V. II. L' Égypte et la Syrie
la perspective d’une nouvelle guerre à soutenir, en 1370, contre l’Occident coalisé avait réussi à effrayer le sultan; il fit savoir à Chypre qu’il était prêt à faire le paix. Cette nouvelle fut accueillie avec joie; de nouveaux ambassadeui-s furent expédiés en blgypte pour négocier au nom du roi de (’hypre, du Grand-Maître de Rhodes, de Gênes et de Venise, et ils réussirent à jeter les ba.ses d’une paix durable entre le sultan et toutes ces puissances (nov. ou déc. 1370).’ Malgi'é toutes les recherches faites jusqu’à ce jour, on n’a pas eiî la chance de reü’ouver cet instrument de paix. En tout cas, les nations commerçantes obtinrent un double résultat vivement désiré: tons les marchands occidentaux enfermés depuis un temps plus on moins long dans les prisons de l’Egypte ou de la Syrie* recouvi-aient la liberté et le traité rouvrait au commerce maritime une ère de sécurité depuis longtemps fermée. Le pape Urbain V lui- même, renonçant à mettre plus longtemps obstacle au trafic avec l’Egj’pte, leva la prohibition récemment renouvelée par un décret de 1369 et accorda de nouvelles licences.* 11 est certain que les Occidentaux se précipitèrent avec plus d’ardeur que jamais sur le marché rouvert au commerce et rivalisèrent d’eÔ'orts poui’ en tirer tout le profit possible. Uans le nombre de ceux que signalent les documents, nous relevons le nom des Ragusans: sur la recommandation du roi Louis de Hongrie, ils avaient déjà réussi à se faire exempter de l’interdit par le pape (1366);’ après la paix ils demandèrent et obtinrent du sultan Chaban un privilège pour leur commerce.*
Nous reprendrons dans un autre chapitre l’historique du développement du commerce entre l’Europe et l’Egypte, postérieurement à l’année 1370: poiu' le moment, il faut en finir avec la période dont l’étude nous a occupés jusqu’ici : il ne nous reste plus qu’à jeter un coup d’oeil général sur les territoires et les marchés dépendants de l’empire
xandrie, une attaque qui fut repouuuée avec pertes; ce fait n'a aucun rapport avec la campagne entreprise par les communes alliées, cette alliance ne fut conclue, comme ou le peut voir plus haut, dans le texte, que le 27 Juillet: il s’agit de vaisseaux chypriotes qui avaient tente un coup de main sur Alexandrie au cours d’une série de razzias exécutées le long des cétes de la Syrie (10 Juillet): V. Weil, Oach. drr Chalif., IV, 528 et s.; Machairas, p. 169
' Makrizi, dans de Sacy, Chrestom.
arab., U, p. 50 et dans Weil, IV, 524; Machairas, p. 164 — 171. D’après ce chro-
niqueur, le plénipotentiaire ile Gênes se nommait Gatier (Gualterio) Doria, et celui de Venise, Pietro Giustiniani. Voyez aussi le passage sur cette paix dans Mas Latrie, II, 847 et SS.
’ Ceux de Damas également, suivant Ibn Kadhi Choubbah, dans Weil, op. cil.
’ Comiiiem. reg., III, p. 94, n° 687.
’ V. aussi Theiner, A/on. kisi. Slar.
mcritl., I, 285.
‘ Luccari, Jiisiretto degli annali di Hauêa, p. 63: l’auteur donne à Chaban le nom de Helech Seraf; effectivement, le sultan portait le surnom de Âlmélik Âlachraf.’
58 Deuxihne p/riodc. — II. Déxetoppetnent du commerce du Itérant.
du sultan d’Égypte, on les Occidentaux et Orientaux se rencontraient d’ordinaire, et sur les routes coramerciales qui le traversaient. Au sujet d’Alexandrie, le premier de ces maichés, nous avons dit tout ce ((u’il y avait à dire, à mesure que le récit des événements ramenait ce nom sous notre plume. Mais Damiette, dont nous avons à peine parlé, mérite mieux qu’une simple mention. IjC déplactiment de la ville, sa reconstruction sur un point du Nil plus éloigné de la mer, lui avaient, comme nous l’avons vu, fait perdre l’avantage de sa situation primitive, sur la ligne suivie par le trafic. Cependant, les revenus des douanes y conservaient encore assez d’importance pour fournir au trésor du sultan un appoint très appréciable,* et, quand Ibn Batonta la visita, en 1326, il la trouva bien approvisionnée d’articles de toute espèce.’' Pegolotti en parle fréquemment;” cela seul .suffirait à prouver (lu’elle était encore fréquentée par les Occidentaux. Pourtant, au XIV” siècle, leurs visites y étaient beaucoup plus rares qu’à l’époque des croisades et le trafic ne reprit un peu de vie de ce côté que vera la fin du Moyen -Age. A Damiette, comme à Alexandrie, les articles les plus recherchés et les plus précieux du marché venaient de l’Inde. Les marchandises suivaient toujoura la route dont nous avons parlé à propos des temps anciens: A'Aden elles remontaient la mer Rouge juseju’à Aïdab, d’où des caravanes les transportaient à Kous et, de ce dernier point, elles suivaient le cours du Nil jusqu’à la Méditen-anée. (’e n’est point aux sources occidentales qu’il faut s’adiesscr pour trouver une description exacte de cette route, car, pour un Européen de l’époque, le voyage était entouré de tels dangers, que bien peu réussirent à pénétrer jusque dans ces régions. Ainsi, pour citer un exemple. Sanuto l’ancien se figure évidemment qu’.\dcn est située sur la côte occidentale de la Mer Rouge: selon lui, les produits de l’Inde étaient transportés d’Aden à Kous, à dos de chameau, en neuf joui-s” (c’est beaucoup trop peu assui’ément). Autre exemple: l’auteiu" de la Carte catqlane, dont la composition remonte, d’après l’opinion généiulement admise, à l’année 1375, confond Kosseïr avec Kous. Ce n’est pa« qu’il mette Kosseïr .sur le Nil à la i)lacc où est située Kous et réciproquement; non, les deux villes sont marquées assez exactement sur leur
’ Haython, Ilisl. orient., cap. 64.
’ Ibn Batouta, I, 59.
’ Peffol., p. 69, 77, 191. Un négociant occidental, nommé Damiano, hébergea, en 1346, Niccolo da Puggibou.Hi dans sa maison de Damiette (Nice, da Pogg., Libro d’oUramare, II. 185).
* Éd. Bongars, p. 22; v. encore p. 260, au haut de la page. Les frères Pizzigani
étaient mieux renseignés ; leur carte (dressée eu 1367) est accompagnée d’une légende oit l'on voit que des vaisseaux chargent les produits de l’Inde à Adeu et les amènent dans la mer Rouge, d’où ils arrivent à un fleuve dont le nom est illisible (c'est le Nil, évidemment); Znrla di Marco Polo, p. 325.