II. Produits naturels. — Coton
costus amer; cette distinction existait également en pharmacie.* Dans l’antiquité, les poids d’où s’exportait cet article étaient ceux de Hinnagara (sur le bas Indus) et de Barygaza (sur le golfe de Cambaye); au Moyen-Age, les auteurs désignent comme pays d’origine le bassin de l’Indus,* dans la partie supérieure duquel croît effectivement VAuMandia, et la côte occidentale de l’Inde au XVI® siècle, l’exportation se faisait principalement par Cambaye et le costus s’écoulait en partie vers l’ouest, I>ar Ormouz et Aden,* en partie vers l’est, où il était connu, comme il l’est d’ailleurs encore de nos jours, sous le nom de Poncho ou Poutchouk.*
Ooton.
On sait qn’après la chute d’Aci'c, la haine du mahométisme, qui commençait à s’éteindre dans le cœur des chrétiens, se réveilla avec une nouvelle énergie et que, sous l’influence de ce sentiment passionné, Sanuto proposa k l’nnivers chrétien de rompre toute relation avec le monde musulman. Combattant à l’avance les objections, il démontrait qu’on allait demander aux Infldèles ceilains articles et non des moins importants, tandis qu’on pouvait se les procurer en pays chrétiens. Il citait comme exemples ° le sucre et le coton, le coton en particulier, que produisaient d’après lui la Pouille, la Sicile,’ File de Crète,* la Romanie (c’est à dire la Grèce),® Me de Chypre et l’Arménie. H eût put lyouter k cette nomenclature l’Espagne’® et l’île de Malte, et, en Italie même, la Calabre.” Il est vrai que, dans le commerce, le coton d’Occident était coté à très bas prix: Pegolotti signale celui de Sicile comme le plus
* Pegol., p. 136 , 296 , 300; “Costo amaro®, ibid. p. 66; “costo amaro e costo dolcie“ (sic), Uzz. , p. 193. A l’époque méroTingienne, le costus passait en transit é la douane de Fos, dans le midi de la France: Diplôme de Chilpéric U, de l'an 716, dans Pardessus, Dipl., U, 309.
' Ibn Khordadbèh, p. 383.
' Edrisi (I, 171), nomme l’ile de Bara, située Tis4-vis de Soubara, et Âbonlféda (dans Qildemeister, p. 169), Sindan, au nord de Bombay.
* Sommario, p. 338 , 336, b, 336, b, 337, a; Garcia de Orto, 1. c.
‘ Garcia de Urto, dans Glus., Eiot., p. 306; Boyle, lUmtr. of the botany of lhe Himalayan mountaiiis, p. 360.
“ Sanut., Secr. fidet. crue., p. 24 , 33.
' Voy. Amari, Storia dei Mturuimani
di SieUia, II, 448; m, 784 et s.; du même, Bibl. arab. sic., trad. I, p. 82, 191, 233, 366.
’ Arekie. Venet., XVin, 60; XIX, 104; Sathas, Doc. méd., Il, 119; m, 439. Cependant la production de la Crète était peu abondante: voy. Tonmefort, Voyage au Lerant, I, 86.
“ La Bomanie, et spécialement certains districts, sont désignés comme produisant le coton, dans les passages ci-après; Sathas, Doc. %n(d., n, 107, 119, 136, 131, 136, 164, 161, 219 et s., 236 , 857, 267; m, 439; Arehiv. Vend., XVn, 262; XVm, 60; XIX, 104.
’® Ibn Beitar, n, 663; Ibn-al-Awam, II, 1, p. 101 et sa.
■■ Pegol., p. 295; üœ., p. 191; Taf.
et Thom., ni, 437.
612 Supplément I. — Articles d’échange entre VOrient et VOccideni.
mauvais de tous; celui de la Calabre et celui de Malte sont taxés un peu moins bas, celui de la Basilicate (Fouille) est déjà admis comme passable; mais, de toutes ces espèces, aucune n’approchait des produits du Levant.* Pour trouver du coton de première qualité, il fallait se résoudie à sortir de l’Europe et même des limites de la Chi'étienté. A ce point de vue, les produits de Hamah (Hamath, l’ancienne Epiphanie)^ et d’Alep l’empoilaient sur tous les autres; les environs de ces deux villes étaient couverts de cotonniei-s et lem- prodigieuse fertilité faisait l’étonnement des voyageui-s.® Après ces produits hors ligne venaient au second rang ceux de la Petite-Arménie; les meilleurs districts cotonniers du pays étaient ceux de Curcho (Koiykos), de Sélefkèh et d’Adana;* leurs pi’oduits s’écoulaient sur le marché de Lajazzo.® On plaçait à peu près sur le même rang le coton du centre de la Syrie; il était récolté sur une espèce de cotonnier nain qui croissait spécialement aux environs de Damas.® Enfin, les cotons d’Acre,’ de Chypre" et de Laodicée (en Syrie) formaient une troisième catégorie. Cette appréciation des diverses provenances est celle de Pegolotti, dans le passage qu’il consacre spécialement au coton. On sait qu’à l’époque où il écrivait, les états fondés en SjTie par les croisés avaient cessé d’exister. Mais, en dépit de l’appel adressé à la Chrétienté pai‘ Sanuto, le trafic avait repris son cours entre l’Occident et la Syrie, et les navires marchands d’Europe allaient aussi régulièrement qu’autrefois charger le coton indigène® à Laodicée, à Beyrout|, à Tripoli,*® à Acre et à Jaffa.** Ce qu’ils faisaient poui- les ports de la Syrie.
' Cette claiisitication, comme celle qui auit, est prise dans Pegolotti, p. 307.
’ Sur cette ville, voy. Pasi, p. 157, a.
’ Ohistele, p. 283; Varthema, p. 148;
Kiechel, p. 269. Ohistele (p. 289) parle aussi avec éloge du coton de Sermin, entre Alep et Antioche.
* Barbaro, V'iaggio in Persia, p. 26, b.
27, b; Sonut., Diar., VI, 538; Oeorg.
Oemnlc., p. 617.
® Pegol., p. 44; Pasi, p. 157, b.
* Pegolotti se sert ici de l’expression ‘'dello Sciame di Soria“; le premier de ces deux noms est la reproduction du mot arabe Cham qui désignait é la fois la Syrie en général, et plus spécialement la province de Syrie moyenne, parfois même la capitale de cette province, c’est é dire Damas : voy. Haythou, Hist. orient.. chI. de Helmst.. 1585, p. 11, cap. 14.
’ Pegol., p. 49; Lannoy, p. 107; Ghistele, p. 64.
" Pegol., p. 64 et s.; Uzz., p. 191; Oeorg. Gemnic., 1. c.; Casola, p. 49; Mas Latrie, Hht. de Chgpre, II, 222, 373; in, 268 , 776 et SS.; Hagens Pilgerreiae. éd. Conrady, p. 247.
“ “Bambacium de ultra mare" : Tsf.
et Thom., III, 427; "Bambagio d'oltre a mare": Pegol., p. 295; "Coton de Syrie": Douet d’Arcq, Comptes de l'argenterie.
*" Les fertiles environs de ces deux villes produisaient également du coton en abondance: Frescobaldi, p. 146; Gucci. p. 413; Banmgarten, p. 129.
" Mas Latrie, llist. de Chypre., Il, 373; Pasi, p.48, b, 81, b, 157, b— 159, a. En allant de Jaffa vers l'intérieur, on rencontrait également des champs de cotou-