II. Produits naturels. — Cannelle
part, la connaissance de cette matière entrait dans le cadre des études d’histoire naturelle,* et, d’autre part, les boutiques d’apothicaires et les ménages tant soit peu considérables en avaient toujours un approvisionnement.*
Cannelle.
Dans les sources relatives à l’histoire du commerce, l’écorce du cannellier est désignée, tantôt sous le nom antique de ànnamomum et par abréviation cinnamum, cennamo, tantôt sous le nom plus moderne de canneüa, diminutif de canna; parfois, les deux mots sont rapprochés pour former un senl nom composé: cannella di cennamo.* Suivant Pegolotti, les deux termes seraient sjmonymes.* Mais nous trouvons dans un taiûf de douanes espagnol de 1243 les deux articles cinamomum et cancUa distincts l’un de l’autre;® ceci prouverait déjà que l'on attribuait pai'fois à chacun de ces deux mots une signification différente. Or, voici encore que, dans un ouvrage anglais intitulé Boke of Nurture, l’auteur, John Russel (XV' siècle), établit une distinction entre synamome et canelle, disant que l’un, le premier, est plus fin et plus précieux que l’autre:® il semble, d’après cela, que le premier nom doit .s’appliquer à l’écorce de cannelle proprement dite, et le second à l’écorce de cassia.
n ne parait pas qu’à aucune époque du Moyen-Âge la cannelle ait été chose rare en Occident Un privilège, accordé par Chilpéric II en l’an 716,* nous apprend que, de son temps, cet article s’importait en France par les bouches du Rhône. Des lettres écrites vers le milieu du Vin® siècle nous montrent la cannelle expédiée sous forme de cadeaux, comme le poivre et les parfums, par des ecclésiastiques romains à des amis en Allemagne, par des ecclésiastiques allemands à des confrères d’Angleteire:** un lot d’épices offert en présent à Chaides le Gros renfermait de la cannelle.® Une ordonnance royale insérée dans les Formules de Marculf autorise les missi dominici en voyage à requérir pour leur table, entre autres choses, de la cannelle.*® Tjes médecins ad-
' Hüdegardis libri physiei, H, 8j voy.
l'étude de M. Reuss sur cet ouvrage (Wttrtzbourg, 1835), p. 89; Otto Cremon., éd. Choulaut (dans son édition du Maeer floridus), p. 161; Albertus M., De Vegetabilibus. éd. Meyer et Jeasen, p. 491 et s.
’ flückiger. Die Frankfurier Liste, p. 11 ; du même, Das Nterdlinger Register, p. 6: Comptes de l’argenterie, éd. Douet d'Arcq, p. 313.
’ Archirio stor. Hat., Se série, T. XII, ÿe part., p. 88.
* Pegol., p. 361; Varthema, p. 163, b.
* Capmany, H, cap. 17.
* Cité dans FlUckiger and Hanbury, Pharmaeographia. 3® éd., p. 529.
’ Pardessus, Diplom.. II. 306.
" Jaffé, Bibliotheea rerum germanicarum. IH, 110, 166, 199, 214, 218.
* Formulaire de l’éreque Salomon de Conslanee, éd. DUmmler, p. 37.
‘® Bozière, Recueil général des formules. 2® part., p. 984.
696 Supplément I. — Articles d’échange entre l’Orient et l’Occident.
mettaient, sans doute en connaissance de cause, que les apothicaires en avaient toujours une provision;* enfin, on usait largement de la cannelle pilée (canelle batue, povddre de candie) comme condiment dans la cuisine en général et dans la préparation du vin aromatisé.-
La cannelle se trouvait dans tous les ports du Levant, et quand les marchands occidentaux poussaient leurs voyages Jusque dans l’intérieur du continent asiatique, ils pouvaient encore en acheter à Tauris, à Soultanièh et à Samarkand.’ Cependant, elle était rangée dans la catégorie des articles peu délicats que l’on expédiait de préférence par mer, au lieu de leur faire faire de longs voyages par terre;* aussi était-elle extrêmement abondante sur le marché d’Alexandrie; elle y arrivait par l’Océan Indien, la mer Rouge et le NiL’
n est inutile de chercher dans les manuels à l’usage des commerçants occidentaux l’indication des pays d’où provenait originellement cet article, on ne l’y trouverait pas. Mais le nom de la cannelle en langue persane est dartchin qui signifie bois de la Chine, et ce nom est passé dans les idiomes arabe et arménien:® ceci semblerait indiquer que la cannelle a été importée, dès une haute antiquité, de la Chine dans l’Asie occidentale. Le fait est que l’origine de la production de la cannelle dans ce pays se perd dans la nuit des temps.* Marco Polo en trouva dans la province chinoise de Gaindou,* et, de nos jours encore, cette plante croît en abondance au sud de la Chine dans le province de Kouang-Si.® Au reste, parmi les points où les narires chinois faisaient relâche pendant leur traversée, quand Us naviguaient dans la direction de l’ouest, quelques-uns, tant sur la côte de l’Indo-Chine que sur ceUe de l’Inde, produisaient aussi la cannelle,*® et, les produits de ces divers
* Joh. deGarlandia, Diction., éd. Schéler, (Uuu les Lexicogr. lai. du XIl^ et XJIl'’ aitele, p. 28,
’ Uénag-ier de Paris, II, 107, 111 et s., ' 248 et 8., 273 etc.; Traité de cuisine, éd. Douet d’Arcq, l. c., passim ; Boke of nurture, 1. c. ; Douet d'Arcq, Comptes de l’argenterie, p. 866; Annal. Ceccan., a. a. 1196.
* Pegol., p. 27, 44, 49, 64 etc. ; Assis, de Jérus., H, 173; Cepione, p. 25; Ghistele, p. 310, aavüo, p. 113, 191.
* Sanut, Secr. fid. crue., p. 23.
‘ Edrisi, I, 51; Pegol., p. 56 et s., 210; Bonaiai, Stat. Pis., III, 591; Tucher, p. 371.
‘ Voy. Ritter, Er<&., VI, 126 et s.; Lassen, bid. Alterth.. I, 280 et s.; Gilde-
meister. Script, arab. de reb. ind., p. .36 et 8.
’ Flückiger and Hanbury, f'harmaeographia, p. 528 et s.
' Polo, p. 379 , 886; cf. le dernier passage avec Richthofen, VerhamUungen der Qesellschafl für Erdkunde in Berlin. 1874, n“ 1 et le passage de cet article cité à l’art. Clous de girofle.
’ Porter Smith, Mat. nied. and nal.
hisl. of China, 1871, p. 52.
Cf. Carte catal., p. 137; Barbosa, p. 319, a. Voyez encore, pour ce qui concerne l’Indo- Chine, les passages de Kazwini collectionnés et commentés par M. Schumann dans ses Krilische Vnicrsuehungen über Zimmtlànder (Petermann, Mitth. Erg. H.. n° 73), p. 47 et a.