II. Produits naturels. — Noir muscade et macis
noisette:* Varthema, Barbosa, Massimiliano Transsilvano,* Pig^afetta* et Garcia de Orto^ en donnent des descriptions encore pins exactes.
Sanuto range la noix muscade et le macis au nombre des épices fines pour lesquelles on aimait mieux faire les frais d’un long transport par voie de terre que de les exposer aux risques de la mer; ces deux articles passaient, à l’origine, par Bagdad et plus tard par Tauris.** Nous les retrouvons dans les bazars de Tauris, de Soultanièh et de Samarkand:* c’est tout naturel. Mais nous constatons aussi leur présence sur le marché d’Alexandrie,* et ceci nous prouve qu’on leui' faisait faire encore assez fréquemment la traversée de l’Océan Indien; d’aiUeurs, ïldrisi® les nomme parmi les articles apportés de l’extrême Asie à Aden. Enfin, certaines sources les signalent à Acre, à l’époque de la domination latine: ils pouvaient y arriver par l’une ou par l’autre voie.’
Il y avait toujours un certain écart entre le prix de la noix muscade et celui du macis. Le macis, plus délicat et plus rare que la noix muscade, se payait aux Indes de cinq à six fois plus |cher au temps de Barbosa,** trois fois plus cher au temps de Garcia de Oi-to.** Sanuto a inscrit dans son journal les prix de divers articles sur le marché d’Alexandrie, relevés par lui dans les rapports adressés à Venise: de temps à autre, nous y trouvons ceux de la noix muscade et du macis; or, le prix du dernier aitide est constamment plus élevé que celui du premier; en 1610 et 1611, il monte et arrive à être plus du double.** On ne sera sans doute pas fâché de savoir si la même disproportion existait en Occident; or nous voyons dans les comptes de la cour de France au Moyen-Age, que le prix inscrit pour une demie livre de noix muscade était douze deniers, tandis que le demi quarteron ou le huitième de livre de macis ne se payait pas moins de trois sous quatre deniers.^* Au Moyen-Age, la noix muscade et le macis étaient d’un emploi très fréquent dans l’art culinaire, d’abord comme assaisonnement dans les mets, puis comme ingrédient dans la préparation du vin d’épices
’ Dans Ramusio, I, 167, b, 319, b, 347, a, 353, a.
* Éd. Amoretti (1800), p. 146.
‘ P. 178 et 8.
‘ Secr. fid. ertte., p. 29, 23.
' Ghistele, p. 310; Clavijo, p. 113, 191. ' PegoL, p. 67.
• Astis, de Jérus., I, 174.
" P. 179. Pour les co*ri relatifii d«
cea articles à l'époque actuelle, voy. Crawfnrd, L c., m. 403.
" Sanut., Diar., IV, 168; V, 36; VI, 64; XI, 66 et B., 104 et as., 897 et as,; XII, 163 et as., 207 et as.
“ Douet d’Arcq, p. 219.
“ Mhuigier de Paris, II, 111. Voir encore pour les prix de ces articles en Angleterre et en France, FlOckiger and Hanbury, Pharmaeograpkia , 9« éd. , p.
603 et a.
648 Supplément I. — Articles dêchange entre TOrient et TOceiâent.
(hypocras).' Dans un livre de cuisine allemand du XV* siècle, intitolé “Bwih von guter 8peise“, nous lisons que pour faire une “bonne farce" il faut y mettre de la galanga (gaJgan ), du poivre, du gingembre ( Ingeber) du cumin, des clous de girofle (negdin) et du macis (Muscatblumen).*
Perles.
Ân Moyen-Âge, comme de nos jours, les pêcheries de perles étaient concentrées sur deux points de l’Océan Indien: le golfe Persique et le détroit qui sépare l’Inde de l’île de Ceylan. Nous nous bornerons à parler de celles-là, laissant de côté quelques bancs secondaires dispersés çà et là.®
En entrant dans le golfe Persique, on rencontre tout d’abord, au delà du détroit d’Onnouz, la côte des Pirates, où s’élevait au temps d’Edrisi une certaine ville de Djolfar,* et, en avant de cette côte, un groupe d’îles connu des géogiaphes arabes sous le nom de Kithr ou Rotor.® Ce groupe d’Ues ® et Djolfar ’ étaient fréquentés au Moyen-Age à cause de l’existence dans leur voisinage de bancs d’huîtres perlières qui sont encore exploités de nos jours par les habitants du pays environnant’’ En remontant un peu plus haut dans le golfe, on en rencontrait d’autres plus célèbres encore, ceux de l’île de Bahreïn. Le véritable nom de cette île, au Moyen-Age, était Aval et, Bahreïn n’en était que la ville principale. Chaque année au moment de la saison de la pêche des perles, des marchands des pays voisins s’y donnaient rendez-vous; ils louaient sur place des bateaux avec leur équipage de plongeurs et de pêcheurs, et la flotille, généralement ti'ès nombreuse, partait à la recherche d’un banc de perles: quand on l’avait trouvé, on jetait l’ancre, on exploitait le banc, puis on passait à un deuxième et ainsi de suite: les bateaux restaient dehors jour et nuit, jusqu’à ce que les marchands qui les avaient loués eussent rempli leur escarcelle. Revenus à terre, ceux-ci triaient leurs perles, en faisaient trois catégories suivant leur grosseur, en vendaient une partie et emportaient le reste.® Sans s’é-
‘ Ménagier, 1. c., p. 118, 148, 166, 160, 880, 836, 848 et a., 878 etc.; Schultz, Dos hofisehe Leben, I, 306.
’ Bibliothek des Ut. Vereins, IX, 11.
' P. ex. à Damar, entre Khalat et Szohar, sur la cOte d’Oman (Edriai, I, 161 et g.), 4 Âden (leetachri, p. 17), à Soufara (Sofala), dans le golfe de Cambaye (Albirouni, dans le Journ. asial., 4* série, rv, 867; Edrisi, I, 171).
* Ritter, Asie», XII, 379, 389.
‘ Ibid. p. 890.
' Hafoudi, I, 388; cf. ibid. 839; Edrisi. 1, 167.
’ Edrisi, I, 167; Barbosa, p. 894, a; Empoli, p. 81, 86; Oarcia de Orto, p. 883.
* Ritter, op. cit., p. 691 et ss., d'après Whitelock.
' Tel est le tableau des pêcheries de perles d’Aval on Bahreïn, d’après Edrisi, I, 378 et SS., et Ibn Batonta, II, 844 et SS. Aboulféda (Oéogr., II, 8, p. 189) parle
IL Produits naturels. — Perles.
loigner beaucoup de lHe de Bahreïn, on rencontrait encore une autre pêcherie de perles en face de la ville d*® Katif.* Citons encore, sur la rive opposée du golfe, en face de la ville d’Abouchehr, llle de Earek (Karrak), où l’on avait parfois la chance de trouver, parmi des perles généralement inférieures, des échantillons magnifiques,* et, enfin, en appuyant vers l’est, les pêcheries des îles de Lar (act Boucheab)* et de Kich (act Kenn).‘
L’auti-e grand centre de pêcheries de perles est situé entre l’île de Ceylan et le continent indien. Les écrivains de toutes les époques en ont pai'lé. Au Moyen-Age, les géographes arabes les plus anciens citent déjà les bancs de perles de la côte de Ceylan. “ A l’époque d’Albirouni, c’est à dire vers la première moitié du XI« siècle, on les croyait épuisés,' mais Edrisi pouvait déjà citer les perles de grand prix pêchées à Ceylan, et, au moment où le missionnaire Jordanus Catalani se trouvait aux Indes, la pêche donnait de nouveau, dans ces quartiers, de si beaux résultats, qu’elle occupait souvent plus de 4000 barques pendant trois mois de l’année.’ Ici, comme dans le golfe Persique, les bancs sont répartis le long des deux rives du golfe de Manaar. Du côté droit, c’est à dire sur la rive occidentale de Ceylan, ils s’étendent depuis l’ile de Manaar jusque vers Chilaw.' Entre ces deux points extrêmes s’élève la ville de Poutlam: M. Yule admet' l’identité de cette viUe et de celle de Betelar, point de départ des pêcheurs de perles au temps de Marco Polo. Les souverains du royaume de Maabar sur la côte indienne considéraient alors ces bancs comme leur propriété et se réservaient une part considérable des produits de la pêche: c’étaient aussi des marchands de Maabar, et non de Ceylan, qui en avaient l’entreprise.’® Les choses paraissent avoir changé bientôt après, car lorsqu’ Ibn Batouta visita Ceylan, le propriétaire des pêcheries
avec éloge de cee bancs de perles. Barbosa les mentionne également, p. S93, a, 894. a.
‘ Âboulf., Qéogr., II, 1, p. 136; Benj. de Tudèle, p. 187.
’ Maçoudi, I, 239, 328; Isstachri, p. 18, 73; Kazwini, trad. Ethé, I, 1, p. 236; Abonlf., Oiogr., H, 2, p. 129; Teifachi, dans Ravins, Speeimen, p. 68 ; cf. Clément- Unllet, dans le Joum. aeial., 6* série, XI, 86.
• Yaqout, p. 501 et s.; cf. Bitter, Vin, 778.
* Ibn Khordadbéh, p. 283; Edrisi, I,
168; Yaqout, p. 500; Âboulf., Qéogr., n, 8, p. 129 et s. ; Ibn Batouta, IV, 168 et s.
‘ Relat.. p. 5, 6; Uaçoudi, I, 328; Ibn Khordadbéh, p. 286; Isstachri, p. 18.
* Joum. asiat., 4® série, IV, 267.
’ Edrisi, I, 72; Jord. CataL, p. 49.
' Ritter, Aaien, VI, 161. Pour tracer la limite de la région dans laquelle sont renfermées les pêcheries de perles, Federici (p. 390) tire une ligne “da Cao Comeri (cap Comorin) aile basse di ChUao“.
’ Yule, Marco Polo, II, 274, traduction et commentaire.
Polo, éd. Pauthier, II, 603 et ss.
660 Suppiétnenf I. — Articles ^échange entre T Orient et T Occident.
était un prince cinghalais et le célèbre voyageur put lui dire en guise de compliment que les perles de Kich ne valaient pas celles de Ceylan.‘ Jusqu’au XIV® siècle, on ne connaissait guère que les pêcheries de pt'rles de Ceylan, c’est k dire du côté droit du golfe de Manaar; k partir du XV et du XVI®, leur réputation commence à s’effacer devant ceUe des bancs de Cail.* On voit encore les ruines de cette ville au point nommé Vieux Kayl, à un mille anglais et demi au-dessus de l’embouchure du Tamrapami, dans le district de Tinevelly.* Après avoir joui pendant longtemps d’une grande importance comme port de mer et comme place de commerce, la ville de Cail a été minée par l’ensablement progressif du rivage qui, en l’éloignant de la mer, a déterminé sa population à l’abandonnei'. Son nom ne sert même plus à désigner les bancs de perles de ce côté du golfe; celui de Toutocorin l’a remplacé; ils sont, d’ailleurs, loin d’avoir la même étendue que ceux du côté de CeylanJ A l’époque de l’arrivée des Portugais, les pêcheries de Cail étaient en pleine prospérité et des flottes de pêcheurs quittaient son port deux fois par an pour aller exploiter' celles de la côte de Ceylan. Le roi de Koulam, dont Cail était la résidence, avait affermé les pêcheries de cette partie du golfe k un grand marchand arabe et faisait surveiller celles de Ceylan par* un agent; il se réservait toutes les grosses per-les; les petites étaient livrées aux marchands de Cail, qui avaient une réputation d’habiles joailliers.^
Nous ne nous arrêterons pas k discuter la question de savoir si l’Occident recevait des perles des Indes: celles qu’on trouvait sur les marchés de la Mecque*’ et d’Alexandrie’ en venaient sans doute pour la plus grande partie. Quant k celles qui arrivaient du golfe Persique en Perse, en Mésopotamie, en Asie-Mineur-e ou en Syrie, elles pouvaient également avoir été pêchées aux Indes et apportées par les vaisseaux qui remontaient le golfe. Cependant, il est probable qu'au point de vue du nombre, les perles du golfe Persique occupaient la première place sur le marché européen. Dans un ancien supplément à la relation de Marco Polo* dont il n’est pas impossible qu’U soit ni - même l’auteui', nous lisons que la plupart des perles qui arrivaient des Indes dans les pays chrétiens avaient été percées à Bagdad.
' rV, 168 et 8. Oderico da Pordenone (p. xxi) parle également avec éloges des perles de Ceylan.
’ Couti, p. 38; Nofeiro, p. 109; Vartbema, p. 163, a; Barbosa, p. 301, 314, b; Empoli, p. 79.
’ C’est ce qu’a démontré le premier >1. Yule: Marco Polo. II, 307 et 8.
‘ Ritter, Asien, VI, 10 et s., 163.
* Barbosa, p. 314. a, b. Voye* le détail extrait d’un manuscrit complet de Barbosa et communiqué dans les notes du Rolriro. p. 171 et s.
' Vartbema, p. 161.
’ Pogol., p. 67.
” Texte dans Bainusio, U, 5, b.
IL IVoduits naturels. — Pierres jyrécieuses.
Contrairement à cette affirmation, un écrivain postérieur, Clavijo, prétend que nnlle part on ne s’entendait à percer et à monter les perles comme à Ormouz, et nous devons dire que, sur ce point, il s’appuie sur le témoignage unanime des marchands chrétiens et arabes; le même écrivain décrit la fabrication des bijou: de perles à Tauris.* Tauris, Soultanièh, Samarkand, Bagdad, grandes villes commerciales en communications constantes avec le golfe Persique, étaient aussi les principau marchés pour les perles.*
A l’époque de Pegolotti, le commerce des perles était assez sérieusement entravé en Occident pai- les lois somptuaires édictées par les princes et par les autorités des villes.' D’ailleurs, le prix en était trop élevé pour qu’elles devinssent d’un usage commun. Cependant, l’étude des inventaires des rois de France a révélé à M. Douet d’Arcq deu faits intéressants: d’abord que ces princes possédaient des quantités surprenantes de perles,‘ et, en second lieu, que toutes ces perles n’étaient pas d’origine orientale: quelques-unes venaient déjà de ï’Écosse.'
Pierres préoleuses."
Avant la découverte du Brésil et l’exploration des monts Ourals, on ne connaissait dans le monde qu’un seul continent qui renfermât des gisements de pierres précieuses, l’Asie, à laquelle il faut joindre encore l’Égypte; mais celle-ci, par sa situation, était à moitié asiatique. Commençons par elle la recherche des lieux où se trouvaient ces gisements.
La Haute- Egypte avait des mines d’énuraudes qui furent exploitées sur une vaste échelle dans l’antiquité, et, dès une époque reculée,
' Clavijo, p. 116.
’ PegoL, p. 8 , 306; Clavijo, p. 114, 191; Ohistele, p. 310; Viaggio d’un mrreante che fu tuUa Pertia, dans Bamusio, n, 83, b. Voy. encore Teifachi, dans Clément-Mullet, Bissai stur la minéralogie arabe: Joum. asial., 6® série, XI, 603
* Douet d’Arcq, p. 396.
* Voyez encore Vlnrenlaire de Charles V, roi de France, dans la Reçue archéologique, 1860, p. 600, 507, et éd. Labarte, p. 36 , 40 etc.; Lacroix et Seré, Hisl. de l'orférrerie-joaillerie (Paris, 1860), p. 46.
' -\u moment de rédiger ce chapitre.
j’ai regretté de ne point avoir sous la main un ouvrage très rare, intitulé: Fior di pensieri sulle pietre prexiose di Ahmed Teifashüe, originale arabo, Iraduxione ilaliana e note di Raineri, Fir. 1818.
Ce Teifachi vivait au XIII® siècle, et son œuvre est la plus considérable de celles qui ont été écrites en arabe sur les pierres précieuses. Heureusement, M. Clément- UuUet a pu la consulter pour son Essai sur la minéralogie arabe, publ. dans le Joum. asial., 6® série, XI; il avait même é sa disposition un texte plus complet que celui de Raineri, de aorte que j’ai le droit d'espérer que je n’aurai laissé échapper rien d'essentiel.
652 Su}yplêmeni I. — Articles d'échange entre TOrient d TOccidenf.
les produits de ces mines étaient expédiés vers l’Inde.' Suivant Maçoudi, on en tirait deux sortes d’émeraudes; l’une se vendait aux rois des pays riverains de l’Océan, tels que l’Inde, le Sind, l’Abyssinie et la Chine; ils aimaient à s’en parer et on la désignait pour cette raison sous le nom de hahri qui signifie transmarines; l’autre était passionnément recherchée par les souverains de l’Europe, d’où le surnom maghrebi ou occidentales.* Ces mines d’émeraudes étaient situées sur la frontière de l’Égypte et de la Nubie,* en un point nommé Kharbah (c.-à.-d. la raine), dans la province de Kibt, à sept jours de marche du chef-lieu de cette province, à laquelle il donnait son nom (l’ancienne Koptos),* à peu près à la latitude d’Assouan,* au milieu de la chûne de montagnes qui court dans le désert entre le Nil et la mer Konge.* Le territoire appartenait à la tribu nomade des Bedjah, mais les mines étaient exploitées pour le compte des sultans d’Égypte qui y entretinrent des ouviiers jusqu’en 1369; à cette époque, elles furent abandonnées, sans doute parce que le rendement en était trop faible.* Outre l’émeraude et l’aigue marine (béryl) qui est sa compagne ordinaire, le sol de l’Égypte renfermait encore des rubis: en 1270, on en découvrit une mine auprès du village de Thara, à quelques lieues au sud du Caire.* C’était peut-être de là que venaient les “rubis d’Alexandrie“ dont il est assez souvent parlé dans les sources du Moyen-Age.®
' Cosnuw. éd. Hontfaucou, p. 389; Relat., I, 163.
’ Maçoudi, III, 44 et a.
’ Clément-MuUet , 1. c., p. 72, d'après Teifachi.
* lla^udi, ni, 43 et s.
‘ Clément-Mullet, 1. c., p. 72, 73, not. 1 ; Edrisi, I, 36. Teifachi indique en réalité deux localités, mais elles devaient 6tre très voisines. Calcaschandi parle d’un mont Farsanda, situé à huit jours de marche de Kous et où, d'après lui, se trouvait une caverne d'où l’on extrayait des émeraudes (Abh. itrr Oea. der UYaaenaehafien in O'ottingen, XXV, 13, 31, 169); il s'ajdt évidemment encore du même gisement.
* Ihn Beitar, trad. (corrigée) Dozy, dans la Zeitachrifi der deutaehen morgenlandiaehen Oea., XXUI, 199; Teifachi, op. cit. La partie de la montagne où se trouvent les mines porte actuellement
le nom de Sabourah; Caillaud y a découvert les testes d’une vaste exploitation.
’ Quatremère a réuni dans ses Mêm.
aur l’Égypte, U, 173 et ss. (cf. Il, 136 et SS.) les passages des auteurs arabes qui ont parlé de ces mines. Il faudrait y joindre maintenant celui de Chems-eddin, p. 396. Certains auteurs occidentaux en avaientégalement connaissance : voy. Wilh. von Boldensele, p. 949; Nice, da Poggibonsi, II, 61. Ce dernier parle de l’exploitation des mines par le sultan comme si elle avait encore continué de son temps (1346).
D’après Calcaschandi (1. c., p. 13), elle aurait été arrêtée dès 1394 (698 de l'hégire).
" Mohammed ben Hansour, TVailé dea pierrea préeievaea, dans Hammer, Fundgr.
dea Orienta, VI, 112. M. Clément-Mullet a puisé le même renseignement & d’antres sources Q. c., p. 43).
” Douet d’Arcq, Comptée de l’argenterie.
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JJ. Produits naturels. — Pierres précieuses.
Passons à l’Asie. Les gisements de pierres précieuses y étaient si abondants qu’il nous serait absolument impossible d’énumérer tous ceux que signalent les sources du Moyen-Âge; nous devrons nous borner aux plus importants. Â ce point de vue, la Perse était le pays le plus favorisé. Les turquoises y étaient en abondance dans les provinces de Eerrnan' et de Khorassan, et les plus belles se trouvaient dans cette dernière, aux environs de Nichapour.* Il existait d’autres gisements de la même pierre précieuse dans les régions montagneuses du haut Oxus et de l’Iuartc, connues sous les noms de Ferghâna et de Badakhchan.’ Mais cette deimière province était surtout renonunée pour ses lapislaeuli, seule matière employée autrefois dans la préparation du véritable outremer,* et pour une espèce particulière de rubis ou plutôt de spinelles dont nous allons parler un peu plus loin. A vrai dire, le lapis lazuli n’était pas uniquement originaire de cette province: on le trouvait dans d’autres localités encore, que nous nous abstenons de nommer pour abréger; mais celui du Badakhchan était particulièrement estimé et il s’exportait dans le monde entier, à ce que nous apprend Edrisl Nous sommes donc en droit d’admettre qu’il entrait pour une forte proportion dans la composition de l’“azur“ en général et spécialement dans celle de l’azur d’outremer, dit aussi azur de Bagdad, très répandu dans le commerce au Moyen -Age’ et journellement employé par les peintres occidentaux.” Ces régions montagneuses produisaient encore une sorte de rubis qui s’exportait en Occident: le fait est absolument hors de doute. Dans les œuvres des écrivains occidentaux du Moyen- Age, toutes les fois qu’il est question de pierres précieuses,’ il en est
I, 169; n, 86; Inrentaire du mobilier de Charles V, éd. Ubarte (1879), p. 16, 19 etc.
‘ Polo, p. 73; Yule, Marco Polo, I, 87; Fra Haoro, p. 43; Mohammed ben Manaour, op. cit, p. 133; Onaeley, Travtls, I, 911.
’ Ibn Haoukal, trad. Anderson, Joum.
oflhe BengtU Soe., XX (1858), p. 154; Edriai, II, 185 ; Mohammed ben Mansour, op. cit; Tei&chi, dans Clément-Mullet, p. 158 et 8., Clavüo, p. 198. On connait maintenant plus exactement la position de ces mines: elles se trouvaient près de Maaden, à seixe lieues au nord de Nichaponr; Bitter, Brdk., 896 — 380.
' Istachri, p. 180, 138; Aboulf., Otogr., n, 9, p. 916. Cf. lutter, Erdk.. VII, 671, 785, 746, 760; VUI, 396; Clèment-Mnllet, p. 159 et 8.
. * Ibn Haonkal, op. cit, p. 165; Isstachri, p. 190; Edrisi, I, 478 et s.; Aboulf., Qiogr., Il, 9, p. 908 ; Chehabeddin, p. 948 et s., 946; Ibn Batouta, III, 59; Polo, p. 190; Clément-Mullet, p. 198.
* Bourqnelot, Foires, I, 990; Pegol., p. 995 , 378; Vzx., p. 17 , 48, 199. Les livres de commerce mentionnent, après r“azznrTo oltramarino“ , l’^azEurro délia Magna" (azur d’Allemagne), fait d'oxyde de cuivre (Ilg, Cennini, p. 156 et a) et qui passait pour être de qualité inférieure an lapis lazuli (PegoL, p. 878): cf. Merrifleld, Orig. (réalisés, Introd., p. cxcvi et sa.,
’ Liber diters. art. Montp., p. 748; Ilg, op. cit, p. 158 et 8.; Merrifleld, passim, et particulièrment p. 340 et n.
’ Pegol., p. 807; Uzz., p. 989 et as.
664 Supplément I. — Articles cTéchange entre l’Orient et l’Occident.
nne que l’anteur ne manque paa de nommer, c’est le rubis balais, ou balais tout court, balascio en italien, balassius en latin, nom identique avec le balakch des Arabes et dérivé directement de celui de la province de Badakhchan ou Balakhchan;‘ c’est effectivement à l’est de cette province qu’on le trouve, dans des montagnes moins hantes que celles d’où l’on extrait le lapis lazuli.* Les mines d’où l’on tirait ces rubis étaient d’une exploitation difficile;* d’autre part, les souverains du pays se réservaient le droit exclusif d’en disposer et ne les livraient au commerce que par petites quantités, excellent moyen d’en maintenir le prix à un taux élevé ils étaient donc très rares et pai' conséquent ti-ès recherchés. Au point de vue minéralogique, ils appartenaient au groupe des spineUes et on les classait, sous le rapport de la dureté et de l’éclat, à un degré au-dessous des rubis proprement dits (corindons rouges); cependant, ils se distinguaient pai' une couleur vive d’un rouge tirant plus vers le rose que vers le feu.* Sur le marché européen, leur prix restait sensiblement inférieur à celui des rubis proprement dits, surtout quand ils étaient percés,* ce qui était généralement le cas.' On relève fréquemment leur présence dans les inventaires des maisons princières et dans les comptes des rois.*
Les Indes ont été de tout temps la patrie des pierreries les plus fines. Commençons par l’Inde proprement dite. Le marché de Cambaye recevait de l’intérieur de la péninsule des calcédoines, des cornalines et des grenats;* il parait que la cornaline s’exportait en quantités considérables vers l’Europe par la voie d’Égypte.'® Dans les environs de Sindan (au-dessus de Bombay) et de Cambaye, dans les états du roi Balhara de Mankir, il y avait, du moins au temps de Maçoudi," des
' Ibn Haoukal, op. cit, p. 166; Edrisi, I, 478; Cbefasb-eddin, p. S43 et s.; Ibn Batonta, HI, 69, 86; Cberef-eddin, Hisl. de Timourbee, III, 867; Polo, p. 118 et b.; Clavüo, p. 189 et b.; Clément-MuUet, p. 116 et B. Voy. aosBi les notea de Quatremère, dane Bon éd. de Hakrizi, H, 1, p. 71, et dans celle d’Âbderrazzak, Not. et extr., XIV, 1, p. 299 et s., 490 et ss.
’ La carte n° 3 jointe à l’éd. de Mareo Polo de U. Yule permet de déterminer exactement la situation de ces mines de rubis; Polo, I, 168.
* Ctaebab-eddin, p. 946.
* Polo, 1. c.
* Clément-Uullet, 1. c., p. 119; Bar-
bosa, p. 891, b; Klnge, EdeUteink-unde.
p. 284 et SS.
* Pegol., p. 807.
' Uzz., p. 983.
' Entre vingt antres exemples je me bornerai à citer ceux que fournissent les Comptes de M. Douet d’Aroq, p. 194, 168. 169 et VHist. de f or férrerie -joaillerie de MM. Lacroix et Seré (Paris, 1860), p. 77, 88, 86.
• Conti, p. 87 C'Sardonins lapis'* — cornaline); Vartbema, p. 167, a; Corsali. p. 179, b; Barbosa, p. 997, b; Oarcia de Orto, p. 292.
Barbosa, 1. c.
" Maqoudi, ni, 47 et s.: cf. I, 177;
IL Produits naturels. — Pierres précieuses. 666
fisemente A’émeraudes presque aussi belles que celles de la Haute- Egypte; elle arrivaient à la Mecque par Âden et par d’autres poils du sud de l’Arabie, et portaient chez les joailliers la qualification de Mekki. Plus au sud, dans les monts Gbâts, en arrière des côtes de Canara et de Malabar,' on trouvait des saphirs, moins parfiaits, il est vrai, que ceux de Ceylan.* Mais, de toutes les pierres précieuses énumérées jusqu’ici, aucune n’approchait de la plus précieuse de toutes, le diamant. Les gisements se trouvaient dans la partie orientale de l’Inde, dans cinq districts bien distincts, renfermés entre le bassin du Pennair et le cours moyen du Gange, en d’autres termes entre le 14' et le 26' degrés de latitude septentrionale. Tons les gisements actuellement connus l’étaientils aussi pendant le Moyen-Age? il serait hasardé de l’affirmer. Marco Polo désigne comme le seul pays où l’on trouvait le diamant, et peutêtre avait-il raison pour l’époque où il écrivait, le royaume de Moutfili, nommé par d’autres auteurs empire de Télingana’ et auquel il attribue, sans motif plausible, le nom du port de Moutapali (Hotupalle); ce port est située au sud des bouches du Krichna et avait alors plus d’importance que de nos jours; il est porté sur la Carte catalane sous le nom de ButfUis.^ Le nom du Krichna ou Kistua revient fréquemment dans les auteurs postérieni-s à Marco Polo et toujours à propos des diamants. Le motif en est que les mines de diamant qui font la célébrité universelle de Golconde se trouvent sur le cours moyen et supérieur de ce fleuve.* D’un autre côté, Conti, qui visita l’antique Bisnagor (Vigajanagara) rapporte que l’on trouvait des diamants à quinze jours de marche de cette ville en remontant vers le nord.® Cette indication correspond assez exactement à la situation des mines de diamant signalées sur le cours moyen du Krichna, à l’ouest de Golconde.* Certains écrivains, contemporains de la domination portugaise, établissent une distinction entre les diamants de l’antique mine du royaume de Dekan
Lassen, Ind. Aiierth., U, 866, not.; ni,
171, 490 et 8., 636 et s.
‘ Barbosa, p. 382, a; Qarcia de Orto,
’ Valentino (da) Moravia (1616), dans de Oubematis, p. 170: 'Da septentrion délia quai India si è il regno di Tbellembar simili alli gentili (appartenant également aux païens) et trovasi li diamant!.'
* Nous sommes redevables au dernier commentateur de Marco Polo, M. Yule (n, 297), de ces éclaircissements an sujet de la Mutfili du célèbre voyageur.
* Bitter, Birdk., VI, 360.
‘ P. 57; cf. p. 37. Federici (p. 397, a) et Garcia de Orto (p. 218) parlent également de diamants de Bisnagor; Âbderrazzak vit des diamants exposés en montre dans les bazars de cette ville, à c6té de perles, de rubis et d’émeraudes; EUiot, Hist. of India, IV, 107.
• A rapprocher les indications de M.
Lassen, htd. Atterth., IV, 169, an sujet de la situation de Bisnagor, et celles de M. Bitter, 1. c., & propos de la situation du groupe occidental des mines de Golconde.
666 Sujtpliment I. — Articles d’échange entre l’Orient et l’Occident.
et ceux d’une mine nourellement découverte dans le royaume de Narsinga, dont la capitale était précisément cette ville de Bisnagor visitée par Conti; ceux de la première étaient, suivant eux, supérieurs à ceux de la seconde, mais ils ne précisent la situation ni de l’une ni de l’autre. ‘ On classait encore après les diamants du royaume de Narsinga les diamants jaunes des environs de Paleacate, actuellement Poulicat, au nord de Madras.’ Ceci prouve qu’au XYP siècle, on exploitait déjà le plus méridional des gisements de diamants actuellement connus dans l’Inde.’ En général, la production des mines de diamant devait être beaucoup plus considérable au Moyen-Âge qu’à l’époque actuelle: on sait quelles quantités en possédaient à eux seuls les souverains mahométans de l’Inde. Mais, si considérable qu’elle fàt, il n’en arrivait qu’une faible partie en Occident Cependant, il n’était pas de prince en Europe qui n’en eût quelques-uns parmi ses bijoux. A la cour de France et surtout à celle de Bourgogne, les ouvriers habiles à tailler et à polir le diamant ne manquaient pas d’occupation; à Paris et à Bruges, par exemple, ils formaient une corporation spéciale.^ Barbosa nous donne un tableau des valeurs des principales pieires précieuses au commencement du XYI* siècle;’ il en ressort une différence énorme en faveur du diamant B n’en était pas de même au XTTT» siècle, à l’époque où Teifachi s’informait du pinx des pierres précieuses sur les marchés de Bagdad et du Caire: le prix moyen du rubis était alors supérieur à celui du diamant’
 propos de mbis (corindons rouges), il nous reste précisément à chercher leur pays d’origine. On sait que le sol de Ceylan recèle une variété infinie de pierres précieuses, quelques-unes de grande valeur. Les principaux gisements sont concentrés dans le groupe montagneux qni s’élève au centre de l’île et que domine de toute sa hauteur le pic d’Adam.’ Les torrents qui descendent de ces montagnes entraînent les pierres précieuses et les déposent dans les vallées et dans les plaines jusqu’au bord de la mer. Dans la partie méridionale de l’ile, il suffît de gratter le sable des ruisseaux ou le sol d’alluvion de la plaine, pour mettre au jour des pierreries de tonte sorte, à l’exception du diamant.
* Barbosa, p. 321, b; Garcia de Orto, 1. c.; cf. Barbosa, p. 801, a; Vartbema, p. 168, a.
* Corsali, p. 180, a.
* Ritter, VI, 348 et s.
* Laborde, Notice des émaux, U, 247
et SS.
* Clément-Mullet, p. 610 et s.
’ Edrisi, I, 71 et s.; Eazwini, dans Oildemeister , p. 198. Voy. encore les mannels de l'amateur de pierreries de Teifachi, pubL par Clément-Mullet, 1. c., p. 40 et SS., et Mohammed ben Mansour dans les Fundgr. des Orients, VI, 130.