‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 182 sur 251 · II. Produits naturels. — Camphre · texte numérisé non relu

II. Produits naturels. — Camphre

naissons déjà ce district de Fansour: c’est le Feïsour des Arabes. Le district de Lambri est situé dans la même partie de Hle, mais plus au nord, en tirant vers Daya. C’est là que débarqua le missionnaire Oderico da Pordenone, venant de la côte de Coromandel: il trouva dans ce pays de l’or, du bois d’aloès et du campbre.‘ Conti, dans sa relation de voyage, et certaines cartes du Moyen-Age font également mention du camphre de Sumatra.* Conti trouva encore le camphrier sur son chemin en parcourant l’intérieur du royaume de Siam et les côtes du Cambodge;* mais ici il n’est pas douteux qu’il s’agit du Cinnamomum Camphora. Outre Sumatra, avons nous dit, une autre giande île produit le camphre du Dryobalanops:* c’est Hle de Bornéo: l’attention des Européens ne commença à être attirée de ce côté qu’à partir de l’établissement de la domination portugaise aux Indes; le camphre de cette île arrivait aux Indes par Malacca et y était très estimé.*

H serait intéressant de savoir d’où l’Occident tirait le camphre au Moyen-Age, si le marché eui'opéen s’approvisionnait exclusivement de camphre des laurinées, comme il le fait actuellement, cai' tout notre camphre nous vient du Japon et de l’île Formose, ou s’il recevait, au contraire, du camphi-e du Dryobalanops: de nos jours, cette espèce s’écoule entièrement dans l’Orient. H est inutile de consulter les ouvrages de Pegolotti, d’Uzzano etc.; ils sont absolument muets à cet égard.® Actuellement, les arbres qui produisent la deuxième espèce de camphre ne se trouvent plus que dans certains districts très restreints des îles de Sumatra et de Bornéo, mais il parmt qu’ils couvraient autrefois des espaces beaucoup plus considérables et que le nombre en a diminué peu à peu, à mesure que leur résine était plus recherchée; le malheur est que, pour obtenir le camphi'e à l’état solide renfermé au cœur de la plante, il faut abattre l’arbre lui-même, et que, parfois, on doit en abattre dix pour en trouver un qui renferme la précieuse matière.* Au Mo}'en-Age, la production du camphre du Dryobalanops était

* Oderico, dans Yule, CeUhay, H, app. 1, p. xvi et 8. ; cf. les notes du vol. I, p. 84, et la note rectificative sur la situation de Lamori, dans le vol. I, p. ccxliii.

’ Conti, p. 40; Carie calai., p. 137; Fra Mauro, p. 50.

* Conti, p.46, 46; Kunstmanu, p.24 — 26.

‘ Barbosa. p. 318, b.

* Varthema, p. 168, a ; Barbosa, p.320, a ; Sommar., p. 334, a; Serano, p. 228; Pigafetta, p. 120; Federici, p. 397, a.

‘ Pour ce qui va suivre, j’ai fait de nombreux emprunts aux renseignements contenus dans l’ouvrage déjà cité de H. Fliickiger et reproduits dans FlUckiger and Hanbury, Pharmacographia, 2® éd., p. 610 et SS.; on trouvera dans cet ouvrage quelques détails que je n’ai pu insérer ici.

’ Marsden, Hist. of Sumatra, 3® éd., p. 150.

694 Supplément I. — Articles d’échange entre l’Orient et TOcciâent.

nécessairement plus abondante qu’à l’époque actuelle. Les Indiens et les Chinois en achetaient des quantités immenses à Sumatra et à Bornéo et s’en servaient, soit pour embaumer leurs morts, soit pour parfumer leurs idoles;' cependant, abstraction faite de ces quantités, il en restait encore quelque peu pour l’Occident. En tout cas, les Arabes, au moins, recevaient du camphre de Feïsour: on en trouva de gros morceaux dans le trésor du calife fatimide Moustançir Billah.^ Mais le camphre du Dryobalanops coûtait extrêmement cher. Marco Polo disait déjà que le camphre de Fansour (Feïsour) se vendait an poids de l’or, et, au temps de Garcia de Orto, celui de Bornéo valait cent fois plus que celui de Chine.’ En Occident, ce prix, déjà si élevé sur le lieu de production même, s’augmentait encore des frais de transport et de douanes. Peu à peu, et, en tout cas, certainement à partir du XVI» siècle, cette espèce cessa de parvenir en Occident, et le marché européen dut se contenter du camphre des laurinées, de qualité inférieure à l’autre, mais aussi beaucoup moins cher: tout au moins est-sil certain que ce qu’il recevait sous le nom de camphre de Boniéo, s’il en recevait, n’était jamais pur de tout mélauge.»

Sur toutes les listes d’articles répandus dans le commerce au Moyen- Age, le nom du camphre est toujours seul, sans adjonction d’une épithète indiquant le lieu d’origine, et il se présente tantôt sous la forme arabe cafor (cafur),’ ou sous la forme caffera (chaffera)^ plus directement dérivée du grec xagtovpâ, tantôt sous une forme dérivée de la racine primitive Karpura,’’ mot sanscrit, dans leqnel les langues germano-romanes intercalent, à la place de la lettie r du milieu, la lettre m ou n.»

L’école de Saleme, suivant en cela l’exemple des médecins grecs et arabes, avait introduit le camphre dans sa matière médicale. Cette adoption produisit, pendant le Moyen-Age, un double résultat: d’une

' ReUU., p. 35, 60; Barbosa, p. 3S3, a.

’ Cet inventaire date du XI» siècle; M. Quatremère l’a publié d’après Makrizi, dans ses Mém. géogr. et hist. sur l’Égypte, II, 366 et SS.

* Clus., Exot., p. 161; comparez les prix actuels donnés dans Uarsden, Hüt.

of Sumatra, p. 161 et s. ; Crawfurd, Bisl. o{ the Indian Àrchipelago, I, 418; Hanbury, Science papers, p. 394.

* Garcia de Orto, 1. c.; Federici, 1. c. Il est inutile d’opposer à l’affirmation de es deux auteurs l’affirmation contraire

d’Amatus Lnsitanns; comme il n’était jamais allé en Orient, elle est sans valeur.

* Le mot est passé sous cette forme, sans altération, dans les Assises de Jérus.. n, 176.

» Pegolotti, p. 296, 376 etc. etc.; il n’y a pas à confondre avec le mot eapperi (câpres) dont la prononciation est i peu près la même.

’ Habn, Etymol. Vntersuchungen. p.

126 et 8.

" üzz., p. 19; Taf. et Thom., ÜL 444.

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