II. Produits naturels. — Pierres précieuses
contrairement à ce que répètent certains auteurs:* rubis, saphirs, topazes, grenats, spinelles, améthystes, hyacintes (jaqonzas, giagonzas), œils de chat,* etc.’ De toutes ces pierres, aucune n’est un produit spécial de Ceylan. Cependant, le rubis était tenu en si haute estime que, parmi les pi-oduits de l’Ue, Cosmas ne nomme que celui-là,* et que Beladori appelle l’ile elle-même l’ilc des rubis.’ Il n’était pas précisément abondant et ne se trouvait pas en dehors d'un cercle ti’ès étroit,® mais il était de qualité hors ligne et, s’il laissait quelque chose à désirer sous le rapport de la vivacité et de l’éclat de la couleur, les Cinghalais savaient remédier à ce défaut en l’çxposant pendant quelques heures à un feu de charbon, épreuve à laquelle le rubis véritable résiste sans éclater, grâce à sa dureté que surpasse seule celle du diamant* Les rubis de l’Indo-Chine n’avaient pas besoin de cet expédient, car ils IM)ssédaient par nature des feux d’un rouge intense; mais ceux de Ceylan avaient la réputation d’étre plus dure et étaient taxés à un prix beaucoup plus élevé.
Presque au début du XVI” siècle, on apprit en Occident® que rindo- Chine expédiait aussi dans l’Inde des rubis de grande valeui’ pour y être montés. Le lieu d’expédition était Pégou, mais, en y regardant de plus près, on découvrit que ces rabis provenaient de la région d’Ava ou des montagnes de Capcllan ou Capelangam, à l’est de cette ville. Le sol de l’Indo-Chine renfermait aussi des spinelles et des saphirs.®
Portées dans les bazars de Paléacate, au nord de Madras, ces pierreries de l'Indo- Chine s’y confondaient avec celles de Ceylan et
‘ Ibn Kliontadbèli , |i. 285; Ediisi, I, 71 et s.; Kay.wini, dans fiildemeister, p. 198; Oderico da Pordenone, p. xxi.
’ Pierre précieuse ou roche dans laquelle un trait clair imite l’effet de la lumière dans l'oeil du chat.
' On trouve des énumérations plus ou moins longfues des pierres précieuses de Ceylan dans les ouvrages ci-après; Retal., p. 5 (cf. les rectifications de Quatremére, dans le Journal des aacatüs, déc. 1846, p. 619); Ibn Batouta, IV, 173 et s.; Marco Polo, p. 686; Conti, p. 39; Hier, di S. Stefano, p. 345, b; Vartbema, p. 163, b; Corsali, p. 179, b— 180, a, 184, a; Barbosa, p. 314, a, etc. Parmi les modernes, voy. Teunent, Ceylon, 4' éd., I (1860), p. 31
* Éd. Uontfaucou, p. 336 et s.
‘ Jouni. Asial., 4® série, V, 163 et s.
* liotriro, p. 109; Ibn Batouta, 1. c.
’ Teifachi, 1. c., p. 46; Kenz el Tudj-
djar, ibid. p. 48 et s.; le fait est confirmé par Barbosa, p. 314, a, 321, a. Cette méthode pour augmenter le feu du rubis et d'autres pierres précieuses, en les soumettant é une température élevée, est encore appliquée de nos jours: Kluge, Edelsteinkunde, p. 130 et 8.
* La nouvelle en fut apportée d'abord par Hier, di S. Stefano (p. 345, b) et par les membres de l'expédition de Vasco de (buna; Roteiro, p. 112. Uarco Polo (p. 586) avait encore affirmé que le rubis ne se trouvait que dans Pile de Ceylan.
* Varthema, p. 164, a, 166, b; Corsali, p. 179, b; Barbosa, p. 301, a, 314, a, 315, b, 316, b, 317, a, 320, b, 321, a; Rommar., p. 334, b; Federici, p. 395, a, b; Serauo, p. 226.
668 Supplément I. — Articles d’échange entre l’Orient et VOccident.
avec les diamants du Dekkan; cette réunion de pierres précieuses d’origines diverses faisait de cette ville le marché le plus important de l’Inde pour cet objet spécial,* plus important en tout cas que celui de Calicut, spécialement affecté aux pieires précieuses de Ceylan.* Si nous voulons rechercher les principaux marchés où se faisait ce commerce, nous trouvons, en allant de l’est à l’ouest: en Perse, Ormouz, Chiraz, Tauris et Soultanièh;’ en Mésopotamie, Bagdad/ en Sj-rie, Alep* et Damas;' en ïlgypte, le Caire* et Alexandrie;" enfin, au seuil de l’Europe, Constantinople, on plutôt Péra. Pegolotti® établit la valeur- des pierres précieuses d’après leur cours sur cette dernière place, tandis que Teifachi prend pour base les prix que l’on payait de son temps (au Xni“ siècle) à Bagdad et au Caire.*®
Pendant le Moyen-Age, les marchands occidentaux s’adressaient à ces divers marchés pour satisfaire les grand seigneurs, ecclésiastiques aussi bien que laïques, possédés alors d'une véritable passion pour les bijoux. Les orfèvres et les joailliei-s mettaient les pierreries en œuvre; pour se rendre compte des objets auxquels ils les appliquaient, il suffit de parcoui'ir les inventaires des trésors des maisons princières et des églises, ou de voir dans nos musées les objets sortis de leurs mains; ils décèlent leur- ingénieuse habileté. Il n’appartient pas à notre sujet d’entrer dans plus de détails; c’est affaire ù une histoire de l’industrie. A elle aussi de raconter les nombreuses tentatives faites en Occident pour imiter les pierres précieuses et les perles.**
Poivre (noir et blanc).
Le poivre est la baie desséchée du Piper nigrum L.; noir quand on la sèche au soleil sans lui enlever sa peau, il est blanc quand on l’en a dépouillée auparavant Sur cette dernière forme, quelques mots suffiront. Le poivre blanc est rarement mentionné dans les sources que nous avons consultées,** ce qui semble démontrer qu’il était peu connu
‘ Varthema, p. 164, a; Coraali, p. 179 b ; Barboaa, p. 316, b.
’ Roleiro, p. 88; Semigi, p. 120, a, b. ' Barbosa,p.294,a; Varthema, p.l66,b; Marco Polo, p. 60; Ibn Batonta, H, 129; Ohûtele, p. 310; Clavÿo, p. 114.
‘ Clément-Mullet, p. 503.
‘ Ghiatele, p. 291; Pasi, p. 178, b; 179, a; 180, a.
* Ludolf von Suthem, p. 98; Wilh. von Boldensele, p. 284.
' Clément-Mullet, 1. c. ; Frescobaldi,
p. 41; Qucci, p. 300; Nice, da Poggibonai, II, 60 et a.
• Fel. Fabri, HI, 177.
* Pegol., p. 307.
OémentrMullet, 1. c.
” Voy. dea recettea dana Herriùeld, Ong. treatûes , p. 607 et as. ; cf. plus loin, l’art. Verre.
*’ Pegol., p. 297; Uzz., p. 66; Bonaini, Slai. Pis.. III, 437 ; Bourquelot, Foires, p. 291; Douet d’Arcq, Comptes de f argenterie, p. 236; FlOekiger, Frankfurter