‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 187 sur 251 · II. Produits naturels. — Clous de Girofle · texte numérisé non relu

II. Produits naturels. — Clous de Girofle

comme sans valeur, jusqu’au jour où les Chinois commencèrent à venir le chercher chez eux, tant pour leur propre usage que pour l’exporter dans divers pays.* Au commencement du XVI® siècle, le bahar de clous de girofles, représentant environ 712 livres légères de Venise, se vendait encore sur place, aux marchands de Malacca et de Java,* de un à deux ducats; sur le marché de Malacca, il valait déjà de dix à quatorze ducats et atteignait sur celui de Calicut le prix de cinquante à soixante écus d’or.*

Pendant longtemps, on n’eut en Eui'ope qu’une idée a.ssez vague du pays d’où provenait le clou de girofle. Les navires arabes, en allant en Chine, laissaient les Moluques très loin sui- leur droite, de sorte que lorsque leui-s auteurs veulent désigner le pays d’origine de cet article, ils se contentent de dire d’une manière générale qu’il vient des Indes ou des îles de l’archipel indien, on bien ils donnent des noms baroques d’iles dont ils indiquent la situation d’une manière si peu précise qu’on se demande s’ils s’en faisaient seulement une idée approximative, ou bien encore ils admettent que le giroflier croît à Java ou à Ceylan,‘ ce qui est une erreur; ces îles n’étaient que des étapes, par où passait le clou de girofle avant d’arriver à destination. Ibn- Batouta, qui visita en personne Hle de Sumatra, prétend y avoir vu des girofliers; quoique la chose soit difficile à croire, il ne serait pas impossible, en fait, qu’à l’époque où il vivait, on eût déjà acclimaté dans cette île des gûofliers apportés des Moluques. Mais, d’après la description qu’il en donne, on voit qu’il confond le giroflier tantôt avec le canellier, tantôt avec le mmscadier, de sorte qu’il est permis de douter qu’il ait réellement vu ce qu’il décrit et qu’il serait imprudent de baser des conclusions sur son témoignage.®

Marco Polo ne connaissait pas davantage la véritable patrie du clou de girofle. t’.e qu’il y a de plus curieux, c’est qu’il pai’aît croii-e

' Garcia de Orto, p. 180.

’ \ cette époque, c’étaient cee marchanda qui allaient chercher le clou de f^ofle aux Moluques; voy. Barbosa, p.

319, b. Du temps de Marco Polo, des navires chinois l’apportaient jusque dans les ports du Malabar: Polo. p. 664; Garcia de Orto, 1. c.

* Barbosa, p. 323, a. Vasco de Gama et ses compagnons avaient entendu dire que le bahar valait 9 cruzados seulement à Malacca. et qu’à Alexandrie le quintal, c’est à dire le quart d’un bahar (Barbosa, p. 300, a. 310, b, 322, b, 323, b) atteignait

déjà le prix de 20 cruzados (ffoteiVo, p. 111, 115). D’après Sernigi, le prix du bahar variait, sur le marché de Calicut, entre 20 et 24 ducats (Ramus., I, 120, a).

* Rrlat., p. 143; Maçoudi, I, 341; III, 66; Ibn Khordadbèh, p. 288, 294; Edrisi, I, 82, 89, 93; Kazwini, dans Gildemeister, p. 193, 202, 203; Kazwini, trad. Ethé, I, 1, p. 227 , 229 (ef. La.ssen, Ind. Allerth..

‘ Ibn Batouta, I\’, 228 , 240 , 243 et SS., et Dulaurier, dans le Joitm. asiai.. 4® série. IX, 248.

606 Supplônieni /• • — Articles d’échange entre l'Orient et l'Occident.

qu’il venait de la province de Gaindou, c’est à dire du fond de la Chine, ‘ alors qu’il est de notoriété que, pour le giroflier, le climat des îles est une condition essentielle de croissance et surtout de fertilité.* n est plus que probable que l’objet auquel il fait allusion dans le passage en question était non pas le clou de girofle, mais le bouton du cassia (Fiori di Canella) qui présente une certaine analogie avec le précédent.* Dans un autre passage, le même voyageur cite encore le clou de girofle parmi les produits qui font la riches.se des habitants de Java; mais ici, on peut interpréter ses expressions en ce sens qu'il .s’agit d’un produit éü-anger à l’île, mais qu’on peut aisément s’y procurer.* Ënfln, Marco Polo trouva encore le clou de girofle dans les iles Nicobar.*

Conti approche déjà davantage de la vérité. Dans sa relation de voyage, il décrit, non sans doute de visu, mais pour en avoir entendu parler par des habitants de Java, deux iles qu’il nomme Sandaï et Bandam; il est aisé de reconnaître qu’il a simplement pris pour des unités les gioupes formés par les îles de la Sonde et les îles Banda: d’après lui, la dernière seule produisait le clou de girofle à l’exclosion de toute autre, en quoi il avait été mal informé, ou commettait une confusion.'^ Son erreur donna naissance à la notice également erronée de la Carte de Fra Mauro.’’ Enfin, en 1504, Varthema parvint jusqu’aux Moluques: c’était le premier Européen qui visitait ces îles; il donne à l’une d’elles, sans doute à celle de Temate ou de Tidor, le nom du groupe entier, Monoch (Moluques). D vit dans cette île et dans quelques îles voisines des clous de girofle et il décrit la manière dont on les récoltait* Après lui, d’autres voyageurs visitèrent les Moluques à de courts intervalles compris entre 1512 et 1520, et ils nous en ont également laissé des descriptions: ce sont Juan Serano,* Dnarte Barbosa*® et Ant Pigafetta."

’ Polo, p. 385. H. Richtbofen admet que la province de Gaindou correspond & la province actuelle de Kien-tshang (désignée sur les cartes sous le nom de Ningyuen-fou). Voy. Verhandi. der Qestllseh. fur Erdk. xu Berlin, 1874, n“ 1; Ruge, Zeiialier der Entdeekungen, p. 63.

’ Crawfurd, Biei. of the Indien arrhipeiago, I, 495 et s.

* Yule, M. Polo, II, 38; Richtbofen, China, I, 504, not. 2.

* P. 561. Voy. l'explication détaillée de ce passage dans l'article sur la Noix muscade. Jord. C'atal. (p. 51) confond dans une même énumération des produits

propres à l'île de Java et des produits qui y venaient du dehors : parmi ces derniers on peut citer les “gariophylli.“

* Conti, p. 46, et Kunstmann, ibid.

p. 26; Pcschel, Oesch. der Erdi., p. 16. 167, 207.

' Éd. Zurla, p. 49.

* Ramus., I, 167, b, et la note de M. Badger dans l'édition anglaise de Varthema (Bakluyi. Soe., XXXU), P- 245 et s.

* A la suite de l'éd. anglaise de Barbosa (Bakluyi. Soc.. XXXV). p. 227.

Ramus., 1, 319, b.

" Éd. Amoretti, p. 144 et ss. Em-

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