II. Produits naturels. — Coton
ils le faisaient également iwui' le foj'er de la puissance sarrasine, rÉgypte; c’est à dire que, pendant le XIV® et le XV® siècle, ils allaient aussi prendre du coton à Alexandrie comme au temps des états latins.* Ce “coton d’Alexandrie“ était, suivant toute apparence, un produit indigène,* car Sanuto nomme le coton parmi les produits de rEgjT)te. Simon Simeonis et Piloti® avaient vu des plantations de cotonniers sur les bords du Nil, et, enfin, un auteur arabe originaire d’Espagne, Aboli Abdallah Ibn Alfadhal,* qui a laissé des notes sur la culture du coton dans diflférents paj's, décrit la méthode égîTitienne. H est pourtant très singulier qu’Abdallatif (mort en 1231), qui décrit en général si minutieusement tous les produits naturels de l’Égjqite, ne nomme même pas celui-là et que la grande majorité des Occidentaux qui visitèrent le pays pendant le Moyen-Age gardent sur ce point le même silence. Cela semblerait indiquer que la culture du coton n’y était pas très développée ou, tout au moins, qu’elle n’y jouait pas un grand rôle. En tout cas, il est probable que, sur le marché d’Alexandrie, le coton indigène se vendait avec le coton étranger. D’où venait ce coton étranger? de l’Inde sans doute. En effet. Marco Polo rapporte que le coton des environs de Cambaye s’exportait dans différents pays,® et, quand les Portugais arrivèrent aux Indes, le port de Cambaye et le Bengale (dans le delta du Gange) exportaient vers Aden et la Mecque d’une part, vers Onnouz de l’autre, concuirement avec les fines étoffes si recherchées des habitants de l’Égypte et des provinces occidentales de l’Asie, du coton brut et des fUs de coton® en quantités immenses; on peut aisément admettre qu’une partie en était destinée à l’Occident. Les manuels Italiens à l’usage des commerçants ne font pas mention du “coton de l’Inde;“ mais il ne faut pas s’y tromper, l’usage général étant alore de désigner les articles de commerce par le nom du marché d’où on les tirait et non par celui de leur pays d’origine. Ils ne mentionnent pas non plus le coton des pays baignés par l’Euphrate et le Tigre,* ni même celui de la Pei-se, cependant si abondant que les tisse-
nien* daus In directiou de Rama: voy.
Mariano, t'ioÿjio in terra satUa (éd.
Donien. Moreui), Fir. 1822, p. 17; Le rayage de la sninete eyté de Hiemealem (1480), éd. Schefer, p. 100 et s.
' Lib. jur., I, 71; Pegol., p. 56; Uzz., p. 191.
* M. Yates (Texirinum antiquorum, I, 471) uie, aans preuves À l'appui, que l'Égypte ait produit du coton au Moyen- Age.
' Sanut.. p. 24; Simon Simeonis, p. 34 et s., 88; Piloti, p. 347.
* Cité par Tbn-al-Awam, U, 1, p. 102, et par Ibn Beitar, II, 662 et s. Sur cet écrivain, voy, la préface de l’éd. d’Ibn-al- Awam par M. Clément -Mullet, I, 77; Meyer, Qeeeh. der Boianik, HI, 249.
‘ Polo, p. 666.
* Voy. des exemples dans l’article sur les Tissus.
’ Isstachri, p. 46 et s. ; Polo, texte de
614 Supplément I. — Articles d'échatige entre POrient et l'Occident.
rands du pays, si nombreux qu’ils fussent, ne suffisaient pas à le mettre en œuvre; il en restait assez pour l’exportation et il jouissait d’une grande réputation & l’étranger. ‘ Par contre, les manuels font une place aux cotons de la Turquie, c’est à dire de l’Asie -Mineure:’ nous savons déjà que la culture du cotonnier était particulièrement développée entre Brousse et Iconium et que le produit des récoltes était porté sur les marchés de Brousse et d’Éphèse.’
Le nom donné an coton dans les sources occidentales les plus anciennes est bombacium;* cependant, à partir de la fin du XIII® siècle, on trouve déjà de temps à autre le mot eottonum (dérivé de l’arabe Kotn).^
Encens.
L’encens est le suc d’un blanc laiteux que l’on fait couler en pratiquant des entailles dans l’écorce de certains arbres de l’espèce des Bosicdlia. Pegolotti® écrit, et les avis à cet égard n’ont point changé, que la qualité de l’encens est en proportion de sa blancheur et de sa pureté, et que l’encens de qualité Inférieure se reconnaît à ce qu’il est mélangé de terre ou d’écorce, impur et d’aspect brunâtre. D’après lui, la meilleure espèce arrivait par Tauris et Bagdad; celui que l’on tirait d’Alexandrie était sensiblement inférieur.’ Il est fâcheux que, selon son habitude d’ailleurs, il ne désigne que les marchés où cet article était mis en vente et non les pays de production.® Cependant, de son temps, les réminiscences de la Bible et des auteurs classiques étant très répandues, on regardait généralement l’encens comme un produit de l’Arabie et spécialement de l’Arabie heureuse. Au Moyen-Age, les voyageurs et les géographes occidentaux parlent couramment de l’encens d’Arabie,® mais, en général, il faut prendre ce qu’ils disent à cet égard moins comme un témoignage de visu que comme une preuve
Ramua, cap. S, fin; Barbaro, Viagçio in Persia, p. S8, b, 99, b.
' Iitachri, p. 80, 117; Edrisi, I, 467;
Kazwini, dans Uylenbroek, p. 40; Âboulféda, Oiogr., n, 9, p. 169, 169, 186, 197;
Yaqont, p. 137, 164 , 490, 479, 691, 594,
698, 611 (t. surtout les notes). ClaTÎjo trouva sur les marchés de Soultaniéh beaucoup de coton du Khorassan, brut, filé et tissé; p. 114.
’ Va., p. 76, 186, 191.
’ Harff, p. 903 ; La Broquière, p. 660 ;
Ludolf. T. Snthem, p. 95.
* Lib. jur., I, 71 et a; Taf. et Tbom., in, 497.
‘ Annal. Jan., a. a. 1989.
‘ Pegol., p. 371.
’ “Incienso Alessandrino": ce nom se trouve aussi dans üzzano, p. 111, 114, 191; Pasi, 107, a, 118, b, 188, b etc. etc.
‘ Aux marchés cité dans le texte il faudrait ^'outer les noms de localités d'où l'encens s’expédiait en Occident; Péra; PegoL, p. 17; Satalia; Cepione, p.95; Lajazzo; PegoL, p. 44; Acre; ibid. p. 49, et Aaaiaes de Jérusalem, II, 175; enfin Chypre; PegoL, p. 64.
° Par exemple Jord. C'atal. , p. 57 ; la Oarte catalane, p. 119.