XX
* Taf. et Thom., IV, 32.
‘ Archir. Venet., XVIII, 315; XIX, 103 et s., 111 et s.
40 Dcuxihiic prriode. — II. Di'relop/icmenf du commerce du Ijeruni.
pays, que déjà la Républiiiue de Venise demandait un privilège pour ceux de ses sujets qui voudraient s’y reudir. Le sultan Kelavoun l’aecorda (1288) et déclara prendre sous sa protection leura personnes et leiu's biens: il n’exigeait, en retour, (jue le i»aiemeul des droits ordinaires.* Plus tard, quand les états croisés eurent cessé d’exister, Venise noua des relations avec l’émir de qui dépendait la plus grande partie de la Palestine. Acre n’était plus le centre de gra\ité politique du pays; c’était Bafed, place forte située dans les montagnes de la (-Jalilée, non loin du lac de Tibériade, choisie par le sultan Bibara immédiatement ai)rés la conquête pour en faire un des lemparts de rislamisuie,* L’émir nommé à ce poste par les sultans commandait de là en leur nom les côtes d’Acre, de Tyr, de Sidoii et une partie de la Syrie Jiis<iu’à Damas.® En 1304, deux Vénitiens, nommés Eranciscus Firmanus et t'onstantinus, rendirent visite à l'émir de Safed au nom du doge (pii les avait chargés^ d’une mission verbale auprès de lui. Nous ne connaissons pas le nom de cet émir, mais seulement son titre: "BmjJiux et admiralius castcHi de Safet et omnis contrfdc Accon“. Après avoir pris les instructions du sultan N’assir Mohammed, il donna sa réponse dans une lettre en langue arabe à l’adi’esse du doge; nous y lisons que les sujets du doge peuvent venir dans ses domaines en toute sécurité pour leura personnes et pour leura biens ; (pie si des Vénitiens désirent visiter isolément le S. Sépulcre, il leur founiira une escorte avec laipielle ils pourront aller et venir en sûi-eté: s’il s’en trouve (pii veuillent se fixer sur son territoire, il leur assurera un traitement honorable et sa protection.* Au reste, les Vénitiens n’avaient pas attendu cet arrangement pour envoyer des vaisseaux en Syrie: en 1300, l’un d’eux fut pris au retour par des coisiaires.® Dans les procès-verbaux des séances du sénat à cette épixpie, il est fait mention de fiatece Syrire à c/»té des yaU’.re Alexandriœ; elles visitaient les ports du pays et y faisaient des séjours comme autrefois (nmlun pufice. m. ApriUs): on y voyait aussi des vais-
' Ce diplôme, douné au Caire le 29 ( ’liiivval H87 (2H uov. 1288», a été publié |snir la première fois par M. de lla.s Latrie (Truités, sujtpl; P- 81 et SS.), nuii-s l’indiaition du nom lie la jirovincc pour laijuelle il était domié e.st tout à fait errouée: eu effet, le mot Seine ii’eat point rai.s là pour Saraccnc ou Saraceme (?)■ comme le croit cet historien, mai.s pour le uoui oriental bieu connu Scheni ou Scliaiu, c. à d. la Syrie.
' VVeil, Oesch. tl. Chalif., IV, 55, 58
” Burchard. de .Moute-Siou, l•d. Laur., p. 34; Kicoldo de Monte Crueis, ibid. p. 108; Frc.icobaldi, p. 13(J; Jacque-s de Vérone, dans Kieliriclit et Meianer, Deutsche l’ilgerrcisrii, J). 82; Aboiilf., (lévgr., II, 2, p. 22; Cheinaeddiu Limichki, p. 288 et »s.
* ïaf. et Tliom., IV', .30 et s.; Archir. (le l'Or, lat., I, 406—408.
® Commem., I, p. 13, n" 44.
Ji. II. l’Égifirif: et la f>urie.
seaux isolés, même «les bâtinu'Uts non armés (*t le, îsénat j)ermeltait à (les galères à destination de t’hypre de toucher en passant en Syrie.'
Tous les actes que nous venons de rapporter dénotent chez le gouveinement vénitien l'intention bien anêtée dt‘, con.s*«rver au commerce national les mai-chés de rÉgy[ite et de la Syrie. Cepiîiidant. entre 1313 et 1317, païut un dêci-et du Sénat interdisant aux citoyens de Venise de SC rendie de leur personne ou d’expédier des marchandise.s dans les IK>ssessions du Sultan coraïuises entre Damiette et Portella. Le texte complet de ce décret n’a malheureusement pas été conservé; il se trouvait dans le «luatriérae livre des dont il n’existe plus qu’une table
des matières; il est cité eu abrégé à «luatre endroits dili'érents de cette table* et la tonne des citations diftèi-e de l’une à l’autre. En les cx)mbinant toutes quatre, nous arrivons à recomposer comme il suit le. titre du décret; “Non eulnr net: mittntnr aliijuid ad terrax Soldant xcilket a Damiata uxtpte ad Portdlam Arinen/re ;ier ri/)eriam .<inh i>ena L inro rentmaritr. Arrêtons-nous un imstant à ce texU; et cherchons à l’analyser. Nous voyons d'abord que le plus important des marchés fré- «pientés par les marchands occidentaux dans l’empire des sultans, Alexandrie, reste en dehors du layon l'rapiw d’interdit: de même pour Damiette, car les termes “a Damiata usijue ad Portellam Ar/nenite“ doivent être interprétés en ce sens que les deux points dénommés ne sont pas compris dans le territoire dont l’accès est défendu; en effet, il ne pouvait venir à l’idée de la Seigneurie de frapper d'interdit Portella, siège d’un bureau de douane arménien, situé hore de la domination du sultan; donc, si. dans la i>ensée des auteurs du décret, Portella n’était pas comprise dans la région mise en interdit Damiette ne l’était pas non i)lns; donc, les deux ports par lesquels les Occidentaux avaient accès dans les plus importantes p<}sscssions du sultan, restaient, comme devant, ouverts aux V^énitiens. Le teiritoii-e interdit ne commençait qu’au delà du delta du Nil, ce qui signifie que, tout bien considéré, le décret ne vise qu’une partie secondaire des [wssessions dn sultan. Son objet, suivant toute vraisemblance, n’était i)as tant de causer un dommage aux Infidèles que de mettre les marchands vénitiens et leui-s marchandises à l’abri des dangers auxquels ils se seraient trouvés exposés en Syrie, parce (pie ce pays était alora le théâtre où se débattait, dans des batailles sanglantes et répétées, la rivalité des Egyptiens et des Mongols.® li’entente cordiale entre Venise et l’Égj'pte était si peu troublée que, pré-
’ Arrhir. Vene!., XVII, 200; XVIII, »».: les mots “per riperiam" font allusion 31» — 317; XIX, 103 et s. à la route «l’Égypte en .Vrménie, tracée
’ Ihid. XVIII. 62, 817; XIX, 106, 112. le long «le la c6te cle SsTie.
’ WeU, Guch. (I. Chai if., IV, 309 et
42 Deuxième période. — II. Dérelopjmnent du commerce du lA-rant.
eisément à cette époque, sur la demande du doge Giov. Soranzo, l'émir d’Ahixandrie rendait la liberté à tous les prisonniei-s vénitiens qui se trouvaient en son pouvoir, garantissait le meilleur accueil aux mai'chands vénitiens et envoyait des présents au doge.*
A Rome, on trouvait cette entente entre les Vénitiens et les Sarrasins <léplaisante au plus haut degré. Le doge fit une démarche auprès du i)ape pour obtenir de lui qu’il autorisât les Vénitiens à exporter en Egj’pte de l’or, de l’argent, de l'étain, du cuivre, des draps, du safran et autres articles euiopéens; à l'appui de sa demande, il rappela les déclarations verbales de Benoit XI* que nous avons mentionnées plus haut; il autorisa même ses ambassadeurs à olfrir, en échange de la licence demandée, une somme considérable, 5,000 écus au besoin ; rien n’y fit (1317). Loin de céder, la curie ramaine insista plus que jamais i>our que la condamnatiou prononcée par le pape contre tout individu qui entretiendiait nn commerce quelconque avec les Sanasins, reçût forœ de loi à Venise. Nous savons que, d’après les ordres de Clément V, les contrevenants eucoui-aient les peines ecclésiastiques les plus graves; il était interdit aux confe.sseurs de leur accorder l'absolution, à moins qu'ils ne consentissent à verser dans le trésor de l'Église, ou qu’ils ne prissent des dispositions testamentaires pour y faire vei-ser par leiu"s héritiers des sommes égales à celles qu’ils auraient mises dans leur commerce avec les Infidèles. Comme les Vénitiens étaient, précisément, de ceux qui se livraient à ce commerce avec le plus d’activité, les amendes que leur réclamait le. St. Siège atteignaient des chift'i es énormes; elles égalaient paifois la valeur de la totalité des biens laissés par le défunt: naturellement, les héritiera et les exécuteurs testamentaires ti-ouvaient cela fort dur et se faisaient tirer l’oreille. Pour vaincre leiu- résistance, le pape Jean XXII envoya à Venise Adhémar Tnrgn, archiprétre de S'® Att'rique (dioc. de Vabres), qui fut depuis doyen de Tulle, et le moine dominicain Foleo, de Sisteran (de Si.darico) (1322); ils avaient jx»ui‘ mission, d’abord de faire rentrer les sommes déposées ou laissées pai- testament poui’ être remises à l’Église, mais dont le veraement n'avait pas encore été eil'ectué, et, en second lieu, de prononcer l'excommunication contre tous les Vénitiens notoirement connus pour faire le commerce avec les Sairasins : avant de leur acconlei'
* “Duos pannos (,'henzi therificos (serificos) et 20 Hcatolas calohe (Aloe?) et dua» pixides de zinzibere colito (eon-
dito? confitures de gingembre?) et iinam pixidem zinziberia viridis." Lilera doniiui Hennedini d. d. 13 Kabtr 717 (1317), dans Taf. et Thom., IV, 103. L’éditeur des Vommem. rey., I, p. ISO, n" 75 attribue
la lettre au sultan d’Élgj'ptc en personne, mais il oublie un détail qui le coutredit, c'c.st que, dans le contexte, l'auteur se qualifie lui-méme d’émir.
’ Comment., I, p. 18.3 et s., n'** H4, H.Î; Arehir. Vrnrt., XIX, 112. Voyez uu ancien inémoire préparé pour être présenté au pa|ie, Arcbic. Vciiel., XXIV, 310.
DiQiti^ed by
li. IL L'Éflytttc d 1(1 St/ric.
rabs<ilutiiin. ils (k-vaient s’assurer de la sincérité de leur repentir et du paiement des amendes encounies par eux.' Tai-ga lança effectivement rexcommunieation conti-e un grand nombre de nobles vénitiens et même eouti-c les Pi-ocurems de St. Marc, généralement désignés par les mourants comme exécuteurs testamentaires. Cette intrusion d’un tribunal ecclésiastique étranger dans Venise même, parut à la Seigneurie un abus intolérable; elle convoqua une commission composée de clercs et de jurisconsultes <jui déclara que Targa avait outrepassé ses pouvoiis et qu’il y avait lieu de surseoir à l’application des peines ju-ononcées par lui. lia commune, le doge en tête, et un grand nombre de particuliers rédigèrent une protestation qui fut athessée au pape. Celui-ci confia l’enquête à l’évêque de Kavenne, Almeric. (Aymeri).* Iæ gouvernement vénitien aurait naturellement voulu faire poser en principe qu’il était permis sans conteste de porter chez les Sairasins les marchandises qui ne pouvaient pas contribuer à accroître leurs forces militaires. Mais Jean XXII déclara cette proposition hérétique (1326)* et son influence toute puissante fit prévaloir le principe contraire. Venise elle-même plia sous la pression exercée par la présence des (ommissaires du S. Siège; le conseil (les Pregadi et les Quaranta publièrent d’un commun accord, le 18 janvier 1323, un édit portant d’une manière générale interdiction de trafic avec l’Égypte et avec tous les autres pays soumis au sultan. Cette prohibition ne fiit pas levée de longtemps; en 1360 et 1374, on la rapjielait encfjre en termes sévères à des fonctionnaiies coloniaux.* C’est .sans doute ce qui peut expliquer pourquoi, pendant neuf ans an moins, et peut-être davantage, à pai'tir de la publication de ce décret,
' ComiHfm., 1. (P. 24S, u'* IJ30; |». 24.5, u“ S4(J; p. 240, U" 342; |i. 250. n" 3H0.
’ Ihid. JP. 250, n" 301 ; p. 257 et ((., n" 400; p. 260, n" 415; Taf. et Thum., IV, 196 et s.; Arrhie. Vend.. XXIV, 312. Paolo Sarpi avait déjà douné un cuiirt e»lP08é de» fait.» dan.» .»oii Diseorm Min ttriÿine, forma, leggi ed iim drll’ ufficio tlfJla inquisixione nrlla rittà e dominio di Vmexio (Ojiert. T. III. Helmat. 1763, p. 4,5 et s».). Ou trouvera plu» de détaila ilan» BarUpIommeo Cc(S;lietti, Im rrpiiblien l'rtiexia e la rode di Uoma net rapporii délia reliyione. I (Venez. 1874), p. 286 et ».
’ Commem., I, p. 2f2, n" 465. Cette dfictrine hétérodoxe donua lieu à une enquête ordonnée par le pape (Colle, l^oria flello studio di Padota, II, 51 et »».) et
dirisfée contre Ilizzardo Maluinbra. de t.'réluoue, profe»«eur de droit à l’université de Padoue, champion éprouvé de la République. et qui avait encore pris sa défense en cette circonstance. (Comment., I, p. 2.50, U" 361; p. 257 et S., n” 406); la Seigneurie intercéda activement en sa faveur auprès du jpape (Archir. Vend.. XVII. 137 et B.; XIX, 113; XXIV, 313 — 316).
* Instrurtion jxmr un ronscillrr nommé pour nie de Crète (1360), pnbl. par M. Thomas, Abti. d. bayr. Aiad., Cl. I, vol. XIV, .sect. I, p. 216. Commission d'.àndrea Gradeuigo, baile de Constantinople (1374), pnbl. par M. Diehl, dans les Mélanges d'archéol. et d'hist. de l’Eede française de Home, 3® ann., 1883, p. 130,
44 Deuxième /lêriode. — II. Dérelop/uincut du rommem- du Ijcrunt.
il IH! fut plus question dans le sénat de léglements concernant le commerce d’Egypte* et pourquoi, chose bien plus sm-prenantc encore, au mois de février 1345, le sultan d’h^gypte pouvait constater (|ue, depuis vingt -trois ans, on n’avait plus vu un seul navire marchand vénitien dans son empire (che U no harem zn rintitrr iinni nnregado a h iiostre parte).^ .T’ai longtemps douté de la possibilité d’un arrêt aussi prolongé dans les relations commerciales entre Venise et rEgyi>te; je me rapjtelais qu’en 1327, le doge Giov. Soranzo fit demander à .Jean XXll l’autorisation d’envoyer trente galères et dix vaisseaux de charge chercher des marchandises en Égypte, et d’y expédier de même pendant chacune des cinq années suivantes, trois vaisseaux maichands qui partiraient de l’ile de Crète.” Mais cet exemple ne prouve qu’une chose: c’est (jue si, cédant h la force, la Seigneurie avait consenti à décréter la prohibition, elle ne se décourageait pas d’adi’esser de temps à autre au pape des demandes de licences exceptionnelles: savoir si elle obtint cette fois ce qu’elle désirait, c’est une autre question ; ncus ne trouvons nulle part une prouve que la licence ait été accordée par le pajjc. 11 faudra donc bien admettre que le sultan disait vrai. Si in^Taiscmblable d’ailleui's que soit ce fait à pi^emière vue, nous remarquerons qu'il cesse de l’être si l’on réfléchit à deux choses: d’abord, les Vénitiens pouvaient suppléer jusqu'à un certain point à ce qu’ils i>erdaient du côté de l’Egypte, en multipliant leurs voyages dans la direction de Lajazzo, de Trébizonde et de Tana, car ces poils leiu- restaient tout grands ouverts; en second lieu, l’arrêt momentané du trafic avec l’Egypte n’impliquait pas, comme conséquence immédiate, le renoncement à toute relation avec ce pays. Simon Simeonis vit à Alexandrie, pendant l’hiver de 1322 à 1323, une colonie de commerce et un consulat vénitiens;* donc ils subsistaient, bien «pic dans des conditions plus difficiles: sans doute, ils conservaient des relations indirectes avec la mère. -patrie; il suffisait de faire faire aux mai-chandises un détour i>ar Chypre. Candie ou la Petite-Arménie.
Cependant, il arriva un temps où l’obligation de s’abstenir d’envoyer leuj-s galères en Égypte devint par trop lourde jiour les Vénitiens. C’était en 1343: une brouille dont nous aurons à reparler éclata entre eux et le seigneur de Tana et ne tarda pas à prendre un caractère violent, f'ela eut pour conséquence de rendre impraticable pour longtemps la route septentiûonale suivie par le commerce d'( trient: à la
' Ce fait ressort de la lecture des ru- * Ibid. 208 et ss. ; v. Archir. t'euel., briques des livres perdus des Minli: Ar- XIX, 113.
eMit. Venet., XIX, 113. * Itimrar., M. Nasmitb, p. 21, 43.
’ Taf. et Tbom., IV, 281.
B. IL V Égyple et la Syrie.
même époque, divers événements politiques bouleversaient la Perse, et, sur la route centrale qui la traversait, toute sécurité disparaissait. Il ne restait plus d’autre ressource (pie de rouvrir la route méridionale par rÉgj-pte. Peu de temps après la catastrophe de Tana, le doge envoya Marino Faliero et Andrea Cornaro en ambassade auprès du pape Clément VI, ‘ pour plaider la cau.se des Vénitiens, dont le commerce maritime était la condition d’existence, et iiue ces événements allaient mener à la ruine. Le pape autorisa '(27 avril 1344), pour une période (le cinq années, l’envoi de six galères et de six vaisseaux de charge à Alexandrie et dans les autres parties du domaine des sultans d’Égypte, mais à condition de ne charger que des marchandises permises.* Pour obtenir cette licence, la République n’avait point craint de distribuer force largesses dans l’entourage du pape ; à peine l’avait-elle reçue, qu’une nouvelle ambassade partait pour le Caire (1344). Niccolo Zeno, l’ambassadeur, était chargé de négocier auprès du sultan Almélik Assalih Isma'ïl (1342 — 1345) la concession d’un nouveau privilège en faveur de ses concitoyens.’ Le sultan se montra conciliant et accueillit toute une série de vœux présentés au nom des marchands vénitiens (févr. 1345); dans la lettre qui accompagnait le privilège, il les engageait à revenir en toute confiance h Alexandrie et à Damiette.^ Niccolo Zeno k jHîinc parti, nn autre ambassadeur' lui .succéda: il se nommait Angelo Serbi. .4 son retour à Venise, celui-ci rapporta une lettre d’Ismaïl, datée du 6 août 1 345, dans laquelle le sultan renouvelait sa promesse de faire le meilleur accueil aux mai'chands vénitiens et autorisait la République à entretenir
' Dandolo, p. 418; Laur. de Monaci.'i, p. 311; Sanuto, Vile, p. 611.
’ Taf. et Thoni., IV, 277 et s.; Peu de temps aprè-s, le.s Vénitieus reconnurent ou prétextèrent qu’il était imprudent d’employer à ces tran.sports les lourds bâtiments de charge, à cause des corsaires, et ils demandèrent la permission d'expédier des galères à la place des quatre bâtiments de charge; seulement, comme un bâtiment de charge (naris) représentait un tonnage de huit à dix fois plus fort qu'une galère, il fallait, suivant eux, augmenter en proportion le nombre des galères: le paiic y donna son consentement, seulement, il n'admit que le chiffre de sept galères pour un bâtiment de charge, et il prolongea la licence de cinq années: ibûl. 306 et s. (1.5 août 1345).
’ 3I:ikrizi mentionne ces uégocintions
(dans de Sacy, Chreelomath. arab., 11,48); cependant il n'indique qu'en termes très généraux les points sur lesquels elles portèrent, et il commet une erreur en disant que l'intendant des finances d'Égypte reçut l'ordre de ne percevoir â l'avenir que 2 “/o sur les articles importés par les Vénitiens, au lieu de 4'/» qu'ils avaient payé jusque là. Cette réduction ne concernait que l'or et l'argent Le droit ancien de 4 '/, % sur ces matières (Sanuto, .Sécr. fidel. Crue., p. 24, et Traité de 1290 entre Gênes et l’Égypte) fut réduit â 2 Vu par le traité de 1345; c'est aussi ce que dit le voyageur Frescobaldi, p. 21.
* Les pièces relatives â cette ambassade ne sont pas perdues, comme l'a cru â tort M. de Mas Latrie (Traités, suppl., p. 88, uot 3); elles ont été publiées depuis dans Taf. et Thom. , TV, 289 et ss.
46 T)piirihne jxWioâf. — II. Tin'elopjtenievt du rnmnmrr du Ijcvnnt.
des consuls non-seulement à Alexandrie, mais partout où il lui plairait.' Une fois toutes les questions nettement réglées, tant du côté du pa|)e que du côté du sultan, Venise fit un premier envoi de deux galères d’un tonnage extraordinaire (1345); l'expédition, commandée pai- Soranzo Soranzo (Superantius Suj)erantio), partit pour Alexandrie ayant à bord un nouveau consul pour la colonie de cette ville.' Le sénat lui avait remis des instructions supplémentaires dont l’objet était de mettre fin à des abus qui s’étaient glissés dans la colonie et de faire cesseï' certaines difficultés venant du dehors; par la même occasion, il anêta de nouvelles dispositions poui- le scrvic.e de la navigation des galères d’Alexandrie (galeœ Alcjrandrier ).^
Il semblerait qu’à partir de ce moment tout dût être rentré dans l’ordre; mais ce ne fut qu’une appaience. En principe, la prohibition du commerce n’était nullement levée; bien au contraire; en dehors des cas exceptionnels où, par grâce spéciale, le pape accordait des licences, la cour d'Avignon la maintenait énergiquement. A l’origine, cette attitude avait effectivement une raison d’être; on s’occupait sérieusement d’organiser des expéditions jwur reconquérir la Terre -Sainte et il s’agissait d'affaiblir l’ennemi en lui coupant les sources de sa puissance et même de son existence. Mais, en persistant à maintenir la prohibition aloi-s que l’espoir d’une nouvelle croisade allait s’affaiblissant chaque jour, aloi-s qu’un champion de la prohibition aussi zélé que Marino Sanuto l’ancien conseillait lui-même, depuis longtemps (1326), d’y renoncer!,* les papes méconnaissaient les changements amenés dans la situation par le cours du temps; ce n’était plus de leur part qu'un entêtement et un égoïsme blâmables, dont le but était simplement de forcer les nations commerçantes à acheter leura faveure exceptionnelles par des larges.ses faites à leur trésor ou à leur entourage. Nous en avons déjà donné un exemple plus haut, en voici un auti-e; c’est la quittance donnée par le trésorier du pape pour une somme de 9000 écus d’or versée, en 1361, par le doge Giov. Delfino, en guise de remerciement pour la concession d’une licence; ' il parait que le trésor papal en avait alors fort be.soin (nimii indiget ad prœsens!) Mais les choses n’en restèrent pas là; les licences devinrent un véritable article de commerce qu’on se passait de
* Tftf. et Thom., IV, 296 et ».
’ Dandulo, I. c.; Laur. de Monae., I. c. ; Sanuto, 1. c.
’ Taf. et Thom., IV, 308 et s.; liiblioth. de l’ Érole de» chnries, XXXV (1874),
‘ Epüi.; à In .«uite des .Seer. fideL crue., p. 297.
‘ Commem. reg.. II, p. 321, n"* 244 (j'ai pu avoir le texte de cette pièce souh les yeux, grâce à la complaisance de M. le prof. Thoinaa), 24.5. 246; p. 319, n" 233; p. 320, n“ 241.
li. IL Ij’Ê(fypte. Pt In Sifrie.
main en main; ainsi, une licence accordée primitivement par le pape Innocent VI à un certain Gerardo di Rustichello, de l)ié, fut cédée par lui à des Génois, et finalement un secrétaire du doge de V’enise en paya la moitié mille ducats.’ Dans ce cas, il ne s’agissait que de deux vaisseaux de charge; mais, une autre fuis, pour une licence autorisant l’expédition en Egypte de trente galères et de dix vaisseaux de charge, le prix de vente montait à 12,000 écus d’or: cette licence avait été accordée par le pape Clément VI à son parent Guillaume Roger III, comte de Beaufort et vicomte de Turenne,’ l’un des plus riches propriétaires du midi de la France, et à Aliéner de Commingcs (de Conreniei) .son épouse; or, le pape savait parfaitement que les domaines du comte étaient loin de la mer et qu’il ne pouvait faire personnellement aucun usage de sa licence; donc, elle était d’avance destinée à passer dans d'autres mains; le pape y autorisa d’ailleurs expressément le comte, et celui-ci en fit don, en récompense de ses bons services, à un certain Steplianus de Batuto qui la vendit au doge de Venise.*
Aux charges pécuniaires que cet état de choses imposait aux nations commerçantes, s’ajoutait une formalité extrêmement désagréable: k chaque licence les papes attachaient la condition qu’avant de faire parfir le navire pour lequel elle avait été donnée, le concessionnaire affirmerait, sous serment déposé entre les mains de son évêque, l’absence de tout matériel de guerre dans la cai-gaison, et que l’évêque s’assurerait personnellement de la vérité de cette affirmation et enverrait au pape une expédition en double du serment.* Ainsi, il ne suffisait pas au pai» que Venise eût introduit dans sa législation la prohibition du transport de matériel de guerre en pays sai'rasin; il exigeait encore un contrôle sévère des autorités ecclésiastiques. En 1359, une transgression fut commise à Venise; aussitôt, le pape Innocent VI retira toutes les licences pour l’Egypte et la SjTie iiccordées précédemment tant par lui que par ses prédécesseurs. En somme, les papes considéraient leurs licences comme toujours révocables et remettaient assez fiéquemment en vigueur la prohibition absolue du commerce, tantôt à l’occasion d’abus comme celui que nous citions tout à l’heure, tantôt au moment de conflits armés entre les Sarrasins et les Chrétiens.*
* Commem., p. 323, n®* 266, 258.
’ Sur ce perxonnage et inr m race, T. Anselme, Hial. générale, de la maison royale de France, 3® éd., VI. 317.
’ Les pièces relatives è cette affaire ont été publiées |>ar M. Thomas dans l'ArcAir. Venet., XVII, 99 — 126, d'aprè.® les Commcmoriali, V. Mas Latrie, Ilist. de Chyirre,
in, compléments, p. 749 et s., et dans les üoe. inéd., ilélang. hist., III, 168—158.
* Taf. etThom., IV, 278—307; C5»mmem. reg., H, p. 820, n“ 241; m, p. 42, n" 227; p. 76, n“ 462.
‘ Commem. reg., II, p. 806, n“ 163; III, p. 49, n" 274.
48 J)puxirme période. — II. Déx-etoppemeni dxx eoxmneree du Levaui.
Il serait fastidieux d’énuraércr toutes les licences obtenues par les Vénitiens, d'autant plus (jifà une c,ertaine époque (il partir de 1364 environ), elles se suivaient à peu près régulièrement d’année en année; parfois même on leur en accorda plusieurs en une seule année. Elles s’étendaient fi-équemment à un grand nombre de vaisseaux et les Vénitiens faisaient leur possible pour en profiter jusqu’au bout, mais, d’un autre côté, ils s’appliquaient loyalement à n’outrepasser ni le chiftre des vaisseaux ni les délais accordés.'
Si les Vénitiens savaient à force d'argent et de bonnes paroles aplanir les difficultés auxtiuclles donnait lieu l’application de l’interdit lancé par l’Église sur le commerce, ils n’étaient pas moins habiles à conserver la bonne entente avec les maîtres de l’Egypte: témoins les traités conclus par Ermolao Venier en 1355 et par Niccolo Contarini en 1361. Le premier," reproduction exacte du traité de 1344, est accompagné d’une lettre dans la<iuelle le cadi du Caire annonce à l’émir et au cadi d’Alexandiie le retour des Vénitiens (ehe è (omndi in Aiexaudria) et leur recommande de leur faire bon accueil;® le second n’en diffère que par (juelques changements et additions sans imi>ortance: le sultan Almélik-Almansour, ou plutôt l’émir Ylbogha,* qui régnait .sous son nom, autorise le consul vénitien d’Alexandrie à convertir de l'argent en marchandises Jusqu’à concurrence de 20(i0 besants (au lieu de lOOü, limite précédemment admise), sans imyer de droits, et il consent à faire évacuer certains cabarets dont le voisinage incommodait les habitants des fondaci vénitiens.®
‘ On trouve dans les Comxxxemoriali, k côti de certaines licences, une véritable comptabilité, établissant l'usaitce qui en a été fait: pour le calcul des délais ou demandait parfois des consultatious juridiques: Cxmxnxexti. rrxj., II. p. 237, n"' 116,
’ Mas Latrie, Traitée, suppl.. p. 88 et SS.; V. aussi Marin, VI, 137 — 141.
* Mas Latrie, Traitée, sup2>l., p. î)2.
La date de la lettre est: Indiet., IX, ce qui permet de placer eu 13o5 la rédaction de la lettre et du traité (v. Mas -Latrie, dans les Arehir. dee hiiss. eriexxt.. II, 373). car, dans le traité, le nom du sultan régnant est Melecb Naser juvenis, c’est à dire AImélik-Alnassir-Ha.ssan (1347 — 1351 et 1354—1361).
* Weil, Op. eil., IV, 606 et ss.
‘ Ces articles additionnels étaient iléjà
connus de Marin (VI, 141 et s.); ils ont été publiés do nouveau dans Mas Latrie. Téailés, p. 93. D’après le texte du deuxième, le.s Véniticn.s devaient être libres: “semovendi onmes facientes marzanas (c'est la lecture adoptée par M. Thomas; je la préfère A la lecture ‘‘manTanas’' adoptée par M. de Mas Latrie) circa fontica Venetomm. qui molestant liabitantcs fontica fumo et ribaldis, qui costidie vadunt et veniunt ad cumedeuduin in dicta tontica et in illi.s statiuuibus (boutiques) ponere illos qui sibi placuerint.“ D’après la communication qu’a bien voulu me faire parvenir M. Kleischer, de Leipzig, le mot xnaxxaun du texte n’est autre chose que le mot arabe maxra Kliaxxa. fonué de Khanèli, maison, et de mazr, sorte de bière blanche faite avec du froment (v. de Sacy, Abihlbxlif, IMntioxx de T figyptr, p. 324. note
li. II. L’Éffffptf et la Syrie.
Tandis que, vers le milieu du XIV” siècle, les Vénitiens consolidaient leur situation en Kgypte, en concluant avec ce pays trois nouveaux traités de commerce (1344, 1355, 1361), les Génoi.<s préféraient chercher de nouveaux débouchés sur les routes septentrionales passant par Catfa et Tana, par la Syiûe et la Pei-se. Tout en conseirant leur établissement d’Alexandrie, ainsi que le prouve le témoignasse de Simon Simeonis, ils laissèrent périmer leurs traités avec les Sultans sans chercher k les renouvelei'. Cependant, de temps k autre, ils demandaient aussi au pape l’autori sation de faire un voyage aux pays j)lacés sous la domination des sultans. En 1326, comme le parti guelfe, alore dominant à Gênes, était brouillé à la fois avec l’empereur grec Andronic U et avec les colonies génoises du Bosphore et de la Mer Noire, les eaux de la Grèce et du Pont se trouvèrent fermées à la marine génoise : le gouveraement, ne voyant d’autre ressource que de s’ouvidr une route à travers les pajs sairasins, s’adre.s.sa au pape Jean XXII: prenant en considération la crise pénible que traversait la République, le pape permit à la marine génoise de stationner sur la côte septentrionale de la Syrie ( Laodicena ora ) et d’entrer de là en relations d’échanges avec la Perse et l'Inde: cette autorisation était donnée pour une durée de deux années.' Bien qu’il ne s’agît que de traverser les territoires qui formaient, au nord, la fiontière des états du sultan et que le but à atteindi-e fût la Perse, comme, à cette époque, c’est à dire vers la fin de la première moitié du XIV" siècle, la grande lutte contre les Tatare des rives septentrionales du Pont était à son apogén, l’attention des Génois SC trouva fortuitement i-amenée vers l'Egypte. Pour les indemniser des frais que leur avait occasionnés la défense de Cafta contre les Tatai-s (1346),* Clément leur accorda l’autorisation de trafiquer avec ce pays et il est probable qu’ils en profitèrent de leur mieux.
Depuis 1338, les rois d’Aragon avaient autorisé la reprise des relations de Barcelone avec l’Égypte; à partir de ce moment, le trafic entre les deux pays reprit, à ce qu’il semble, une nouvelle activité. Les marchands de Barcelone n’eurent pas de repos jusqu’à ce qu’ils eussent obtenu, sous le rapport des droits de douane, le même traitement que les Génois et les Vénitiens. Vers 1350, ils réussirent à faire abaisser les droits pour eux et pour tous les Catalans, de 15 à 10%, taux accordé aux nations les plus favorisées. L’ambassade envoyée au sultan à cette occasion avait coûté 800 besants d’or: pour- couvrir cette dépense, on imposa une surtaxe de 1 % sur toutes les marchandises allant
38, et suppl. p. 57 et s.; Chreitom. arah., I, 150 et 9.; Quatreniére, Makrixi, I, 2, p. 6, not). II ressort de ce |>assage qu'il s’était .établi, dans les dépendances des fondaci vénitiens, des cabarets, à lu fols
débits de bière et gargotes, qui attiraient la canaille.
‘ Raynald, a. a. 1326, n“ 25.
’ Canale, Ston'a dei Omoreei, (P™ éd.), IV, 346.
50 Deuxième jiériode. — IL Déi'eloppcmeui du commerce du Tj-cant.
de Barcelone en Egypte et réciproquement;* elle était versée entre It» mains des consuls : l’existence de cette surtaxe, comme celle du fondaco, est établie pai- des documents officiels.*
L’aperçu que nous venons de donner des relations des principales nations commerçantes avec rEgj’])te nous permet de porter maintenant un jugement d’ensemble sur les résultats de la prohibition décrétée par les papes. On ne peut méconnaître qu'à l’époque où elle était strictement maintenue d’une part et respectée de l’autre, un certain nombre de marchands renoncèrent à visiter Alexandrie et s'occupèrent de trouver d’autres débouchés à leur activité; mais, même pendant ce temps, il y en avait, et en nombre assez notable, qui, alléchés par les grands bénéfices assurés par le commerce d’Egi-pte, à cause précisément des difficultés dont il était entouré, ne tenaient compte des foudres ecclésiastiques et continuaient à fréquenter individuellement le pays défendu.* Assurément, la pression exercée par les papes contribua, pendant un certain temps, à détourner vers d’autres pays la politique commerciale des nations intéressées à ce trafic; elles donnèrent plus d’attention aux nouvelles routes ouvertes à travers les régions occupées par le,s Tatars et cessèrent d’expédier des fiottes en Égj-pte. Mais, même au plus fort de cette période, Alexandrie ne perdit jamais entièrement l'importance que lui assurait sa situation au point de tuic du commerce général. C’est à cette époque que Pegolotti, qui séjournait alors en Chypre, jugea nécessaire de dresser un tableau comi)aratif des monnaies et des poids et mesures en usage à Alexandrie d’une part et sur dix places commerciales d’Italie, en Provence et aux foires de Champagne d’autre part‘ Quand on voit, dans son livre, les quantités d’épices qui s’amassaient sur le marché d’Alexandrie, on se dit qu’il n’en eût pas été ainsi, si l’écoulement de ces articles vers l’Occident n’eût été assuré. Les sujets des nations commerçantes y trouvèrent à toute époque un noyau de compatriotes fixés en Egj’pte, des consuls et des fondaci de leur nation; car, jusque dans les temps où la prohibition pesait le plus lourdement sur le commerce, les autorités municii)ales de V'eni.se, de Gênes, de Barcelone, de Marseille, ne rompirent jamais avec l’Eg}T)te au point de supprimer leure con.sulats, de fermer leurs fondaci ou de rappeler leurs marchands. Les lelations arabes fournissent aussi une preuve de la présence de marchands francs à Alexandrie, car elles font
‘ Capmany, Mem., IV, 107 et ».
’ Ibid, n, app., p. 66; brevet de 1J58. ’ On cite, entre autres, trois marclinnds de Kaguæ qui furent pri-s, en 1804, eu flagrant délit de trafic avec l’Égypte.
Benoit XI leur acconla l'absulutiou, à con-
dition qu'ils abandonneraient une partie de leurs bénéfices pour la construction d'uu niouastèrc de Dominicains dans leur ville : Tbeiner, Mouuni. hisl. Slar. merid. iUustr.. I, 121.
‘ Degol., p. iVi et SS.
Ti. IL L’Égyptr rt la Syrw.
mention d'un conflit qui eut lieu en l’an 727 (1326 à 1327 ap. J. C.) entre ces maichands et les habitants musulmans de la ville: Makrizi en rejette la faute sur les chrétiens, mais il est probable que le fanatisme et la jalousie y jouèrent aussi un rôle du côté des musulmans.’ Plus tard, au cours de la deuxième moitié du XIV® siècle, quand les papes se décidèrent à multiplier les licences, les Occidentaux se portèrent de nouveau en foule vere Alexandrie, et, peu à peu, le mouvement des navires marchands dans ce port redevint aussi considérable qu’autrefois, peut-être même davantage; du moins, il est permis de le croire, bien qu’il n'existe point de statistique à cet égard.
A peine les affaires avaient-elles repris leur cours ordinaire, qu’elles furent subitement interrompues de nouveau par un événement (pi’on ne peut mieux qualifier qu’en le nommant un épilogue des croisades. , Soutenu par le pape Urbain V, le belliqueux Pierre /'% roi de Chypre, s’était fait l’instigateur d’une grande guerre de la chrétienté contre les Sarrasins; dans ce but, il avait parcouru presque toute l'Europe, de 1362 à 1365, et, soit par lui -même, soit par ses lettres, soit par ses agents, il avait cherché à gagner à scs projets tous les souverains de l’Occident. Dans une pareille entreprise, la puissance maritime de Gênes et de Venise en faisait des alliées précieuses; aussi n’avait-il point négligé de s’y aiTéter en personne; mais il y avait tiouvé peu d’écho. Les intérêts du commerce eussent déjà suffi à inspirer aux deux républiques de la répugnance pour cette campagne: mais, à côté de ce motif, Venise avait alore suffisamment à faire d’un autre côté, occupée qu’elle était H étoufter une gi’ave insurrection en Crète.* Quant à Gênes, elle se brouilla précisément à cette époque avec le roi, à propos de difficultés dont le détail n’entre pas dans notre cadre, (,'ependant, l'éloquence de Petrus Thomae, le prédicateur de la croLsade et celle du chancelier de Chypre, Philippe de Maiziéres, finirent par vaincre les hésitations des Vénitiens; ils promirent d’équiper, moitié à leurs fiais, moitié aux frais du roi et de ses alliés, un nombre de vaisseaux suffisant pour einbarquei' 2000 chevalière;* de leur côté, les Génois, après avoir d’abord fort mal reçu Peti-us Thomæ, finüent par se laisser pereuader de faire la paix avec
' A côté des relations de N'ouveiri et de Makrizi (de .Sacy, Chresiomathie arabe, II. 48) reproduites par M. Weil (Oe»ch. d. ChaUf., 360 et 8.) il ne faut pas néglifçer celle d'Ibu-Batouta, car c'est un contemporain I Voyages, I, 45 et ».).
* Dans l'intérêt de la croisade, le pape offrit sa médiation, le roi de Chypre des renforts pour écraser l’insurrection ; ils
n’éprouvèrent que des refus. Comnicni.
reg., III, p. 14, n‘> 60; p. 23, u" 110 et s.; p. 25, n“ 126 et s.; p. 55, u'“ 316; p. 56, U“ 316.
’ Phil. Mazzerius, Vila S, Pétri Thomasii, dans les Aeta SS. lioll., 28 jaiiv., II, p. 1007, 1011; V. les documents dans Mas Latrie, Hist. de Chypre, III, 742 et ss.
52 Detixièmc période. — IL Déecloppement du commerce du Levant.
le roi et s’engajïèrent même k foumir trois vaisseaux à la croisade.' Malheureusement pour le roi, les préparatifs traînant en longucui',* un grand nombre de ceux qui devaient y prendre part se dispersèrent de nouveau ; au moment décisif, l’apport de la République de Venise se réduisit à une galère, et le roi dut payer deux autres galères et le reste des vaisseaux.® Enfin, le 27 juin 1365, il put prendre la mer à Venise et donna rendez-vous à son armée à Rhodes. Le point sur lequel il avait résolu de porter son attaque était Alexandrie: effectivement, le 10 octobre il prit la ville d’assaut et la livra au pillage;' mais, comme son armée était trop peu nombreuse et trop peu solide pour conserver sa conquête, il la fit rembarquer au bout de quelques jours, sans attendre les forces ennemies qui accouraient à sa rencontre, et regagna Chypre.® A Venise, on fut extrêmement mécontent® de la direction donnée à cette expédition; Pieri'e l’avait lancée sur Alexandrie sans même donner k la colonie vénitienne le temps de se mettre en sûreté,' de sorte que le consul lui-même, Andrea Venier, et plusieurs autres Vénitiens avaient été victimes du pillage;* ce détail prouve le peu d’entente qui régnait entre le roi et les Vénitiens. Quant aux Génois, ils avaient dans le port d’Alexandrie, au moment de l’attaque, six vaisseaux montés pai- de nombreux équipages, mais ils n’y contribuèrent pas non plus; cependant, l’affaire faite, ils prirent part au sac de la ville.*
' Pliil. Mazz., Op. cil., p. 1012; Lili. jur., n, p. 782 — 744; Hakrizi parle «le deux raiaaeaux g6noU.
’ Dans l’attente du commencement des opérations le doge Lorenzo CeUi avait fait passer au consul vénitien d'Alexandrie, dès le mois d’avril 1364, l’avis de quitter son poste; une lettre du roi, venue de Paris, ayant fait supposer qu’on n’entreprendrait encore rien de sérieux pendant cette année là, Celsi donna au consul l’ordre de rester et demanda au pape plusieurs licences pour des navires marchands à expédier en Égypte au cours de cette même année. Biblioth. de l’École des chartes, 1873, p. 72 et s. ; voy. Mas Latrie, Hisl. de Chypre, II, 262, not.; Taf. et Thom., inéd.
’ Phil. Mazz., Op. c., p. 1013. Makrizi (dans do Sacy, Chrestom. arab.. H, 49) parle, il est vrai, de vingt- quatre vaisseaux vénitiens; mais cela prouve seulement qu’en Égypte on ne faisait pas de distinction entre les vaisseaux équipés par
la République et ceux qu’elle avait loués au roi.
* Dans quelques chroniques «l’Angleterre (Walsinghani , dans les Script, rer. britnnn., XXVIII, a., p. 301 et s.; Mouach. S. Alban., ihid. LXIV, p. 66 et s.) il c.st question d’étoffes de soie, de brocarts d’or et de pierres précieuses que des Anglais et des Aquitains avaient rapportés de cette expédition.
‘ Phil. Mazz., Op. c„ p. 1013-1017; Machaut, La prise d’ Alexandrie, publ. par Mas Latrie (1877). p. 68 — 109; Machairas, p. 90 et 83. : V. aussi les chroniques anglaises citées à la note précédente, et Piloti, p. 389 et s.
' Mas Latrie, op. cit., III, 751 et a.
' Pierre avait promis au doge de ne rien faire contre Alexandrie avant la fin du mois d’Octobre, mais il ne tint pas sa promes.se; Biblioth.de l’École des chartes, 1873, p. 79.
" Ibid. 1873, p. 78 et ss.
’ Phil. de Maizières, dans Mas Latrie,
B. II. L’Égypte et la Syrie.
Ainsi, (ians cette e.xpéditioii, le rôle des deux Républiques avait été des plus secondaires, et pourtant ce fut siu- elles que retomba le plus lourdement le poids de la vengeance du sultan Chaban. Il i)ublia bien une proclamation dans laquelle il engageait les marchands chiétiens à résider tranquillement, sans rien craindi-e, mais ce n’était qu’une ruse; quelques jours après, il jetait le masque, et, sur son ordre, ils furent tons arrêtés et jetés en prison. Naturellement, à partir de ce moment, aucun navire marchand n’osa plus se risquer à Alexandrie et l’on se ressentit dans tout l’Occident de cet arrêt du trafic; les épices manquant sur le marché, il y eut immédiatement une hausse des prix.* Chose extraordinaire, ce fut le sultan qui fit les premières ouvertures pacifiques, en envoyant des négociateurs à Venise et à Gènes. A cette manière d’agir, le pape Urbain V comprit de suite qu’il cherchait <1 jeter la division dans la chi étienté pour affaiblir d’autant ses moyens d'action ; il écrivit aussitôt aux deux républiques, pour les mettre en garde contre les propositions insidiemses du sultan : ‘ mais il était déjà trop tard : les deux puissances commerciales n'aspiraient qu’à reprendi'e au plus vite le trafic avec l’Egypte. Longtemps avant l’aiTivée du bref du pajm à Venise, le doge Marco Cornaio avait écrit à Chaban pour le remercier de ses propositions et lui annoncer l’envoi de deux ambassadeurs, Francesco Bembo et Pietro 8oranzo. et il avait i-eçu en réponse l’assurance qu’ils seraient les bienvenus. * Effectivement , les deux ambassadeur partü'ent en dépit des avertis.sements du pape.* Nous ne connaissons jws le texte de leurs instinictions. S’il faut en croire la chronique rimée de Guillaume de Machaut, ils devaient se borner à demander la mise en liberté de leurs compatriotes et l’assmance que les mai'chands vénitiens qui voudraient aller en Egypte y recevraient le traitement garanti par les anciens privilèges.** Le sultan accorda au moins ce dernier point Dès le mois de juin 1366, le gouvernement vénitien était en mesure de faire pas-ser à ses ambas-sadeuis à la coin* du pape le texte d’un traité conclu avec le sultan, et il les chargeait de le mettre au besoin .sous les yeux
IJ. 38S et 8. Ce clirouiqueur, enuemi juré des (iénois, va jusqu'à dire qu’ila avaient offert leur aide à l’émir ]M>ur repousser l'ennemi.
' V. les cliniuiques anglaises citées plus Jiaut, et Machaut, Op. c., p. 115 et s.
’ Rayuald, a. a. 13t>6, n" 12; Commem.
rey., III, p. 45, n" 251. Le doge de Venise , taisant allusion a ce bref d'Urbain (Mas Latrie. III, 75U), prétend qu'il a été écrit sous des influences venues
de Chypre et, peut-être, d’autre part encore.
• Tel est, au fond, le véritable objet de la lettre sans date qui se trouve dans les Commem. reg., III, p. 48, u“ 268 (le résumé est assez mal fait: j’ai eu le texte eu entier sous les yeux).
‘ Une de leurs lettres de créance porte la date du 22 jauv. 1366 (Mas Latrie, III, 753).
‘ Machaut, Op. e., p. 116.
54 Deiu ihuc ptriodc. — IL Dérvloppetncui du commerce du Leranf.
du Souverain Pontife, afin de le convaincre que ce traité avait exclusivement pour objet le réglement de (piestions commerciales.* Comme on faisait courir dans les cercles ecclésiasticiues le bruit que les nations commerçantes séparaient leur cause de celle du roi de Chypre et sc préparaient à faire leur paix séparément avec le sultan,* la République tenait beaucoup h faire savoir au pape que la mission envoyée pai' elle auprès du sultan n’avait eu aucun caractèi’e politique. Il n’est cependant pas admissible qu’on eût négocié sans avoir l’espoir d’arriver à faire réellement la paix; seulement, il y avait à la cour d’Égj’ptc un parti très puissant et très influent qui voulait la guerre,** et le sultan prétendait ne signer la jiaix avec la république qu’à condition (pie le roi de Chypre, son princii)al advei'saire, traitât en même temps qu’elle. TjCs ambassadeui's se transportèrent en consé(iuence en Chypre, où le roi sc préparait précisément à faire i)artir une expédition pour les côtes de Syrie: ils furent assez heureux pour l’empêcher de passer outre et lui IHjreuader de nouer des négociations avec le sultan;* mais tous ces efforts n'aboutirent à rien, car au fond, le sultan ne voulait pas la paix.** Entre temps, Marino Venier et Giovanni Foscaiini s’étaient rendus à .\vignon pour représenter au pape Urbain V au nom de la Répiibliciue vénitienne, que l’on pouvait considérer la paix comme faite, que la chase ne dépendait plus que du roi de (’hypre, (jue, dans ces conditions, la .Seigneurie était résolue à icprendie le trafic avec l’Egypte sans attendi’e les deniiéics ré.solutions du roi, mais qu'elle tenait auparavant à obtenir l’autorisation de Sa .Sainteté.* Le pape accorda une licence pour quatre vaisseaux de chaige et huit galères, mais i)Oiu- une seule travei-sée, et déclara qu'il tenait toute convention entre Venise et le sultan, conclue ou à conclure, pour nulle et non avenue, si elle devait empêcher la continuation de la cioisade contie les Sanasins.* Quehiues semaines après (17 août), ayant eu connaissance des j)réi)aiatifs qui se faisaient en Egypte et en Syrie contre Chypre et contre Rhodes,* il proclama
* Mas Latrie, III, 755. Ils ne s’en retounièrcnt donc pas saus avoir rien obtenu, comme semblerait le faire croire le récit de Makri/i, dans Weil, op. eil., IV, 518 et s. (au lieu de 1388 il faut lire 1388).
’ Phil. Mazz., /. c., p. 1017: “Tune falsi et avari mercatores .\lexandriam ire volebant et pacem .singtularem cimi soldaiio facere propouebaat.'' V. aussi Raj'nald, 1388, n" 16.
* Pour apaiser l'émir Ylboglia (Weil, Op. ci(., p. 612 et s.), la Seigneurie lui
lit cadeau de faue^ms dre.ssés pour l.a cliasse. .Mas Latrie, II, 285.
* Mitcliaut, p. 118 et s.; .Machainis, p. 94 et s.
‘ Machaut, p. 122 et sa.; Maidiairas, p. 97 et SS.; Mas-Latrie. II, 292.
" Mas Latrie, El, 754 et ss. (documenta des 8, 14 et 25 juin 1388).
' Commem. re;/., III, p. 47, u” 287 (23 juin i:488).
* Depuis le printemps déjà: v. Arrhirc»
tie l'Orient lutin, I, 391 et s.; Panli, Cod. dipl., II, 95.
B. II. U flgyi>te et la Syrie.
une nouvelle i)iohibition générale,* ne, voulant pas qn*!! fût dit que les nations commerçantes fraternisaient avec les SaiTasins au moment même où les avant-postes de la Chrétienté étaient en butte à leui-s attaques, la* gouveraement vénitien s’étant permis d’interdire le passage des troupes auxiliaires, des armes et des chevaux k destination de Chypre et de Rhodes, le pape le somma d’annuler ce décret, en même temps que le roi de Chypre protestait de son côté.*
Cependant, un grand nombre de commerçants occidentaux avaient recommencé k trafiquer avec l’hlgypte. Philippe de Maizières raconte que les éléments se montrèrent paiticulièrement incléments k leur égard, et il voit dans ce phénomène une punition du ciel. U est plus croyable encore qu'ils ne trouvèrent chez les SaiTasins qu'un accueil médiocre. A l'automne de 1366, cinq galères vénitiennes (jui se trouvaient à l’ancre dans le port d'Alexandrie, entre une galère génoise et une galère catalane, furent soupçonnées par les autorités d’avoir k bord des Chypriotes. Sommées de les livrer, elles refusèrent; il s’ensuivit un petit combat où la maiine égyptienne eut l’avantage. Le sultan profita de l’occasion |K)ur tonner contre ces Vénitiens qui avaient promis d’éti-e ses amis et faisaient cau.se commune avec ses ennemis. 11 donna ordre de saisir tous ceux qu’on trouverait sm- son territoire; quarante -six Vénitiens furent ainsi airêtés à Beyrout;* d’autres eurent le même sort à Ti-ipoli; tous ceux que le sultan avait jetés en prison après l’affaiie d’Alexandrie y languissaient encore.*
Il devenait évident que, tant que la paix ne serait pas faite solidement entre le sultan et le roi de Chypre, il n’y aurait pas de sécurité k espérer |M)ur le commerce. D’ailleui-s, le sultan déclai'a lui-même ouvertement aux Génois comme aux Vénitiens qu’il lui serait impossible de faüe véritablement la paix avec eux tant qu’U serait sur le pied de guerre avec Chypre.* Les Vénitiens, les Génois, les Catalaïus firent toutes les démarches possibles pour amener les deux souverains à des sentiments pacifiques; mais, au moment où l’on espérait aboutir, toutes les négociations
' Commerii. reg., lU. p. 49, n'*274; cf. l’hil. Mazz.."/ c., p. 1017.
' Comment, reg., III, p. 51, u" 296; p. 53, n" 305; Mas-Latrie, Hiet. île Chypre. II, 285 - 289.
* Comment, reg., III, p. 52, n‘“ 301, 302 (j’ai eu sous le» yeux le texte original <ie cette pièce — Taf. et Thoni., iné<l. — ; il n’est ]>a-s exactement repnxluit ilans les Comment.); Machairas, p. 100.
Au moi» de février 1367, Venise les envoya chercher (lar deux galères, pour les-
quelles le pape acconla une licence (Contmem. reg., III, p. 55 et s., n® 319); mais, d’après ce que nous verrons un peu plus loin, il parait probable que le sultan leur fit attendre plus longtemps leur liberté.
* Mas Latrie, n, 319.
‘ Macbairas, p. 106 et s.; Strambaldi, dans Mas Latrie, II, 347. L’ambassade génoise qui reçut cette déclaration est, sans doute, celle dont parle Makrizi; de Sacy, CItreslom., p, 50, et Weil, Oesch. lier Citait/'., IV, 513, uot, 2,
56 Deuxième }>érioUe. — IL Développetnent du eomme.ree du Levant.
furent rompues pai' une série d’attaques dirigées par le roi de Chypre sur les villes maritimes de la Sj’rie (déc. 1366, sept. 1367).' Dominé par son humeur belliqueuse, ce prince s’obstinait dans ses projets de croisade générale; pour les réaliser, il entieprit une deuxième tournée en Occident et fit un séjour à Rome, auprès du pape, en 1368;* Gènes et Venise lui envoyèrent là des ambas.sadeurs ; il fallait à force d’instances obtenir de lui qu’il se décidât une bonne fois à faire la paix avec le sirltan. Iæ pape ayant paidé dans le même sens, il consentit à accepter la médiation de ces deux puissances et autorisa les plénipotentiaires (lu’elles désigneraient à conclure la paix en son nom à certaines conditions.^ Gênes chargea de cette mission Cassano Cigala et Paolo Ginstiniani; Venise délégua Niccolo Ginstiniani et Pietro Marcello;' mais l'entêtement du sultan fit tout échouer. I^a paix n’était pas encore faite, quand PieiTC I" tomba sous les coups d’un as.sassin (17 janv. 1369). Pendant ce temps, le sultan continuait à emprisonner, à maltraiter, à dépouiller, pai’fois même à mettre à mort les marchands (jui tombaient entre ses mains. Poussées à bout, les deux Républiques se décidèrent enfin à renoncer à leur rôle de médiatrices et à envoyer en Egypte des vaisseaux de guerre poiu’ contraindre par la force le sultan à rendre ses prisonnière (ti’aité d’alliance du 28 juillet 1369), et elles invitèrent le régent de Chypre et le Grand-maître de Rhodes à se joindre à elles. Les Génois et les Vénitiens s’étaient engagés récipi-oquement à supprimer tout trafic avec l’Égypte tant que dui'erait le confiit: cela était tout indiqué ; pmu- les autres nations commerçantes, le pape rendit cette mesure générale, par décret du 27 juillet de la même année.'* 11 semblait que l’on dût enfin en finir, mais, après ce grand éclat, après tiu’on eut noirci beaucoup de papier, tout se bonia à l’envoi de huit galères confédérées: elles allèrent prendre position devant Alexandrie, adressèrent au srrltan une sommation péremptoire d’avoir à r endre ses prisonniers, puis, comme sa réponse ne montrait aitcune disposition à céder, elles se retirèrent en lui laissant une déclaration de guene (déc. 1369).' Poiu-tant,
’ Uachairas, p. 102 et s., 113 et sg.; Machaut. p. 205 et sa.; Makrizi, dans Weil, rv, 523.
’ V. Mas Latrie, II, 241, not.
’ Voyez les documenta du 19 et du 20 mai 1368, dans Mas Latrie, II, 291 et SS., 302 et ss. ; v. encore Macbaut, p. 219 et SS.; Machairas, p. 119 et ss.
* Machairas revient A plusieurs reprises sur l’activité déployée par ces ambassadeurs : il désigne seulement, à ce titre, C. Cigale pour (iênes et N. Ginstiniani pour Venise;
mais un passage d'une charte publiée dans Mas Latrie, III, p. 304. démontre ijue le premier avait pour compagnon P. Ginstiniani, et, pour le second, le fait qu’il était accomcompagné par P. ilarcello ressort d'une note d’archive retrouvées par MM. Taf.
et Thom., inéd.
‘ Comment, reg., III, p. 82—86, n** 503, 506, 509, 510, 512—51.5, 517—521.
“ MachaiiiLs. p. 161—164. Les sources arabes rapportent qu’en 1369 quatre vaisseaux de guerre fraucs tentèrent, sur Ale-