‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 197 sur 251 · IV · texte numérisé non relu

IV

IL Produit» naturel». — Noix muscade et maci».

et autres épices, il nomme la noix muscade.^ On s’est demandé souvent si ce nom de Orande-Java désignait dans sa pensée l’île que nous nommons actuellement Java, on celle de Bornéo.* La question n’a pas été résolue; mais, quoi qu’il en soit, connaissant l’état peu avancé de la civilisation dans ces régions k l’époque du célébré voyageur, on pourrait k bon droit s’étonner que la culture du muscadier eût été dès lors transplantée du cercle restreint formé par les petites îles où il a pris naissance, dans l’une des grandes îles de l’archipel indien, œuvre entreprise plus tard par des colons européens et couronnée de succès. On force d’ailleurs peut-être le sens des expi'essions de Marco Polo en lui faisant dire que toutes ces espèces étaient des produits du sol de la Orande-Java; ces objets, dont Marco Polo enviait la possession aux habitants de l’île, qu’est -ce qui nous empêche d’admettre que les uns étaient indigènes, les autres étrangers et que la noix muscade et les clous de girofle faisaient partie de la deuxième catégorie. Nous pouvons faire la même observation à propos des relations des missionnaires Odcrico da Pordenone et Jordanns Catalani et du florentin Giov. da Empoli; nous y lisons, entre autres détails, qu’on trouvait la noix muscade à Java; mais nous pouvons soupçonner qu’ils ont confondu dans leur énumération des produits venus à Java soit d’antres iles de l’Ârchipel, soit de rindo-Chine, avec ceux de l’île elle-même.* La fameuse Carte Catalane, œuvre du XIV* siècle, attribue k l’ile de Sumatra le nom de Java, on plus exactement Jana; dans la légende relative à ses produits nous trouvons la “nou moscada" et le “macis"-,* mais, ici encore, il nous semble qu’il y a une confusion entre les produits indigènes et les pi-oduits étrangers. Du moins, il serait difficile de démontrer que l’acclimatation du muscadier, tentée de nos jours avec succès par les Anglais dans l’ile de Sumatra,* ait eu des antécédents au Moyen-Age, et la chose n’est pas probable. Niccolô Conti (XV® siècle) d^uvrit le premier que, dans la recherche de la véritable patrie de la noix muscade, on n’avait pas abouti faute de chercher assez loin: il fit connutre qu’on la trouverait encore plus à l’est, dans l’Archipel indien, et que ce n’était ni Sumatra ( Sciamuthera), ni Java (Java minor), ni Bornéo (Java major), mais une île qu’il nomme Sandû'.* Lui-même n’avait pas poussé

' H. Panthier affirme qu’il ne peut y avoir de doute, qu’il ne peut fitre question que de l'ile de Java; néanmoins, je doute encore, d’accord en cela avec U. Peschel, Oeseh. der Erdk., p. 160 et s.

' Oderico da Pordenone, p. xvii; Jord.

CataL, p. 61, et note de U. Yule sur ce passage; Empoli, p. 81.

' Ëd. Buchon et Tastn, p. 137.

‘ Marsden, Hüfory of Sumaira (1811), p. 146 et 88.

' Conti, p. 46. Sur ce point comme sur d'autres, ce voyageur sert de guide d l'auteur de la Carie de Fra Mauro (éd. Zurla. p. 49).

646 Supijlcmcnt I. — Articles d’écham/e entre TOrient et VOccident.

jusque là, et ses explications sont si peu claires, qu’il est à peu près impossible de deviner quelle île il a bien pu vouloir désigner. Si, nous en rapportant à la consonnance, nous songeons à l’une des îles de la Sonde, nous dépassons les limites du cercle dans lequel croît réellement le muscadier; si nous nous en tenons à ce cercle, nous n’y trouvons aucun nom analogue à celui de Sandaï. J’ignore sur quelle indication s’est basé M. Major* pour admettre l’identité de l’île de Bouro et de Sandaï; mais la situation de cette ile, à l’extrémité occidentale du groupe des Amboines, donne une grande vraisemblance à la solution proposée par le savant anglais. Effectivement, autrefois le muscadier ne croissait pas uniquement dans les lies Banda; il s’étendait jusque dans les Amboines et les Moluques, et c’est dans ces trois groupes qu’il faut cherche!’ sa véritable patrie.* A l’époque de la domination portugaise aux Indes, la grande ile Banda passait pour être, avec quelques îles voisines, le grand centre de production de la noix muscade;* il en est encore de même actuellement, d’autant plus que les Hollandais ont eu soin de détruii'e tons les muscadiers qu’ils ont pu découvrir dans les autres iles de la région.*

On trouve fréquemment, dans les auteurs, le nom du macis à côté de celui de la noix muscade. Les Allemands le nomment Fleur de muscade ( Mttskatblütke);^ l’origine de cette dénomination est dans une idée fausse qui avait cours au Moyen-Age, en Orient comme en Occident;* on se figurait assez généralement que le macis était la fleur du muscadier. En réalité, c’est une arille qui entoui-e le noyau (noix muscade) et sa coquille et est elle-même entourée par la chair et la peau du fruit Quand le timit a mûri sur l’arbre, elle a une couleur rouge pourpre qui tourne au jaune orangé quand on l’a détachée de la noix et séchée au soleil; c’est dans ce dernier état qu’elle est livrée an commerce. La véritable nature du macis a été connue de très bonne heui'e.* Maundeville et Platearius le comparent à une coquille de

’ Itidia in lhe ccntury (Haklxtyl Society, n° 22), Lond. 1867, p. Ixvi.

’ Crawfurd, Ilûit. of lhe indian arehipeUtgo, I, 605 et s.

’ Varthema, p. 167, b; De Gubernatis, Viaggiatori Hat., p. 169, 170; Serano, p. 837; Barbosa, p. 319, b, 393, b; Pigafetta, p. 166; Federici, p. 391, b, 397, a; Garcia de Orto, p. 178 et ».

* Crawfurd, 1. c.

' “Huscaten blomen“, dan» le» Hanse- Heeense, 2« part, vol. II, p. 236. M.

S<-bHlt/ iDfis liüfierhe ts'hen, I, 989), a

trouvé dan» des poésie» du Mo;en-Age les expressions “Muskat pluot“ et “Muschaten blut“.

• Voy. p. ex. Jacq. de Vitry, p. 1100; Platearius, Qloss. in aniidol. .Vie., p. ccl ; cirea instans, p. ccxliii; Ibn Batouta, IV, 943. Dana le langage des naturels de l’archipel indien eux-mémee, le mot qui désigne le macis signifie fieur de la noix muscade: Crawfurd, 1. c., I, 606 et a.

’ Jacq. de Vitry, 1. c.; Platearius, 1. c.; Isaac ibn Amram (médecin arabe qui vivait vers l'an 900), dans Serapiou, p. 121.

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