II. Produite vatureLi. — (lotis de Girofle
curer, par la voie de Bagdad et de Tauris, les produits de l’Orient que l’on recevait d’ordinaire par l’intermédiaire de rÉg3rpte, ce ne serait sans doute pas le cas pour la casse, puisque, du moins à sa connaissance, l’arbre qui la fournissait croissait exclusivement dans ce dernier pays.' C’était une erreui-. Divers voyageurs occidentaux du Moyen-Age trouvèrent le Cassia fisttda sur les côtes occidentales de l’Inde,* et en particulier dans les royaumes de Cananore et de Calicut* et dans l’ile de Java.‘ Reste à savoir si la casse de l’Inde arrivait jusqu’en Occident; je n’oserais pas répondre négativement. Dans un passage où il dépeint l’énorme trafic qui se faisait entre l’Inde et l’Egypte avant le temps de la domination portugaise, Barbosa cite le Cassia fisttda parmi les articles de commerce qui s’expédiaient de l’Inde sur Alexandrie par Aden et la mer Rouge;* il résulterait de là que le produit indien se vendait sur ce dernier marché concurremment avec le produit indigène.
Divers écrivains ont indiqué les signes auxquels on reconnaissait la casse de bonne qualité; à cet égard, Platearius, le médecin de l’école de Salerne, et Pegolotti, le marchand florentin, s’expriment en termes à peu près identiques;® le premier veut que la gousse soit épaisse et très noire et qu’elle ne sonne pas creux quand on la secoue;’ le second la veut également noire, épaisse, saine (c’est à dire sans cassures) et lourde; tels sont, d’après lui, les signes de la parfaite maturité.
Clous de Girofle.®
Dans les premiers temps du Moyen-Age,® le clou de girofle était déjà employé couramment soit comme ingrédient dans certains remèdes, soit comme condiment dans la cuisine et la préparation des boissons aromatiques. A l’époque des Garlovingiens, on en trouvait partout; la
’ Püoti, l. c., Sanuto, p. 3.
’ Jord. Catal., p. 46: dans son édition de cet écrivan (HakI. Soc.), p. SI et s., M. Ynle pose, sans motif apparent, la question de savoir si fauteur n’a pas voulu parler du Cassia liynea (v. l’art. Cannelle).
* Varthema, p. 168, b; Alvarez, p.l26,a; Barbosa, p, 311, a, b.
' Barbosa, p. 319, a.
‘ Barbosa, p. 310, b.
* Platearius, Clrca instans. p. ccxxx; Pegol., p. 366.
’ Voy. les observations de CoUadon sur ce point spécial, dans sou Uist. iia-
tur. et médie. des casses, Montp. 1816. p. 66.
* Après avoir lu cet article, le lecteur sera en mesure de se rendre compte de la valeur historique du passage suivant, écrit par A. de Oandolle: “il ne parait pas qu'on en (des clous de girofle) ait reçu en Europe avant l’époque de la découverte des Moluques par les Portugais“ (Oriyine des plantes ruUirées, 1883, p. 129).
® Eu exécutant des fouilles dans la nécropole d’Argentuaria, à Horbourg (Alsace), on a trouvé , parmi d’autres objets antiques, une petite cassette d’origine franconienne, renfermant, entre autres
604 Supplément T. — Articles d’échatuje entre T Orient et T Occident.
preuve en est qn’une ordonnance royale autorisait les Missi dominici en voyage k requérir pour leur table du poivre, de la cannelle, diverses autres sortes d’épices et des clous de girofle:* tous les livres de cuisine de l’époque le font entrer dans leurs recettes et l’on voit qu'il s’agit d’un assaisonnement communément répandu.* Tous ces détails démontrent que le commerce s’occupait de cet article depuis longtemps déjà: on sait, par exemple, qu’au temps des Mérovingiens l’importation s’en faisait en France par les bouches du Rhône.’ Le mouvement des croisades eut natiu'ellement une influence très favorable sur ce commerce d’importation. Aussi longtemps que subsista le royaume de Jérusalem Acre fut l'un des principaux marchés iwur cet article.* Plus tard, le clou de girofle arriva en Europe soit par Tauris, Soultanièh et Constantinople, soit par Aden, La Mecque, Alexandrie et Chypre.’ Les boutiques d’apothicaires en étaient toujours largement approvisionnées,* et le plus petit ménage bourgeois eût rougi de n’en pas avoir dans son garde-manger, comme les grandes maisons princiéres;* c’était un des as.saisonnements préférés; on en mettait dans la viande, dans le poisson, dans les saucisses, dans les farces, tout comme dans le vin épicé." Au reste, cet ingrédient conserva toujours un prix assez élevé: on le payait deux ou trois fois plus cher que le poivre.® Cette différence tenait plus au grand éloignement du pays de production qu'au prix d’achat primitif. En effet, le clou de girofle arrivait en Europe des îles Moluques, dont les indigènes regardaient, paraît-il, cet article
choses, (leux clous de girofle. C’est, sans doute, le document le plus ancien actuellement existant au sujet de l'iinportation de cet article en Occident. Voy. la note de M. i’ilickiger dans le .humai (k pharmacie d’ Ahacr-Lorraitie, 1886.
' Rozière, Recueil général des formules, 2e part., p. 984.
’ Dilmmler, Snnetgallisehe Iknkmaie nus dcr Karolingiseheii Zeil, dans les Mit- Iheilungeti dcr aiitignarisehen Gesellschaft ron Zurich, vol. XII, 6" livrais., p. vi et 8.; voy. encore, du même, Formelbueh Bischnf ,'ialomo's 111. ron Constam (IX° siècle), p. 37.
’ Diplôme de Chilpéric II, de l’an 71K, dans Pardessus, IHpl., H, 309.
* Assis, de Jérus., II, 174.
* Pegol., p. 18, 49, 57, 85 etc.; ühistele, p. 310; Clavijo, p. 113; Edrisi, I. 51; Fabri, H, 542; Tucher, p. 371.
“ Joh. de Garlandia, Diet., cd. Schéler, p. 28; FlUckiger, f'rantfurler lAste, n" 304.
' Douet d’Arcij, Comptes de l'argenferie, p. 218; Bourquelot, Foires de Chnm- !>agne, I, 287.
" On pourrait citer à l’appui de ce qui précède de nombreux passages du Ménagicr de Paris, du Petit lirre de cuisine, inséré dans la Bibliothèque de l’Ecole des chartes, 5“ série, I, 209 et ss., du Bueh ron gtUer Speise IBM. des lit. Vereins, vol. IX), ou encore de .Schultz, Bas Ilofische IjebcH, I, 289, 306.
" I^ber, Appréciation de la fortune prisée, p. 95 ; Cibrario, Eeommia poliliea del media ero, 4® éd.. p. 509; Quirini, dan.s •àlbéri. Relax, degli atnbase. renet., app.. p. 11. 12; FlUckiger and Hanbury. Pharmaeographia, 2" éd., p. 282.