‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 185 sur 251 · II. Produits naturels. — Cardamome · texte numérisé non relu

II. Produits naturels. — Cardamome

merce sous le nom emprunté à l’indien moderne, teg’ pat (taj-pat).^ S’il en est ainsi, et nous n’avons aucun motif d’en douter, nous serons amenés à admettre que la dénomination folio indo désignait les feuilles de certaines espèces de Cinnamomum produisant une cannelle de qualité commune;’ ces feuilles ont elles -mêmes un goût de cannelle plus ou moins marqué et sont encore employées de nos jours comme stimulant dans l’Asie méridionale.’ Cette opinion avait déjà été émise autrefois. Garcia de Orto,* par exemple, avoue qu’il prenait tout d’abord le folio indo pour la feuille du bétel et qu’il changea d’opinion (pour adopter celle que nous venons d’exposer), quand on lui eut fait remarquer qu’Avicenne traitait à part de la feuille indienne et du bétel et qu’il attribuait à chacun des caractères très différents.’ Un défenseur de l’opinion contraire. Amattis Lusitanus. était contraint d’avouer que, de son temps, ce que les apothicaires vendaient sous le nom de malabathrum , on de folium indum, n’était autre chose que des feuilles de cannellier et qu'il était facile de s’en rendre compte au goût.® Ce fait est confirmé par Ghistele; au retour de son voyage, il reconnut dans l’article que les épiciers occidentaux tenaient sous le nom de “Foullie“ (Folium) la feuille du “Canneelboom“ qu’il avait déjà vue à Aden.’

Cardamome.

Le cardamome était, au Moyen-Age, un article assez répandu dans le commerce;® on l’employait soit comme remède, soit pour épicer les mets ou les boissons. H arrivait, semble-t-il, généralement en Occident par la voie d’Aden et d’Alexandiic;’ tant que le royaume de Jérusalem substita, il passait aussi quelquefois par Acre.*® Dans le commerce, on faisait alors une différence entre le fruit du cardamome des bons et

* La.ssen, ludùtc/te AUerthuinskunth. I, 281 — 283; Xees ab Enenbeck. De Cinnamomo disputât io, p. 56 et s. ; Meyer, Oesehiehte der Botanik, II, 88, 169, 387; FlUckiger and Hanbury, Pharmacographia, 2® éd., p. 533.

’ Nées von Esenbeck nomme en particulier le iMurus Cassia et le iMunut Malabatkrum; Lasseu cite, d'après Royle, le Cinnamomum Tamala et le Cinnam.

albi/lorum.

* Kostelet/.ky , Medinniseh - pharmareutisehe Flora, II, 487 et .sa.

* B. Clus., p. 175—178.

‘ Éd. Plemp., lib. II, p. 211, 287.

* In Dioseor., p. 23.

’ P. 233. .Sur le reste de ce passage, voy. plus haut. Ghistele avait vu là un des individus à écorce épaisse, de l’espèce qui croissait à Quilon (Inde). .Singulière coïncidence! c’est précisément à propos de ()uiIon (Konlam) que le voyageur Abou Dolef mentionne, à titre de produit du pays, les feuilles du Malabathrum de l'Inde (p. 24).

" Pegol., p. 99, 296 etc.; Roland. Patav., dans Pertz, SS., XIX, 46; Capmany, II, app., p. 73; Douet d’Arcq, p. 356; Bourquelot, Foires, p. 288.

’ Edrisi, I, 51; Barbosa, p. 310, b; Pegol., p. 57.

Assis, de Jérus., II. 175.

602 Supplément T. — Articles d'échange entre l'Orient et rOccidenf.

celai da cardamome des jardins,* la même différence se constate d’ailleurs encore de nos jours.* Quel était le pays d’origine du cardamome qui arrivait en Europe pendant le Moyen-Age? H était connu des Arabes que cette plante croissait dans les îles des mers de l’Indo-Chine;* néanmoins, il est difficile d’admettre qu’on fît venir le cardamome de la Chine ou de rindo-Chinc: pas n’était besoin d’aller si loin pour en trouver de véritable. UElcttaria Cardomomum Maton, vient très bien dans le pays de Malabar et dans la province de Canara. D’après les auteurs anciens auxquels nous empruntons la plupart des détails de ce genre, on en trouvait à Cananore, à Fandaraina et à Calicut.* Mais le principal pays de production n’était pas la côte de Malabar sur laquelle s’élevaient ou s’élèvent encore les villes que nous venons de citer; il se trouvait un peu en arrière, dans la chiûne des Ghâts et dans les districts montagneux de Kourg et de Wynad,® dont les produits jouissent encore actuellement d’une grande réputation.

Casse.

Les marchands occidentaux qui faisaient le voyage d’Alexandrie avaient l’occasion de voir dans les jai'dins, autour de la ville, des arbres étranges, dont chaque branche laissait pendre des sortes de cannes ou de tiges.® C’était la Cassia fistula L., et les tiges étaient les gousses de la plante qui renferment une pulpe douceâtre au goût et légèrement purgative. Ils retrouvaient ces gousses dans les bazars de la ville et dans ceux de Damiette.’ Eu effet, c’était un des fruits les plus renommés qui croissaient sur le sol de l’Égyi)te;“ au Moyen-Age, on se figiu'ait généralement qu’aucun antre pays ne pouvait le produire. Piloti partageait cette croyance; d’un autre côté, la commission chargée par le pape Jean XXII d’examiner les Sécréta fidelium crucis de Sanuto émit l’avis que si, comme le disait l’auteur, il était possible de se pro-

‘ “Cardainoni salvatichi, domeatici* :

FegoL, p. 211. 296; Bonaini, III, 693.

’ FlUckiger aud Hanbuty, Fkarmacographia. 2“ éd., 643 et s.

’ Maçoudi, I, 341 ; Edrisi, I, 89.

‘ Edrisi, I, 179; Varthema, I, 158, b; Barbosa, p. 311, a. b; Federici, p. 389, b; Uaasari, p. 27. Suivant une tradition rapportée par M. Yule tCaikag, II, 462) la patrie du véritable cardamome serait le cap Mount Delly, sitné sur la limite commune des provinces de Canara et de Malabar.

‘ Uoegliug et Weitbrecht, Dos Kurgland (Bàlc, 1866), p. 17 et ss.; FlBckiger and Hanbury, 1. c.

“ Simon Simeonis, p. 28; Sigoli, p. 168; Piloti, p. 362; Harff, p. 78; Kiecbel, p. 838.

' Pegol., p. 66 et s.; Pasi, p. 64, a. De là. elle pouvait facilement arriver sur les marchés d’Acre et de Chypre, où F*egolotti en vit effectivement; p. 49, 64.

* Sanuto, Secr. fidel. crue., p. 94, Ghistele, p. 173 (il en fait une brève description et en trace un croquis); Sot. et extr., XXV, 1, p. 64.

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