‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 193 sur 251 · II. Produits naturels. — Gomme laque · texte numérisé non relu

II. Produits naturels. — Gomme laque

mûre avant sa maturité et dure au toucher; 2® la lacca matura ou laque mûre, de couleur rouge sang foncé, comme la mûre après maturité, et se brisant facilement sous le doigt; 3® la lacca comunale intra acerba e matura, espèce intermédiaire entre les deux précédentes.* La gomme laque arrivait sur le marché soit à l’état brut, c’est à dire dans l’état originel, et renfermant encore des éclats de branches, ce qui lui donnait un aspect peu tentant pour l’acheteur,» soit moulée après avoir été ramollie sur le feu. De là, une autre classification en lacca cruda et lacca cotta.^ Enfin, on vendait encore à part, sous le nom de polvere cU lacca, une poudre formée de particules détachées de la partie extérieure de la croûte, et, sons celui fiori di lacca, une autre marchandise que nous soupçonnons être de la gomme en grains.*

Le nom même de la gomme laque décèle son origine, car il est dérivé de l’indien làxâ ou lakkha^ (en grec Xôhkoç). Si je ne me trompe, Niccolo Conti fut le premier voyageur européen qui vit la gomme laque sur le lieu même où elle se formait® En même temps qu’il rapporte la découverte, il nomme les principaux marchés sur lesquels s’écoulait cet ai-ticle; les choses n’ont pas changé dans la suite des temps: c’étaient Calicut» et Cambaye.® Mais ceci ne nous fait pas connaître le lieu réel de production. La partie occidentale de l’Inde n’a jamais produit beaucoup de gomme laque. Les provinces du centre de la péninsule, composant le royaume de Narsinga, étaient, sons ce rapport, un peu plus favorisées de la nature;» puis venaient la côte de Coromandel*® et, au nord, le bassin du Gange.** Mais le véritable pays de production, celui qui fournissait les plus grandes quantités, était rindo- Chine, aussi bien dans les provinces de Pégou, de Martaban et de Ténassérim que dans la Birmanie et le royaume de Siam.*' On

' Pegol., p. 308 , 314 et b., 368 et s. Voy. aufui Uzz. et Chiarini, op. cit. Ces écrivains parlent d'un état de la gomme qui, suivant eux, n’aurait pas été encore mûre, tandis qu'elle devait être trop mûre, c’est à dire qu’on devait l’avoir recueillie à un moment où la couleur était déjà résorbée en partie : voy. Brandt et Batzeburg, 1. c., p. 928.

’ Pegol., p. 366; Garcia de Orto, p. 158.

’ Pegol., p. 297. ‘‘Lacha cruda“: Lib.

dirers. art. Montp., lib. I, cap. 9, p. 764.

* PegoL, p. 298, 308, 366.

* Lassen, Ind. Alterth., 1, 317; III,

‘ Éd. Kunstmann, p. 48 et s.

’ &n>morio, p. 325, b ; Semigi,p. 120, a; Uassari, p. 27.

" Hier, da S. Stefano, p. 346; Varthema, p. 157, a; Sommar., p. 327, a; 328, a; Hassari, p. 26; Nilcitin, p. 21.

‘ Barbosa (p. 317, a) établit une comparaison entre le produit du royaume de Xarsinga et celui de Martaban.

lioleiro da riagem que fex Vaseo da Qama, p. 109.

" Balbi parle d'une laque jaune du Bengale; de Bry’s Reisen, p. 39.

” Varthema, p. 166, a; Roteiro, p. 112; Corsali, p. 180, a; Barbosa, p.316, b, 317, a, 323, a; Empoli, p.80; Sommario, p. 334, b, 335, a, 336, a; Federici, p. 395, b' Balbi^

626 Supplément I. — Articles ^échange etdre VOrient et l’Occident.

troavait aussi beaucoup de gomme laque dans l’ile de Sumatra et c’était bien un produit indigène, quoi qu’on dise Garcia de Qrto.>

La “lacea martabani“ et la “lacca Sumutri“ constituaient deux articles distincts qui paraissent avoir été très répandus dans le commerce de l’Orient* Dans celui de l’Occident au Moyen-Âge, je ne trouve, au contraire, aucun exemple d’épithète accolée au nom de la gomme laque pour déterminer son origine. Pegolotti seul joint parfois l’épithète chonbaiti ou ganbainti* au nom de l’espèce qu’il qualifie lacca matura: peut-être est-ce une altération du nom de Cambaye, qui serait alors le lieu d’origine de cette espèce particulière. Il est également hors de doute que l’Occident recevait de la gomme laque de Calicut par Âden et Alexandrie.^ Or, comme la gomme laque de Martaban üdsait concurrence sur le marché de Calicut au produit indigène (lacca dd paese),^ comme, en outre, les Gou^'erati, qui tenaient le haut du pavé sur la place de Cambaye, envoyaient leurs propres navires en chercher à Martaban," on peut être certain que la gomme laque de l’Indo-Chine arrivait en Europe par Calicut et par Cambaye.

Notons, avant de terminer, que l’on a fait parfois une confusion entre la lacca (gomme laque) et la grana (graine d’écarlate, kermès). Pour en citer un exemple la lacca di Bomania (gomme laque de Grèce) ne pouvait être produite que par le Coccus Hiàs (puceron du kermès) et non par le Coccus Lacca.

De l’usage de la gomme laque, nous nous bornerons à dire en deux mots qu’on l’employait dans les industries de la teintuie et du polissage ’ et en médecine."

Indigo.

L’antiquité connaissait déjà la matière tinctoriale que l’on extiait des plantes du genre Indigofera, et lui avait donné un nom dérivé de celui du pays qui la produisait Au Moyen-Age, le grand marché de

1. c.; Qarcia de Orto, p. 158 j roy. eacore Bitter, Asien, IV, 388, 931, 1111.

‘ Boncinotto, p. 108, b; Varthema, p.

167, a; Roteiro, p. 110, 118 Q'auteur écrit “Pater“ pour Pédir dans l’Ue de Sumatra). Voy. encore Crawfurd, Eût. of the butian arMpdago, III, 487; Wieener, Oummi- Arien, p. 140.

' Barbota, p. 817, a; Garda de Orto, l.c.

* Sommario, p. 896, b; Roteiro, p. 116; Pegol., p. 66. Plus tard la gomme laque fut apportée par les navires portugais qui faisaient le tour du cap de Bunne-

Espéranoe: Quicciardini, Opert inédite, VI, 823; Semigi, p. 190, a. Lettre d’Âméric Vespuce, publ. par M. Baldelli Boni dans l’introduction de son édition de Marco Polo, p. Iviii.

* Barbosa, p. 898, a.

* Sommario, p. 336, a.

’ Lib. dirert. art. Montp., lib. I, cap. 9, p. 754.

' “Dialacca, Lacktinctur", dans FlUckiger, Nôrdlinger Regûier, p. 19, et dans Âmatus Lusitanus, Comment, in Dioeeor., lib. I, enarr. 93.

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