C. III. Trébizonde
nombre de bâtiments de Trébizonde. Après s’être fait bien du mal des deux côtés, on se décida à faire la paix; on voit dans les traités de 1314 et de 1316 ‘ les deux paities réclamer des indemnités. Il pai-aît qu'au cours des hostilités l’empereur avait repris aux Génois leur quartier du Leontocastron; à la paix, il leur donna en échange remplacement autrefois occupé par l’arsenal maritime’ et leur permit de l’entourer de murs, de tours et de fossés. Il y mit cependant diverses conditions: interdiction aux sujets grecs d’habiter ce quartier; cette interdiction également applicable à tous les étrangers, sauf autorisation du consul, les églises déjà construites dans le quartier restant néanmoins, pendant le jour, à la disposition du clergé grec pour l’exercice du culte, et le quai adjacent à ce quartier demeurant à la disposition exclusive des Génois; défense aux navires grecs ou étrangers d’y aborder à l’arrivée ou au départ Les deux traités* présupposent, comme nous l’avons déjà dit, l’existence d’un consulat génois à Trébizonde; la jttiidiction du consul y est délimitée conformément à la coutume, à l’égard de celle des tribunaux du pays.
La date relativement ancienne de l’établissement des Génois à Trébizonde, la raideur de l’attitude adoptée par eux à l’égard des empereurs, n’étaient que les conséquences naturelles de la forte position acquise par cette nation à Galata et de la prépondérance que lui assuraient dans les eaux de la mer Noire une colonie aussi florissante et une station navale aussi forte que celle de Caffa. Avec ces deux solides points d’appui. Gênes pouvait s’occuper de fonder et d’entretenir d’autres colonies le long des côtes de la mer Noire. Elle était
fondaco des fresques, suivant Senarega, des bas-reliefs suivant Giustiniani, représentant toutes les péripéties de son conflit avec Lercari. Cela, c’est évidemment du roman tout pur. Pour en finir avec la relation de Senarega, je me permettrai de ne pas le suivre en faisant coïncider l'origine du consulat génois de Trébizonde avec l'afTaire Lercari: ce consulat était certainement plus anciennement établi et il est encore difficile d'admettre que ce poste ait jamais été occupé par un fonctionnaire envoyé de Caffa, comme le prétend Senarega.
' AUi délia Soc. Lig., XITT, 613 et ss., 527 et ss.
’ “Dalsanam Trapezonde“ : ibid. 514; “Totum illud territorium in Trapesonda, quod dicitur Darsena" ; ibid. 530. Les
Génois étaient autorisés à choisir au lieu de l’Ârseual un autre emplacement de même étendue, situé dans tel autre quartier de la ville qu’il leur plairait et également sur la Marine, le Léontocastron excepté; mais ils ne firent point usage de cette permission.
* M. le prof. Joseph Muller, de Turin, a bien voulu me donner communication d’une copie du traité du 26 Oct. 1314, prise aux archives de Turin ; M. Canale en a donné un extrait dans la 1*™ édit, de son Ilùloire de Gènes, IV, 853 et s. Du deuxième traité, conclu ét Trébizonde le 9 juin 1316 et ratifié à Gênes le 16 (24?) mars 1316, je ne connais que ce qu’en donnent Canale, op. cil., IV, 364, et Fallmerayer, Orig. Fragm., op. cü., XV, 84.
100 Batxihne période. — 77. Développement du commerce du Lex'ant.
d’autant plus sûre d’être écoutée que, s’il était besoin d’avoir recours k la force pour appuyer ses demandes, elle n’avait pas besoin de faire venir des troupes d’Italie; c’eût été trop loin; elle les avait toutes prêtes à Galata ou à Caffa. Par une autre conséquence du même ordre d’idées, la colonie génoise de Trébizonde était rattachée directement à l’autorité centrale k Gênes; il y avait là une administration nommée Officium Gazariæ (littéralement Bureau de la Crimée), chargée de la direction des affaires coloniales dans le Bosphore et le Pont et du service de la navigation vers ces deux destinations.* Ce bureau rédigeait des instructions pour les capitaines de navires qui devaient toucher à Trébizonde et pour les caravanes expédiées de là sur Tauris; il donnait des ordres aux consuls de Trébizonde.* Par suite de l’importance de ce dernier poste, la nomination de l’agent chargé de l’occuper était réservée à l’autorité centrale au lieu d’être laissée au consul de Caffa: celui-ci, en sa qualité de chef de la plus considérable des colonies du Pont, avait le droit de nomination à une série de fonctions coloniales d’ordre inférieur, même au dehors de sa résidence.* Tant pour seconder les consuls dans l’accomplissement de leurs fonctions administratives et judiciaires que pour former, conformément aux principes démocratiques, un contrepoids à leur puissance, il leur était adjoint deux conseils: un petit conseil et un grand conseil, composés, l’un de six membres, l’autre de vingt-quatre, tous choisis dans la colonie elle -même.*
Les Vénitiens ne prirent jamais pied dans la mer Noire au même degré que les Génois; en tout cas ils ne formèrent que beaucoup plus tard une colonie à Trébizonde. Ce n’est que par suite d’une erreur manifeste qu’on a pu citer des traités passés entre Venise et l’empereur de Trébizonde en 1303 et 1306. Pour le premier, tout se réduit à une faute d’impression dans l’édition de Marin et à une négligence commise par Depping. Voici la vérité: l’un des traités passés entre Venise et Trébizonde est daté de l’an du monde 6827 qui correspond exactement à l’année 1319 ap. J. C.; dans l’édition de Marin, par suite d’une faute d’impression, ce chiffre a été remplacé par le chi&e 133 (sic); au lieu de se donner la peine de faire un calcul pour rétablir la véritable date, Depping a substitué au chiffre 133 la date 1303;* puis, trouvant dans l’ouvrage de Fallmerayer un traité
■ Off. Oax., p. 307.
’ IM. p. 337, 360, 366, 386; Canale, Délia Orimea, I, 240, 326, 380.
’ Canale, Délia Crimea, I, 241, 348 et 8., 376 et 8.
‘ Off. Oax., p. 337, 360. Le cunaeil
des Six apparaît déjà dans les traités de 1314 et de 1316.
* Cf. Marin, IV, 146, et Depping, Hüt.
du commerce entre le Levant et l'Europe, n, 89—91.