beïtar préfère les lectures: Qaissour, et qissoury (adjectifs): Not. et extr., XXVI, 1, p. 180, 986. n a tort.

* Dulaurier, dans le Joum. I. c..

‘ Dulaurier, tbid. p. 918.

* Dulaurier, ibid. p. 916 et s.

' P. 697 (sous le texte du macr. C); cf. la note de M. Yule, dans son éd. de Marco Polo, U, 187.

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