C. III. TrSrieonde
en forme de rectangle allongé, située sur le plateau qui domine le port de Trébizonde. Le Château des lions, contigu à cette place, formait une avancée sur la mer et commandait le quai appelé Daphnns. On voit encore, en cet endroit, de puissantes substructions qui passent pour être ^œu^Te des Génois.' Par sa situation dans le voisinage du port et sur une hauteur d’où l’on dominait la ville, ce terrain offrait de nombreux avantages et nous verrons tout à l’heure à quel point les Génois y tenaient. Cela ne les empêcha cependant pas, quelques années après l’avoir obtenu, d’élever de nouvelles prétentions. Ils trouvaient ridicule qu’un si petit prince les obligeât de soumettre leurs marchandises à la visite de ses douaniers, quand le souverain d’un grand empire comme celui de Byzance leur avait garanti l’exemption de tous droits. Us envoyèrent une ambassade avec mission d’obtenir un dégrèvement pour leur commerce. L’empereur Alexis II n’était nullement disposé à des concessions de ce genre. Les Génois firent mine alors de vouloir rompre toutes relations avec Trébizonde; tons ceux qui avaient des établissements dans la ville firent à grand bruit leurs préparatifs pour embarquer tous leurs biens mobiliers sur une flotte marchande ancrée dans le poit. Alexis ne se laissa point intimider par cette démonstration; il comprenait parfaitement que la rupture de ce trafic serait plus préjudiciable au commerce des Génois qu’à son trésor; il déclara donc qu’il les laisserait partir bien volontiers, mais seulement quand ils auraient payé les droits restant à acquitter sur les marchandises précédemment importées. Les Génois répondirent par un refus formel et n’en mirent que plus de hâte à procéder à rembarquement de leurs colis. L’empereur fit marcher des troupes pour les contraindre à l’obéissance; il en résulta une échaufiburée où le sang coula et où les Génois furent fort maltraités. Ils tentèrent de faii-e une diversion en mettant le feu au faubourg; malheureusement pour eux, l’incendie atteignit les marchandises entassées pour eux sur les quais: il y en avait assez pour charger complètement les douze navires qui les attendaient dans le port. Ces pertes en hommes et en matériel les décidèrent à faire la paix et à subir les droits de douane jusqu’à nouvel ordre.’ Ces événements se passaient en 1306. Mais les difficultés ne tardèrent pas à renaître. Dans sa chronique de Trébizonde, Michel Panarétos rapporte qu’en 1311 les Latins se muti-
localité n’était, en réalité, qu’un faubourg de Trébizonde ; cependant, V Allante Ltixoro l'indique à part, sous h nom de Medan:
Atii délia isoc. Lig., V, 132, 263.
* Fallmerayer, Fragmente aus dem
Orient, I, 48 et s.; du même, Orig. Fragm., Op. cit., p. 83, 84, 89 et 8. J Hamilton, Tieite in Kleinasien, I, 229.
’ Pachymeres, U, 448 — 460.
98 Deuxième période. — il. Développement du commerce du Levant.
nërent et que, dans la chaleur de la lutte, ils incendièrent l’arsenal maritime.‘ A mon avis, ces Latins ne pouvaient être que des Génois. En effet, les années suivantes furent marquées par une série de conflits armés entre Gênes et Trébizonde. Pour venger l’incendie de son arsenal, Alexis n organisa, en 1313, de compte à demi avec Ghazi Tchélébi, seigneur de Sinope, une expédition en Crimée; les Génois de Gaffa et d’antres localités de ce pays furent très maltraités en cette occasion. Des vaisseaux partis de 'Trébizonde donnaient la chasse aux navires génois dans la mer Noire; de leur côté, Ottaviano Doria, Acellino Grillo, Megollo Lercari’ et autres marins génois coulèrent un certain
' Panaretof, dans Fallmerayer, Orig.
Fragm., Op. cit, p. 16, 46.
* Au nom de Megollo (ou Domcnico) Lercari se rattache une histoire: Bartolomeo Senarga (mort après 1614) la rar conte dans une lettre écrite au célèbre Pontanus (èd. Desimoni, Âtti delta Soc.
lig., XTTT, 496 et ss.), et Agoat. Oiustiniani (f 1636) l'a insérée dans ses Ânnexli di Oenova, à l'année 1380 (éd. de 1637, p. 148 et s.). La voici en résumé: Un certain Megollo Lercari avait gagné la confiance de l'empereur de Trébizonde et jonissait d'une haute situation à la cour: insulté gravement par un courtisan grec, son ennemi, qui s'était même oublié jusqu'à le frapper, il demanda, mais inutilement, à l'empereur, la punition du coupable: déterminé à se faire rendre satisfaction lui-même, il partit pour Gênes; là, ses parents et ses amis lui fournirent les moyens d'équiper deux vaisseaux avec lesquels il mit à la voile pour Trëbizonde; mais c'était en ennemi qu'il y reparaissait: malheur à tout habitant indigène de Trébizonde qui lui tombait sous la main; il n'était mauvais traitement qu'il ne lui fit subir, jusqu'à ce que l'empereur se ffit décidé à lui livrer celui qui l'avait insulté. Mais ce n'était plus de cela qu'il s'agissait: Lercari le renvoya avec le plus profond mépris et s'adressant directement à l'empereur, il déclara renoncer à toute satisfaction pour lui-même, et se contenter de faveurs pour la colonie commerciale de ■on pays. Telle est Thistoire que Gius-'
tiniani rapporte dans ses Annales: il est évident que c’est un morceau à part, qu’il y a intercalée de force sans se préoccuper de rompre l’unité de son récit Encore faudrait -il savoir s’il a eu raison de le placer à l’année 1380: M. Desimoni en doute, quoiqu’il soit prouvé qu'il existait deux Megollo Lercari à la fin du XIY° siècle. Le savant historien préférerait reconnaître le héros de cette histoire dans le Lercari cité dans notre texte, ce qui obligerait à la reculer jusqu'à une époque comprise entre 1314 et 1316. Effectivement, dans le traité de 1316, l'empereur Alexis II promet l’oubli des maux causés à ses sujets par un certain Megollo Lercari. Quant à moi, tout cela me fait l’effet d’un petit roman historique où il n’y a de vrai, tout au plus, que les courses exécutées dans la mer Noire, vers 1316 par un Megollo Lercari. Si l'histoire disait vrai, Lercari aurait été le principal auteur des nouvelles faveurs accordées aux Génois; or, on ne peut découvrir rien de semblable dans le traité de 1316: en outre, ai noua cherchons la nature de la nouvelle faveur accordée aux Génois, nous trouvons que Senarega et Giustiniani parlent d'un fondaco à construire aux frais de l'empereur, avec ou sans bain et four à pain, tandis que, dans le traité, il est question d'un terrain où les Génois pourront construire un quartier fermA Autre chose: d'après l'anecdote en question l’empereur aurait dû consentir à l'humiliation de faire exécuter dans l’intérieur du